Gastro-entérologie
RCH : un AC monoclonal ciblant la voie de l’interleukine-23 par voie orale prometteur
Les résultats de phase 2b suggèrent une activité clinique de l’icotrokinra orale à trois doses sur la réponse à 12 semaines, avec une tolérance globalement comparable à celle du placebo, mais ils demeurent exploratoires. Seuls des essais de phase 3 permettront de positionner cette molécule par rapport aux biothérapies anti-IL-23 déjà disponibles.
- Olekcii MachiStock
Les anticorps monoclonaux ciblant la voie de l’interleukine-23 ont démontré leur efficacité dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, mais leur administration impose la voie intraveineuse ou sous-cutanée. L’icotrokinra, peptide administré par voie orale qui bloque le récepteur de l’IL-23, représente à ce titre une alternative pius confortable pour les patients. L’essai de phase 2b ANTHEM-UC, publié dans le New England Journal of Medicine lien le 14 octobre 2026 sous la direction de Maria T. Abreu et al., en évalue l’efficacité et la tolérance dans la rectocolite hémorragique modérée à sévère. L’enjeu est de déterminer si le blocage oral de cette voie, jusqu’ici réservé aux formes injectables, peut offrir une efficacité comparable avec une commodité d’emploi accrue.
Il s’agit d’une étude randomisée en double aveugle contre placebo, ayant inclus 252 adultes atteints de rectocolite hémorragique modérément à sévèrement active. Les participants ont été répartis entre quatre groupes : icotrokinra 400 mg (n = 63), 200 mg (n = 62) ou 100 mg (n = 64) en une prise quotidienne, ou placebo (n = 63). Le critère de jugement principal était la réponse clinique à la semaine 12. Les critères secondaires comprenaient la rémission clinique, la rémission symptomatique et l’amélioration endoscopique à la même échéance, testés selon une procédure à séquence fixe destinée à contrôler la multiplicité des comparaisons.
Les trois doses supérieures au placebo
Les trois doses se sont montrées supérieures au placebo sur le critère principal : la réponse clinique à la semaine 12 a été observée chez 63 % des patients du groupe 400 mg, 58 % du groupe 200 mg et 55 % du groupe 100 mg, contre 27 % sous placebo (p < 0,001 pour chaque comparaison). Pour la dose de 400 mg, les critères secondaires étaient également significatifs : rémission clinique chez 30 % des patients contre 11 % sous placebo (p = 0,006), rémission symptomatique chez 46 % contre 19 % (p < 0,001) et amélioration endoscopique chez 37 % contre 14 % (p = 0,002). Dans le groupe 200 mg, la rémission clinique a été atteinte par 24 % des patients, sans différence statistiquement significative avec le placebo (p = 0,054).
62% d'évènements secondaires dans le groupe placebo
Jusqu’à la semaine 28, la proportion de patients ayant présenté au moins un événement indésirable était de 60 % dans le groupe 400 mg, de 66 % dans les groupes 200 mg et 100 mg, et de 62 % sous placebo, sans signal évident de dose-dépendance. Les événements indésirables graves sont survenus chez 2 %, 5 %, 0 % et 10 % des patients, respectivement. La fréquence plus élevée dans le bras placebo peut refléter la poussée de la maladie chez des patients non répondeurs. En tout état de cause, les effectifs par groupe, de l’ordre de 63 patients, n’autorisent aucune conclusion robuste sur le profil de sécurité.
Plusieurs réserves méthodologiques s’imposent. Il s’agit d’un essai de phase 2b, de taille modeste, dont la comparaison contrôlée est limitée à 12 semaines : l’efficacité à plus long terme, le maintien de la réponse et la sécurité au-delà de 28 semaines restent à établir.
L’absence de relation dose-réponse nette entre 100 et 400 mg, une rémission clinique à 200 mg à la limite de la significativité et le déséquilibre des événements graves en défaveur du placebo invitent à la prudence.
En conclusion, ces résultats de phase 2b suggèrent une activité clinique de l’icotrokinra orale à trois doses sur la réponse à 12 semaines, avec une tolérance globalement comparable à celle du placebo, mais ils demeurent exploratoires. Seuls des essais de phase 3 permettront de positionner cette molécule par rapport aux biothérapies anti-IL-23 déjà disponibles.











