Onco-Thoracique/ESMO
Cancer bronchique à petites cellules étendu : une nouvelle association améliore la survie
Dans l'étude DeLLphi-305, la survie globale médiane des patients traités par Imdelltra et Imfinzi était supérieure à 21 mois, contre inférieure à 13 mois pour les patients recevant Imfinzi seul. Statistiquement, le traitement combiné a réduit le risque de décès de 58 % par rapport à Imfinzi seul. Et devrait constitue à terme une nouvelle référence dans la prise en charge des cancers bronchiques à petite cellule étendu.
- md babul hosen/iStock
Les congrès médicaux relèvent du dispositif du théâtre. Certaines présentations sont saluées par des standings ovations. Cela a été le cas selon les journalistes présents, pour l'etude DeLLphi -305 lors du congrès de l'Esmo à Madrid.
Le cancer bronchique à petites cellules de stade étendu reste l’une des tumeurs thoraciques au pronostic le plus sombre. Sous chimio-immunothérapie de première ligne associant sels de platine, étoposide et inhibiteur de PD-L1, la survie globale médiane plafonne autour de 12 à 13 mois, et une proportion importante de patients n’accède jamais à la deuxième ligne. Le traitement d’entretien par anti-PD-L1, ou par lurbinectédine associée à l’atézolizumab dans l’essai IMforte, n’a déplacé cette courbe que de façon modeste. C’est dans ce contexte que le New England Journal of Medicine LIEN publie, le 24 octobre 2026 silmutanément à la présentation lors de l'Esmo, l’analyse intermédiaire prévue au protocole de l’essai de phase 3 DeLLphi-305.
L'essai compare tarlatamab plus durvalumab à durvalumab seul chez 563 patients
Le tarlatamab est un anticorps bispécifique, dirigé à la fois contre DLL3, exprimé à la surface des cellules tumorales, et contre CD3. Il avait déjà démontré en deuxième ligne un bénéfice de survie globale et de survie sans progression face à la chimiothérapie, et l’étude de phase 1b DeLLphi-303 avait suggéré l’intérêt de son association à un anti-PD-L1 en entretien. DeLLphi-305 est un essai international, randomisé 1:1 et en ouvert, mené dans 175 centres de 29 pays. Il compare tarlatamab plus durvalumab à durvalumab seul chez 563 patients (282 et 281) sans progression après quatre cycles de platine-étoposide, dont au moins trois associés au durvalumab. L’état général devait être de 0 ou 1, et les métastases cérébrales asymptomatiques, traitées ou non, étaient acceptées. Le tarlatamab était administré par palier (1 mg au premier jour, puis 10 mg aux jours 8 et 15, puis toutes les deux semaines), le durvalumab à 1 500 mg toutes les quatre semaines. Le critère principal était la survie globale, le critère secondaire clé la survie sans progression évaluée par l’investigateur selon RECIST 1.1.
La survie à 12 mois s’élevait à 79,4 % contre 53,3 %.
À la date de gel des données du 7 juillet 2026, avec un suivi médian d’environ 16 mois, 243 décès étaient survenus (87 dans le bras expérimental, 156 dans le bras contrôle). La survie globale médiane atteignait 21,1 mois avec l’association (IC à 95 % : 20,8 à non estimable) contre 12,7 mois avec le durvalumab seul (11,2 à 14,8), soit un hazard ratio de décès de 0,42 (0,32 à 0,54 ; p < 0,001), franchissant largement la borne d’efficacité intermédiaire fixée à p < 0,008. La survie à 12 mois s’élevait à 79,4 % contre 53,3 %. La survie sans progression médiane était de 7,4 mois contre 1,9 mois (HR 0,34 ; 0,28 à 0,42), avec 38,4 % contre 9,5 % de patients sans progression à 12 mois. Le taux de réponse objective confirmée parmi les patients à maladie mesurable était de 26,4 % contre 4,1 %, pour une durée médiane de réponse de 12,7 mois contre 5,6 mois. L’avantage paraissait constant dans les sous-groupes, y compris en présence de métastases cérébrales ou hépatiques, mais ces analyses n’étaient pas dimensionnées pour conclure.
Quant au profil de tolérance, les événements indésirables de grade 3 ou plus ont concerné 46,8 % des patients du bras expérimental contre 40,6 %, les événements graves 41,8 % contre 31,7 %, et les hospitalisations 43,3 % contre 32,0 %. Les arrêts de tarlatamab pour toxicité ne portaient que sur 5,7 % des patients. Un syndrome de relargage cytokinique est survenu chez 49,6 % d’entre eux, presque toujours de grade 1 (41,8 %) ou 2 (7,4 %), avec un seul grade 3 et aucun grade 4 ou fatal. Il apparaissait surtout après les deux premières perfusions, en médiane 22,5 heures après la dose, et a nécessité des glucocorticoïdes dans 21,6 % des cas et du tocilizumab dans 3,9 %. La dysgueusie touchait 44,7 % des patients. L’ICANS restait rare (1,1 %), sans grade 3 ou plus, mais une recherche élargie d’événements neurologiques en retrouvait 9,6 % contre 6,8 %, dont 3,2 % contre 1,4 % de grade 3 ou plus.
Analyse intermédiaire
Plusieurs réserves méthodologiques doivent être rappelées. Il s’agit d’une analyse intermédiaire, avec 243 décès sur les 399 attendus à l’analyse finale. L’essai est ouvert, et la survie sans progression repose sur l’investigateur. La durée de survie sans progression de 1,9 mois dans le bras contrôle traduit surtout la faible efficacité du durvalumab seul à ce stade. Ce qui amplifie mécaniquement le contraste.
On retiendra enfin l’enjeu organisationnel. le protocole prévoyait dans l’Espace économique européen une surveillance de 6 à 8 heures après les deux premières perfusions, ce qui suppose en pratique une prise en charge hospitalière structurée du syndrome de relargage cytokinique.
Ces résultats placent l’association tarlatamab-durvalumab comme un nouveau point de référence potentiel de l’entretien du cancer bronchique à petites cellules étendu, sous réserve de la maturité des données, de la tolérance et des résultats des évaluationsmenées par les Agences.











