Dermatologie

Angio-oedème héréditaire : une nouvelle alternative en forme orale

Dans un essai de phase III, le deucrictibant en prise orale, un inhibiteur des récepteurs B2 de la bradykinine s'est révélé efficace comme traitement alternatif dans l'angio-oedème héréditaire. Présentation des résultats. 

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  • 12 Octobre 2026
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    Après les injectables, la prise orale apparaît comme une nouvelle alternative dans l’angio-œdème héréditaire. Le deucrictibant, antagoniste oral des récepteurs B2 de la bradykinine, a fait l’objet de l’essai de phase 3 RAPIDe-3  publié dans The Lancet lien (Riedl et al., publié en ligne le 8 octobre 2026, financement Pharvaris). En effet, dans l’angio-œdème héréditaire, la plupart des traitements à la demande sont administrés par voie parentérale. Ce qui expose à des retards de prise en charge. L’icatibant, antagoniste B2 sous-cutané, est efficace mais ses réactions au point d’injection sont susceptibles de freiner son emploi, tandis que le sébétralstat, seul traitement oral approuvé, inhibe la kallicréine plasmatique et laisse le récepteur B2 exposé à la bradykinine produite par d’autres voies. Les formes à inhibiteur de C1 normal restent par ailleurs dépourvues de données contrôlées.

    Chaque participant devait traiter deux crises

    RAPIDe-3 est un essai croisé 2 × 2, randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo, mené dans 59 centres de 24 pays  y compris la France chez des adolescents (12 à moins de 18 ans) et des adultes (18 à 75 ans) ayant présenté au moins deux crises au cours des trois mois précédents. Chaque participant devait traiter deux crises, l’une par une capsule de 20 mg à libération immédiate, l’autre par placebo, dans un ordre randomisé 1:1 et stratifié sur l’âge et la prophylaxie de fond. Une seconde capsule était permise après 4 heures, puis un traitement de secours conventionnel, considéré comme un échec thérapeutique. Les crises laryngées sévères étaient exclues, ainsi que toute crise laryngée chez l’adolescent. Le critère principal, aligné sur le consensus Delphi AURORA, était le délai d’apparition du soulagement, défini par une amélioration au moins minime à l’impression globale du patient quant au changement (PGI-C) à deux évaluations consécutives dans les 12 heures.

    Le délai médian de soulagement a été de 1,28 h

    Sur 134 participants randomisés (dix adolescents, 57 % de femmes, âge médian de 38 ans), 113 ont traité 201 crises et 88 ont traité deux crises appariées, constituant l’ensemble d’analyse principal. Seuls quatre patients avaient un inhibiteur de C1 normal et 23 % recevaient une prophylaxie de fond. Le délai médian de soulagement a été de 1,28 h (IC à 95 % : 1,05 à 1,52) sous deucrictibant contre plus de 12 h sous placebo (p < 0,0001). Les onze critères secondaires hiérarchisés ont été atteints : soulagement à 4 heures dans 83 % des crises contre 28 %, arrêt de la progression en 17,5 minutes contre environ 229 minutes, résolution complète des symptômes en 11,95 h contre plus de 48 h. Une capsule unique a suffi pour 83 % des crises à 12 h contre 33 %, et un traitement de secours a été nécessaire dans 9 % des crises contre 44 % à 24 h. Les résultats étaient homogènes selon l’âge, le type d’angio-œdème, la prophylaxie, la localisation et la sévérité des crises. Chez les deux patients à inhibiteur de C1 normal, qui n’ont chacun traité qu’une crise, le soulagement est survenu à 1,53 h et 0,84 h, ce qui reste anecdotique.

    Un effet secondaire chez 24 % des participants sous deucrictibant 

    Sur le plan de la tolérance, 24 % des participants sous deucrictibant et 17 % sous placebo ont rapporté un événement indésirable en cours de traitement, mais dans les trois jours suivant la prise la proportion était de 15 % contre 2 %. Cinq patients ont présenté six événements jugés liés (dyspepsie, fatigue, léthargie, brouillard mental, céphalée, somnolence), tous brefs et d’intensité légère ou modérée. Aucun arrêt de traitement, aucune anomalie biologique, électrocardiographique ou des signes vitaux, ni aucune difficulté de déglutition n’ont été notés. Les événements graves, jugés non liés, comprenaient une fausse couche sous placebo et une crise laryngée hospitalisée 132 jours après la prise de deucrictibant. Chez dix adolescents, la concentration EC85 de 13,8 ng/mL était atteinte en 15 minutes et maintenue au moins 8 heures.

    Plusieurs réserves s’imposent. La comparaison des délais avec le sébétralstat et l’icatibant, évoquée par les auteurs, est indirecte et ne permet aucune conclusion de supériorité. Le critère principal repose sur un ressenti subjectif, et le placebo a été nettement moins performant que prévu (médiane supérieure à 12 h pour 5 h supposées). L’absence de stratification sur la localisation et la sévérité a laissé plus de crises sévères ou très sévères dans le groupe placebo (29 % contre 17 %), ce qui a pu avantager le bras actif. Seuls 88 des 113 patients traités figurent dans l’analyse principale, l’essai ayant été interrompu par le promoteur une fois l’effectif visé atteint. Le déséquilibre des événements indésirables à trois jours, attribué à des symptômes banals, mérite confirmation sur une exposition plus large. 

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