Hématologie
Myélome en rechute ou réfractaire : un nouveau CAR-T prometteur
Les résultats de phase 1 positionnent anito-cel comme un candidat prometteur dans l'arsenal des CAR-T anti-BCMA pour le myélome multiple en rechute ou réfractaire, avec un profil de tolérance potentiellement avantageux et des taux de réponse élevés et durables.
- Krot Studio/istock
L'étude de phase 1 publiée le 23 septembre 2026 dans le New England Journal of Medicine lien rapporte les résultats de l'anitocabtagene autoleucel (anito-cel), une thérapie cellulaire CAR-T autologue dirigée contre l'antigène de maturation des lymphocytes B (BCMA), destinée aux patients atteints de myélome multiple en rechute ou réfractaire. L'originalité de ce candidat thérapeutique réside dans son liant synthétique à domaine d, dénommé ddBCMA, qui le distingue des constructions CAR-T déjà commercialisées, notamment l'idécabtagène vicleucel et le ciltacabtagène autoleucel, ce dernier reposant sur un anticorps à domaine unique de type VHH.
Sur le plan méthodologique, l'essai a inclus 40 patients, dont 38 ont effectivement reçu la perfusion cellulaire, répartis entre deux paliers de dose (100 et 300 millions de cellules T CAR-positives). La population étudiée correspondait à des malades lourdement prétraités, ayant reçu au moins trois lignes antérieures ou présentant une maladie réfractaire aux trois classes thérapeutiques de référence, ce qui situe cette cohorte dans une situation clinique de recours proche de celle des essais pivots ayant conduit aux autorisations des CAR-T anti-BCMA déjà disponibles.
Aucun événement de grade 3 ou supérieur
Le profil de tolérance apparaît globalement favorable au regard de la classe thérapeutique. À la dose retenue pour la phase 2, 94 % des patients ont présenté un syndrome de relargage cytokinique de grade 1 ou 2, sans aucun événement de grade 3 ou supérieur, ce qui constitue un résultat notable comparé aux données historiques des autres CAR-T anti-BCMA. La neurotoxicité de type ICANS est restée limitée, touchant 16 % des patients à un grade faible et un seul patient à un grade 3, sans effet neurotoxique retardé ni atypique rapporté. Ces données de sécurité, si elles se confirment à plus grande échelle, pourraient représenter un avantage différenciant pour anito-cel, la neurotoxicité restant l'un des freins majeurs à une utilisation plus précoce et plus large des CAR-T dans le myélome.
Un taux de réponse complète de 79 % après un suivi médian de 38,1 mois
Sur le plan de l'efficacité, les résultats sont remarquables : la totalité des 38 patients traités a répondu au traitement, avec un taux de réponse complète de 79 % après un suivi médian de 38,1 mois, une durée de suivi longue pour ce type d'essai précoce. La survie sans progression médiane atteint 30,2 mois, avec un taux de survie sans progression à 24 mois de 57 %, et la survie globale à 36 mois s'établit à 65 %. Ces chiffres se situent dans la fourchette haute des résultats rapportés pour les CAR-T anti-BCMA de deuxième génération et méritent d'être confirmés dans des cohortes plus larges.
Plusieurs limites méthodologiques doivent être soulignées. Il s'agit d'un essai de phase 1, non randomisé, monobras, portant sur un effectif restreint de 38 patients traités. Ce qui limite la puissance statistique et la généralisabilité des conclusions, notamment pour les estimations de survie à moyen terme. Le comparateur ciltacabtagène autoleucel n'a fait l'objet que d'une comparaison indirecte et préclinique, non clinique, ce qui appelle à la prudence dans toute extrapolation en pratique.
Ces résultats de phase 1 positionnent anito-cel comme un candidat prometteur dans l'arsenal des CAR-T anti-BCMA pour le myélome multiple en rechute ou réfractaire, avec un profil de tolérance potentiellement avantageux et des taux de réponse élevés et durables.
Une étude de phase 2 présentée à l'EHA en juin 2025
Afin de confirmer ces résultats, un essai de phase 2 a été lancé iMMagine-1 (NCT05396885). Il est bien avancé : des données de mai 2025 portent sur les 117 patients inclus, avec un suivi médian de 12,6 mois, dont 86 % de patients triple-réfractaires et 41 % penta-réfractaires. Ces résultats ont été présentés à l'EHA en juin 2025. Le taux de réponse global (TRG) était de 97 % (114/117), avec un taux de réponse complète/réponse complète stricte (RC/RCs) de 68 % (79/117) et un taux de très bonne réponse partielle ou supérieure ( > TBRP) de 85 % (100/117), selon les critères de l'International Myeloma Working Group (IMWG) et l'évaluation de l'investigateur. Parmi les patients évaluables pour la maladie résiduelle minimale (MRD) au moment de l'analyse des données, 93,3 % (70/75) ont atteint une MRD négative avec une sensibilité minimale de 10⁻⁵ . Les taux de survie sans progression (SSP) et de survie globale (SG) à 6 mois étaient respectivement de 91,9 % et 96,6 %, et les taux de SSP et de SG à 12 mois étaient respectivement de 78,8 % et 95,2 %. La SSP médiane et la SG médiane n'ont pas été atteintes.avec des réponses profondes et durables rapportées chez ces patients lourdement prétraités.
L'essai de phase 3 randomisé et contrôlé, iMMagine-3 (NCT06413498), a également démarré. Il compare l'efficacité et la sécurité d'anito-cel au traitement standard chez des patients ayant reçu une à trois lignes antérieures, incluant un immunomodulateur et un anticorps anti-CD38, avec un objectif d'inclusion d'environ 450 patients répartis sur une centaine de sites cliniques. Les bras comparateurs du standard de soins comprennent notamment les associations pomalidomide-bortézomib-dexaméthasone, daratumumab-pomalidomide-dexaméthasone, ou carfilzomib-daratumumab-dexaméthasone. A suivre.











