Oncologie/ESMO
Cancer des voies biliaires : un nouvel anticorps bispécifique chinois susceptible de changer la pratique
L’ivonescimab est un anticorps bispécifique dirigé à la fois contre PD-1 et le VEGF, déjà approuvé en Chine dans trois indications pulmonaires depuis 2024. Ses résultats sont également prometteurs dans le cancer des voies biliaires selon un essai présenté à l'ESMO 2026.
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Présenté en session présidentielle lors du congrès de l’ESMO à Madrid (25 octobre 2026), l’essai de phase III HARMONi-GI1 (NCT06591520) apporte un premier signal positif en survie globale face à l’association durvalumab-chimiothérapie, aujourd’hui référence en première ligne des cancers des voies biliaires avancés. L’ivonescimab est un anticorps bispécifique dirigé à la fois contre PD-1 et le VEGF, déjà approuvé en Chine dans trois indications pulmonaires depuis 2024 et bénéficiant dans ce pays d’une revue prioritaire pour cette indication biliaire. L’étude, promue par Akeso, a été présentée par Jian Zhou (hôpital Zhongshan, Shanghai).
Il s’agit d’un essai randomisé, en double aveugle, mené exclusivement en Chine, ayant inclus 682 patients atteints d’un cancer des voies biliaires (intrahépatique, extrahépatique ou vésiculaire) localement avancé non résécable ou métastatique, y compris en cas de récidive après chirurgie à visée curative, sans traitement systémique antérieur et avec un statut ECOG de 0 ou 1. Les patients ont été randomisés 1:1 pour recevoir soit l’ivonescimab à 20 mg/kg toutes les trois semaines (340 patients), soit le durvalumab à 1 500 mg toutes les trois semaines (342 patients), chacun associé à la gemcitabine et au cisplatine pendant huit cycles au maximum, puis poursuivi en maintenance. Le critère principal était la survie globale ; la survie sans progression et le taux de réponse objective constituaient les critères secondaires clés.
Survie globale médiane de 14,9 mois
L’analyse intermédiaire prévue au protocole, réalisée avec un suivi médian de 14,3 mois, montre une survie globale médiane de 14,9 mois (IC à 95 % : 12,9-non estimable) dans le bras ivonescimab contre 12,1 mois (IC à 95 % : 11,0-13,4) dans le bras durvalumab, soit un hazard ratio stratifié de 0,75 (IC à 95 % : 0,61-0,92 ; p unilatéral = 0,0031). Les taux de survie à 12 mois atteignent 59,7 % contre 50,7 %, et à 18 mois 44,0 % contre 32,5 %. La survie sans progression médiane s’établit à 8,4 mois contre 5,8 mois (HR 0,61 ; IC à 95 % : 0,51-0,72), avec un taux de survie sans progression à six mois de 68,7 % contre 49,3 %. Le taux de réponse objective est de 53,8 % contre 32,5 % et le taux de contrôle de la maladie de 91,5 % contre 77,8 %. Les auteurs rapportent un bénéfice cohérent dans les sous-groupes prédéfinis, notamment selon la localisation tumorale primitive.
Les événements indésirables de grade 3 ou 4 sont survenus chez 82 %
Sur le plan de la tolérance, la durée médiane d’exposition était plus longue avec l’ivonescimab (7,8 mois contre 5,7 mois). Les événements indésirables de grade 3 ou 4 sont survenus chez 82 % des patients du bras expérimental contre 72,3 % dans le bras témoin, soit un écart de près de dix points, tandis que la fréquence des événements graves est comparable (43,4 % contre 43,7 %). Les événements indésirables ayant entraîné un décès concernent 3,2 % et 3,8 % des patients respectivement. Les toxicités hématologiques dominent dans les deux groupes. Les événements d’origine immunologique sont de fréquence voisine (26,3 % contre 22,1 % tous grades confondus, 4,1 % de grade 3 ou plus dans chaque bras, sans décès imputable). Les effets attendus d’une inhibition du VEGF, principalement protéinurie et hypertension, restent le plus souvent de bas grade, et aucune augmentation des hémorragies de grade 3 ou plus n’a été observée.
Vers un nouveau standard
L’interprétation de ces résultats appelle plusieurs réserves méthodologiques. Il s’agit d’une analyse intermédiaire, Les données ont été générées, gérées et analysées par le promoteur. La proportion de patients ayant reçu un traitement antitumoral ultérieur est plus élevée dans le bras durvalumab (45,9 % contre 31,8 %), avec davantage de thérapies ciblées (25,1 % contre 14,4 %) et d’immunothérapie (21,1 % contre 14,4 %).
Le Pr James J. Harding (New York), invité à discuter l’essai, a présenté des conclusions favorables. L'efficacité est juguée « convaincante », avec un bénéfice de survie globale cliniquement significatif. Il décrit une toxicité supplémentaire « gérable » : hausse des événements hématologiques (thrombopénie et neutropénie de grade 3-4 plus fréquentes) et des effets liés au VEGF (hypertension, protéinurie).
Les hémorragies et les événements thromboemboliques paraissent proches entre les bras, et les données de qualité de vie restent attendues. Le résultat est jugé « potentiellement susceptible de changer la pratique », sous réserve d’un suivi plus long pour apprécier la durabilité du bénéfice et d’essais mondiaux pour en établir la portée. A suivre donc.











