Hématologie
Myélome : l'iberdomide, une nouvelle alternative par voie orale
Une nouvelle association iberdomide, daratumumab sous-cutané et dexaméthasone (IberDd) a permis une amélioration statistiquement significative de la survie sans progression (SSP) par rapport au schéma daratumumab, bortézomib et dexaméthasone (DVd) chez des patients atteints d’un myélome multiple en rechute ou réfractaire. Les résultats complets seront présentés à l'ASH en décembre 2026.
- Nemes Laszlo/iStock
Peut-on oser parler de trop plein de bonnes nouvelles dans le myélome ? Une nouvelle étude positive a ainsi fait l'objet d'un communiqué de presse émanant de Bristol Myers Squibb le 8 octobre. Les données complètes de SSP ne seront présentées qu’au congrès de l’ASH en décembre 2026. L’association iberdomide, daratumumab sous-cutané et dexaméthasone (IberDd) a permis une amélioration statistiquement significative de la survie sans progression (SSP) par rapport au schéma daratumumab, bortézomib et dexaméthasone (DVd) chez des patients atteints d’un myélome multiple en rechute ou réfractaire, satisfaisant le premier des deux critères de jugement principaux de l’essai de phase 3 EXCALIBER-RRMM (NCT04975997).
EXCALIBER-RRMM est un essai randomisé, ouvert, multicentrique, en deux étapes, ayant inclus 939 patients adultes présentant une maladie mesurable, préalablement traités par une à deux lignes, avec progression pendant ou après la dernière ligne et un statut ECOG de 0 à 2. Étaient exclus les patients déjà exposés à l’iberdomide, ainsi que ceux atteints de leucémie à plasmocytes, de maladie de Waldenström, de syndrome POEMS, d’amylose cliniquement significative ou d’atteinte connue du système nerveux central.
Lors de la première étape (n = 279), trois doses d’iberdomide (1,0, 1,3 et 1,6 mg) ont été comparées au DVd, et la dose de 1,0 mg a été retenue. Lors de la seconde étape (n = 660), les patients ont été randomisés 1:1 entre IberDd à cette dose et DVd. Dans le bras expérimental, l’iberdomide était administré par voie orale à 1 mg par jour du 1er au 21e jour de chaque cycle de 28 jours, le daratumumab sous-cutané à 1 800 mg selon le calendrier habituel de l’anticorps et la dexaméthasone à 20 ou 40 mg, le traitement étant poursuivi jusqu’à progression ou toxicité inacceptable. Les critères de jugement principaux étaient la SSP et la réponse complète avec maladie résiduelle minimale (MRD) négative, à tout moment. Les critères secondaires incluent la survie globale, la négativité prolongée de la MRD, le taux de réponse globale, la durée de réponse, le délai avant traitement ultérieur, la SSP2, la tolérance et la qualité de vie.
La SSP médiane atteint 42 mois
Selon le communiqué, pour un suivi médian de 23 mois, la SSP médiane atteint 42 mois dans le bras IberDd contre 20 mois dans le bras DVd (HR 0,49 ; p < 0,000001), soit une réduction de 51 % du risque de progression ou de décès. Le profil de tolérance est décrit comme cohérent avec les données antérieures. Ce résultat fait suite à l’analyse préalable du critère MRD, présentée à l’IMS 2026 à Glasgow et publiée, pour un suivi médian de 15,7 mois, avec 41,1 % de réponses complètes MRD-négatives sous IberDd (n = 207) contre 21 % sous DVd (différence de 20,1 % ; IC 95 % : 11,5-28,6 ; odds ratio 2,75 ; IC 95 % : 1,77-4,30). Ces données sont à l'origine de l’autorisation accélérée de la FDA en août 2026.
Des événements indésirables de grade 3-4 survenus chez 91,7 % des patients
Sur le plan de la tolérance, tel que rapporté à partir de l’analyse intermédiaire, les événements indésirables de grade 3-4 sont survenus chez 91,7 % des patients sous IberDd contre 70,1 % sous DVd. La neutropénie de grade 3-4 est nettement plus fréquente avec l’iberdomide (84,3 % contre 11,3 %), tandis que la thrombopénie de grade 3-4 l’est davantage avec le DVd (12,7 % contre 44,1 %). Les infections de grade 3-4 concernent 35,8 % contre 21,1 % des patients, et les arrêts de traitement pour événement indésirable 8,7 % contre 3,3 %. Cette toxicité hématologique, en particulier le risque infectieux associé à la neutropénie, impose une surveillance biologique rapprochée.
En dépit de cette efficacité, l’iberdomide arrive dans un paysage où les bispécifiques anti-BCMA et anti-GPRC5D ont déjà fixé des niveaux d’efficacité très supérieurs en rechute précoce.
Comparaison avec d'autres traitements
Le point de comparaison principal est MajesTEC-3 (teclistamab plus daratumumab, publié dans le NEJM en décembre 2025). Avec un suivi médian de 34,5 mois, la SSP médiane n’était pas atteinte contre 18,1 mois dans le bras contrôle, pour un HR de 0,17 et des taux de SSP à 36 mois de 83,4 % contre 29,7 %. Un bénéfice en survie globale a également été rapporté (HR 0,46). La Commission européenne a étendu en août 2026 l’indication du teclistamab associé au daratumumab dans le myélome en rechute ou réfractaire après une à trois lignes.
MonumenTAL-3, présenté à l’EHA en juin 2026, va dans le même sens : les HR de SSP étaient de 0,28 pour talquétamab-daratumumab-pomalidomide et de 0,33 pour talquétamab-daratumumab face à DPd, avec des taux de SSP à 24 mois de 81,3 % et 77,6 % contre 51,2 %. Ces données ont été publiées dans le NEJM. Enfin, AbbVie a annoncé le 3 septembre des résultats positifs de l’essai de phase 3 CERVINO (étentamig, bispécifique BCMA x CD3) chez des patients exposés aux trois classes. Les deux critères principaux, taux de réponse et SSP, sont atteints.
Face à ces données, un HR de 0,49 avec une SSP médiane de 42 mois contre 20 mois reste significatif. Mais il est moins spectaculaire que les HR de 0,17 à 0,33 des bispécifiques. Les comparaisons croisées n’ont cependant pas de valeur démonstrative : les comparateurs diffèrent (DVd dans EXCALIBER, DPd ou DVd dans MajesTEC-3, DPd dans MonumenTAL-3), de même que les populations, les lignes antérieures et la durée du suivi. Il est en outre frappant que la SSP médiane du bras DVd (20 mois) soit proche de celle des bras contrôles de MajesTEC-3 (18,1 mois) et de MonumenTAL-3 (24,4 mois).
L’intérêt potentiel de l’iberdomide tient à son administration orale, utilisable en ambulatoire, que le laboratoire met en avant pour les centres non spécialisés. Alors que les bispécifiques exigent une montée en dose encadrée et exposent à des complications infectieuses graves. Treize décès d’origine infectieuse ont par exemple été signalés dans le bras teclistamab-daratumumab de MajesTEC-3. L’iberdomide n’est cependant pas exempt de toxicité : la neutropénie de grade 3-4 touche 84,3 % des patients, alors qu’elle concernait 75,6 % des patients du bras teclistamab-daratumumab, contre 78,6 % dans le bras contrôle. Sa place pourrait donc se discuter chez les patients non éligibles aux bispécifiques ou n’y ayant pas accès, mais les données d’enchaînement thérapeutique manquent, et la survie globale n’est pas encore connue.
L’approbation européenne du teclistamab plus daratumumab est en revanche actée. Pour les patients français, l'accès à ces nouveaux traitements repose à ce jour sur l'inclusion dans les essais cliniques.











