Pollution

Des phtalates et phénols seraient associés à une baisse du QI des enfants à 3 ans

Une étude française établit un lien entre l'exposition prénatale à des phtalates et des phénols et une réduction du QI chez des enfants  âgés de trois ans. Si des décisions politiques s'avèrent nécessaires pour diminuer les risques, la limitation de consommation des cosmétiques et des produits alimentaires emballés dans des plastiques à titre individuel constituent une première étape. 

  • Strelciuc Dumitru/iStock
Mots-clés :
  • 21 Octobre 2026
  • A A

    Les phtalates et les phénols, utilisés comme plastifiants et additifs dans les matières plastiques, les emballages alimentaires et les cosmétiques, sont détectés chez la quasi-totalité de la population, et plusieurs d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens capables d’altérer le système neuroendocrinien pendant les fenêtres critiques du développement. Leur demi-vie courte et la forte variabilité intra-journalière de l’exposition exposent toutefois les études antérieures, qui reposaient le plus souvent sur un seul prélèvement urinaire, à un risque important de classification erronée. Cette étude française publiée le 20 octobre 2026  dans la revue Environmental Health Perspectives lien issue de la cohorte grenobloise SEPAGES, cherche à déterminer si l’exposition prénatale et précoce à un mélange de ces composés est associée au quotient intellectuel (QI) des enfants, en combinant une évaluation de l’exposition améliorée et une analyse statistique informée par les données toxicologiques et épidémiologiques existantes.

    380 couples mère-enfant

    L’analyse porte sur 380 couples mère-enfant. Les femmes ont recueilli trois échantillons d’urine par jour pendant sept jours, au deuxième trimestre (médiane de 17 semaines d’aménorrhée) puis au troisième (33 semaines), et les parents ont recueilli une urine quotidienne pendant une semaine chez le nouveau-né (8 semaines) et le nourrisson (13,5 mois). Les échantillons de chaque période ont été regroupés en pools hebdomadaires, dosés par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse. Le QI a été mesuré vers 37 mois à l’aide de la version française de la WPPSI-IV. Parallèlement, une revue structurée de la littérature, inspirée de la méthodologie Navigation Guide (1189 références screenées, 30 études toxicologiques et 57 études épidémiologiques retenues), a permis d’attribuer à chaque composé un poids de la preuve. Six substances ont été priorisées : bisphénols A et S, métabolites du DEHP, MEP, MnBP et MiBP. 

    Une baisse du QI global de 2,86 points

    Au troisième trimestre, l’augmentation simultanée d’un quartile de l’ensemble des composés priorisés était associée à une baisse du QI global de 2,86 points (intervalle de crédibilité à 95 % : -5,05 ; -0,91), du QI visuo-spatial de 2,79 points (-5,39 ; -0,82) et du QI verbal de 1,95 point (-3,84 ; 0,00), l’association avec le QI verbal étant donc à la limite de la significativité.

    Le bisphénol A et le MEP concentraient à eux deux environ la moitié du poids du mélange, et les associations avec les QI global et verbal étaient plus nettes chez les garçons. Parmi les modèles mono-polluant, quatre composés sur six (bisphénol A, MEP, MnBP, MiBP) étaient associés à une diminution du QI au troisième trimestre, avec des coefficients de l’ordre de -0,6 point pour le QI global avec le bisphénol A et le MEP, et de près de -2 points pour le QI visuo-spatial avec le MEP et le MnBP. L’exposition au bisphénol A à 12 mois était aussi associée à un QI visuo-spatial plus bas, ce qui constitue une observation inédite.

    Pour le DEHP, l’effet différait selon le sexe : une baisse du QI global chez les garçons en cas d’exposition au deuxième trimestre, mais une hausse chez les filles, interprétée par les auteurs à la lumière d’une action anti-androgénique.

    Le bisphénol S n’était associé à aucune échelle. Les composés non priorisés (parabènes, triclosan, benzophénone-3, OH-MPHP) ont donné des associations isolées et hétérogènes, parfois en faveur de scores plus élevés, notamment chez les filles au deuxième trimestre. Lorsque tous les composés étaient inclus dans le mélange, les associations négatives du troisième trimestre s’atténuaient nettement.

    Les auteurs estiment que la perte moyenne de près de trois points de QI est comparable à celle attribuée à l’exposition précoce au plomb, et rappellent que de faibles décalages de la distribution du QI en population sont susceptibles d'augmenter sensiblement l’incidence des déficiences intellectuelles. Ils plaident pour une réglementation de ces plastifiants par classe plutôt que molécule par molécule, et soutiennent l’interdiction européenne du bisphénol A dans les matériaux au contact des aliments. 

    Plusieurs limites doivent être soulignées. L’effectif est modeste et la population très homogène (97 % de mères d’origine caucasienne, 59 % titulaires d’un master, QI moyen des enfants à 110), ce qui limite la généralisabilité. Le QI à 3 ans est moins stable que plus tard dans l’enfance, les phtalates n’ont pu être dosés chez tous les nouveau-nés. Les participants exclus différaient des inclus (mères plus jeunes, allaitement plus court, scores d’anxiété et de dépression plus élevés), ce qui suggère un possible biais de sélection. Le grand nombre de comparaisons et d’analyses stratifiées sur le sexe impose de la prudence quant aux effets sexe-spécifiques, que les auteurs jugent eux-mêmes à interpréter avec précaution.

    Utiliser moins de produits cosmétiques

    L’étude, de nature observationnelle, ne permet pas d’établir de causalité. Mais une fois une fois le constat dressé, quels sont les moyens d'action? Dans le communiqué de presse diffusé par l'Inserm, rappelle Claire Philippat, une des autrices de l'étude , « Les substances étudiées ici sont peu persistantes dans l’organisme. Ce qui en fait de bonnes cibles pour la prévention. Si nous arrivons à éliminer les sources d’exposition de notre environnement, les doses internes pourraient diminuer rapidement. Plusieurs leviers peuvent être activés au niveau individuel : par exemple, utiliser moins de produits cosmétiques ou limiter les produits alimentaires emballés dans des plastiques, en particulier quand ils sont chauffés. Néanmoins, la réglementation et la restriction des substances avérées comme nocives est la mesure la plus efficace pour toucher l’ensemble de la population », conclut-elle.

    Pour pouvoir accéder à cette page, vous devez vous connecter.