Pédiatrie
Activité physique et sédentarité chez l'enfant : un bénéfice cardiovasculaire plus réduit que prévu
Contre toute attente, les effets de l'activité physique pratiquée chez les adolescents sont très limités sur les paramètres cardiovasculaires. La pression systolique augmenterait même légèrement. Un bénéfice est observé surtout chez les moins de 13 ans. Quant à la sédentarité, elle serait à priori sans conséquence sur les scores de risque cardiaques. Faudrait-il plutôt inciter les jeunes à la lecture ?
- Ridofranz/istock
Bouger davantage dans l'enfance protège-t-il vraiment le cœur et le métabolisme de l'adolescent ? Selon une méta-analyse de données individuelles, la réponse est bien moins tranchée qu'on ne le croyait. Et elle bouscule au passage plusieurs certitudes. L'enjeu est réel : un score de risque groupé supérieur d'un écart-type à 12 ans a été associé à un risque plus que doublé de décès cardiovasculaire à l'âge adulte.
Les auteurs dans une étude publiée le 6 octobre dans Jama lien ont réuni 12 874 enfants et adolescents de 5 à 17,9 ans, issus de 14 cohortes prospectives réparties dans 16 pays : six proviennent de la base ICAD, huit d'une recherche systématique enregistrée dans PROSPERO et actualisée en décembre 2024. Toutes disposaient d'une mesure de l'activité physique et de la sédentarité par accéléromètre à l'inclusion, puis d'au moins un marqueur cardiométabolique (IMC, insuline, glucose, LDL-cholestérol, triglycérides, pression artérielle systolique) après un suivi moyen de 3,1 ans.
Des effets modestes
Premier constat : les effets sont modestes. Par tranche de 26 minutes quotidiennes d'activité modérée à vigoureuse, l'insulinémie diminue de 0,24 µUI/mL, le LDL-cholestérol de 1,54 mg/dL, les triglycérides de 1,77 mg/dL, et le score de risque composite de 0,04 écart-type, pour une insulinémie médiane de départ de 5,6 µUI/mL. L'IMC ne se modifie pas. Et la pression systolique augmente même légèrement (0,25 mmHg), résultat à contre-courant que les auteurs n'expliquent pas. Sans ajustement sur l'IMC initial, l'activité semblait pourtant associée à un IMC plus bas ; l'association disparaît dès que ce paramètre est pris en compte. Les auteurs y linterprètent l'absence d'effet sur le poids, tout en admettant que l'IMC pourrait être un médiateur, ce qui signifie qu'un effet réel serait alors masqué par l'ajustement. Le choix du modèle conditionne donc la conclusion. L'ajustement sur la valeur initiale de l'IMC rend en outre la plupart des associations non significatives.
Un bénéfice chez les moins de 13 ans
Elles varient aussi selon le profil. Sur le score composite, le bénéfice n'apparaît que chez les moins de 13 ans au suivi et pour les suivis de moins de deux ans, et il est plus marqué dans le tertile d'IMC le plus élevé (−0,10). Seul le quintile le plus actif, à 93 minutes par jour en moyenne, présente une probabilité significativement plus faible de risque groupé élevé. Les auteurs suggèrent que le seuil de 60 minutes recommandé par l'OMS pourrait être insuffisant, mais cette extrapolation reste fragile. Aucun seuil n'a été testé directement, et l'activité médiane de l'échantillon avoisine 50 minutes.
Un constat déroutant
Second constat, plus déroutant : la sédentarité n'apparaît pas comme un déterminant du risque. Un temps assis plus long est même associé à une glycémie plus basse (−0,36 mg/dL) et à une pression systolique plus basse (−0,90 mmHg), écarts sans portée clinique évidente. Le sens de ces associations dépend du sexe et de l'IMC : favorable chez les filles et dans le tertile d'IMC le plus bas, défavorable chez les garçons et les plus corpulents. Les auteurs rappellent que l'accéléromètre mesure le volume global d'inactivité, non le temps d'écran, dont des effets indirects ne sont pas écartés.
Ces résultats appellent à la prudence. L'exposition n'a été mesurée qu'à l'inclusion, alors que l'activité des enfants fluctue beaucoup. La confusion résiduelle (alimentation, sommeil, facteurs socio-économiques) n'a pu être contrôlée que partiellement, avec un biais attendu en faveur d'un effet. Les dosages biologiques suivaient des procédures standardisées mais non identiques, les données manquantes ont été imputées, et l'IMC ne distingue pas masse grasse et masse maigre. L'échantillon, recruté entre 1997 et 2012, est composé à 94,5 % de participants dits natifs, et six études étaient des interventions scolaires.
Ces conclusions ne remettent pas en cause les autres bénéfices de l'activité physique, cardiorespiratoires, osseux ou cognitifs, évoqués par les auteurs. Leur message est plus nuancé : à l'échelle de l'enfant, l'effet sur les marqueurs cardiométaboliques est faible, fragile et hétérogène, et la sédentarité semble moins coupable qu'on ne le dit.
Faut-il désormais plutôt inciter les jeunes à la lecture?











