le Brief Santé
Prévention : les soignants ont besoin de continuité, pas seulement d’une loi
De la prévention cardiovasculaire aux arbitrages ministériels, l’entretien de Yannick Neuder avec les Drs Jean-François Lemoine et Jean-Paul Ortiz interroge les conditions d’une politique de santé. Au-delà des annonces, les professionnels attendent une organisation, des moyens et une perspective.
D’un côté, le cardiologue veut intervenir avant l’infarctus ou l’AVC. De l’autre, l’ancien ministre explique pourquoi il n’a pas poursuivi son action gouvernementale. Les deux parties de La Santé en questions racontent la même difficulté : inscrire une ambition sanitaire dans la durée. Le Brief Santé du Dr Jean-François Lemoine en tire une exigence : assurer le suivi des décisions avec autant de sérieux que celui des patients.
Repérer ne suffit pas : il faut organiser la suite
Yannick Neuder met en avant un vote de 462 voix pour, sans opposition, autour de son texte de prévention cardio-neuro-vasculaire. Il décrit une élaboration associant sociétés savantes, professionnels et associations de patients. Éducation à la santé, repérage au travail, risque cardiovasculaire féminin, maladie rénale : les leviers présentés dépassent le cabinet médical.
L’entretien évoque un rendez-vous à six ans autour de l’hypercholestérolémie familiale et la mobilisation des pharmaciens et des kinésithérapeutes. Mais élargir le repérage oblige à préciser les responsabilités de chacun. Jean-Paul Ortiz interroge ainsi la formation, l’organisation et l’articulation entre intervenants.
Une pression artérielle élevée repérée en pharmacie n’est pas encore un parcours de soins. Qui confirme l’alerte ? Qui reçoit le patient ? Dans quel délai ? Qui assure le suivi ? Yannick Neuder reconnaît qu’un rendez-vous six mois plus tard ferait perdre son sens à la démarche.
Pour les médecins, l’enjeu est donc immédiat : prévoir le temps nécessaire pour confirmer, expliquer, traiter et suivre. La coopération ne peut reposer uniquement sur la disponibilité supposée des cabinets. Quant aux moyens, l’ancien ministre assure que les actions seront financées, sans présenter de budget détaillé dans l’entretien.
Le temps politique n’est pas celui du soin
La seconde partie éclaire cette difficulté d’exécution. Yannick Neuder explique avoir demandé une visibilité financière sur plusieurs années, refusée, selon son récit, par Matignon. « Le compte n’y était pas, donc je ne suis pas resté », résume-t-il.
Le Brief relève onze personnalités distinctes ayant exercé des responsabilités ministérielles en santé depuis 2017. Ce décompte inclut différents rangs et des fonctions parfois concomitantes : il ne décrit pas onze ministres se succédant tous au même poste.
La question n’en demeure pas moins essentielle. Comment engager une réorganisation hospitalière ou un projet territorial lorsque les priorités risquent d’être rediscutées à chaque changement d’équipe ? L’administration maintient le fonctionnement, souligne Yannick Neuder. Mais cette continuité administrative ne remplace ni un cap politique ni des engagements durables.
L’ancien ministre revendique des avancées sur la formation, la reconnaissance des infirmiers et la protection des soignants. Le propos n’est donc pas de déclarer son passage inutile. Il est de comprendre pourquoi une transformation jugée nécessaire reste si difficile à conduire.
Financer, suivre et rendre des comptes
Yannick Neuder défend une perspective pluriannuelle et un ministère d’État capable de peser davantage dans les arbitrages. Le Brief pose toutefois une condition : un changement de titre doit s’accompagner d’une capacité d’action.
La prévention ne saurait être présentée comme une économie automatiquement garantie. Il faut chiffrer, choisir et évaluer. Mais limiter son appréciation aux résultats budgétaires immédiats empêche de considérer les bénéfices sanitaires attendus à plus long terme.
Pour les professionnels, cette exigence doit se traduire dans les indicateurs retenus. Compter les dépistages réalisés ne suffit pas : il faut aussi savoir combien de patients ont été effectivement reçus, dans quels délais et avec quelles suites. C’est là que la continuité politique rejoint enfin la continuité des soins.
ENCADRÉ — La proposition du Brief
Jean-François Lemoine propose un « contrat public de continuité » : une programmation sur cinq ans, des objectifs sanitaires mesurables, une trajectoire de moyens et un responsable identifié. Un bilan annuel devant le Parlement et une passation publique à chaque changement de ministre compléteraient ce dispositif. Il s’agit d’une proposition éditoriale du Brief, non d’une mesure annoncée par Yannick Neuder.
Retrouvez le Brief Santé et l’entretien complet en deux parties : prévention cardio-neuro-vasculaire, puis expérience du pouvoir et conditions d’une politique durable.L











