Oncologie
Cancer du poumon à petite cellule : percée des conjugués anticorps-médicament (ADC) dirigés contre B7-H3
Deux essais randomisés de phase III présentés lors du congrès mondial sur le cancer du poumon (WCLC) de l'IASLC, à Séoul ( 12-15 septembre 2026, Corée du Sud), ont évalué des conjugués anticorps-médicament (ADC) dirigés contre B7-H3. Ces nouveaux traitement développés en Chine se sont révélés supérieurs au topotecan. Ils ont par ailleurs fait l'objet de licence avec des laboratoires occidentaux.
- md babul hosen /iSTOCK
Le cancer du poumon à petites cellules (CPPC) représente environ 15 % de tous les cancers du poumon et demeure l'un des cancers les plus agressifs et les plus mortels au monde. En rechute après une première ligne à base de platine, avec ou sans immunothérapie anti-PD-(L)1, il reste un terrain thérapeutique pauvre : le topotécan, traitement de référence en deuxième ligne, n'apporte qu'un bénéfice modeste au prix d'une toxicité hématologique importante.
Des conjugués anticorps-médicament (ADC) dirigés contre B7-H3
Deux essais randomisés de phase III présentés lors du congrès mondial sur le cancer du poumon (WCLC) de l'IASLC, à Séoul ( 12-15 septembre 2026, Corée du Sud), ont évalué des conjugués anticorps-médicament (ADC) dirigés contre B7-H3,(également connue sous le nom de CD276) une protéine de la famille B7 surexprimée dans de nombreuses tumeurs solides et faiblement exprimée dans les tissus sains. Ces deux programmes, TAISHAN-302 et ARTEMIS-008, rapportent des résultats numériquement très proches.
L'essai TAISHAN-302, désormais publié dans le New England Journal of Medicine lien a évalué le tambotatug pelitecan (Tam-Peli, anciennement YL201), un ADC associant un anticorps monoclonal humain anti-B7-H3 à un inhibiteur de topoisomérase I. Conduit dans 85 centres chinois chez 451 patients randomisés 1:1 entre Tam-Peli (2,0 mg/kg toutes les trois semaines) et topotécan standard, l'essai avait pour critère principal la survie globale, avec la survie sans progression et le taux de réponse objective comme critères secondaires hiérarchisés.
La survie globale médiane atteint 13,3 mois avec le Tam-Peli contre 9,4 mois avec le topotécan
À l'analyse intermédiaire prédéfinie (200 décès observés sur les 190 attendus, données arrêtées au 20 mai 2026, suivi médian d'environ 9,3 mois), la survie globale médiane atteint 13,3 mois avec le Tam-Peli contre 9,4 mois avec le topotécan, soit une réduction de 54 % du risque de décès (HR 0,46 ; IC 95 % 0,35-0,62 ; p<0,001). La survie sans progression médiane est de 7,4 mois contre 2,8 mois (HR 0,29 ; IC 95 % 0,23-0,37), et le taux de réponse objective confirmée de 59,1 % contre 9,7 %. Le bénéfice apparaît cohérent dans l'ensemble des sous-groupes prédéfinis, y compris chez les patients avec métastases cérébrales, métastases hépatiques ou intervalle sans chimiothérapie inférieur à 90 jours ; une analyse exploratoire chez les 143 patients avec lésions intracrâniennes montre également un taux de réponse intracrânienne supérieur (32 % contre 3 %).
Des événements indésirables de grade 3 moins fréquents sous Tam-Peli
Sur le plan de la tolérance, les événements indésirables de grade 3 ou plus sont moins fréquents sous Tam-Peli que sous topotécan (55,4 % contre 77,9 %), dominés par la neutropénie, la leucopénie, la lymphopénie, la thrombocytopénie et l'anémie, avec une intensité de dose relative plus élevée (95,6 % contre 88,0 %) malgré une durée de traitement bien plus longue. Une pneumopathie interstitielle est survenue chez 4,9 % des patients sous Tam-Peli, essentiellement de grade 1-2, contre 1,4 % sous topotécan, sans événement de grade 4 ou 5. Aucun des neuf décès survenus dans le groupe Tam-Peli n'a été jugé lié au traitement par les investigateurs.
La survie globale médiane atteint 18,5 mois avec le Ris-Rez contre 10,3 mois avec le topotécan
Présenté le même jour en séance présidentielle, l'essai ARTEMIS-008, promu par Hansoh Pharmaceutical et non encore publié sous forme d'article complet, évalue le risvutatug rezetecan (Ris-Rez, HS-20093), un autre ADC anti-B7-H3, chez 461 patients chinois randomisés 1:1 entre Ris-Rez (8,0 mg/kg toutes les trois semaines) et topotécan, avec plus de 80 % de patients prétraités par inhibiteur de PD-(L)1. À un suivi médian de 12,2 mois, la survie globale médiane atteint 18,5 mois avec le Ris-Rez contre 10,3 mois avec le topotécan, avec un hazard ratio de 0,46 (IC 95 % 0,35-0,62 ; p<0,0001), c'est-à-dire une réduction de risque de décès numériquement identique à celle de TAISHAN-302, malgré une survie médiane sous Ris-Rez sensiblement plus longue. La survie sans progression médiane est de 7,2 mois contre 3,0 mois (HR 0,33), le taux de réponse objective de 58,3 % contre 12,6 %, et le taux de contrôle de la maladie de 90,4 % contre 60,2 %, avec confirmation par une évaluation centralisée indépendante en aveugle. Les événements indésirables de grade 3 ou plus sont également moins fréquents sous Ris-Rez (60,9 % contre 78,2 %), dominés par les mêmes toxicités hématologiques.
Deux cas d'essais ouverts, non en aveugle
Ces deux essais partagent des limites méthodologiques. Il s'agit dans les deux cas d'essais ouverts, non en aveugle, susceptibles d'introduire un biais de prise en charge et de détection des événements indésirables ; pour TAISHAN-302, les critères secondaires (survie sans progression, réponse objective) reposent sur l'évaluation des investigateurs et non sur une relecture centralisée indépendante, ce qui n'est pas le cas pour ARTEMIS-008 où cette relecture centralisée est mentionnée.
Les deux essais sont, de plus, des analyses intermédiaires et non les analyses finales prévues au protocole. La maturité du suivi reste limitée, avec des durées médianes de neuf à douze mois, ce qui restreint la robustesse des estimations de survie médiane, en particulier pour ARTEMIS-008 dont la borne supérieure de l'intervalle de confiance sur la médiane n'est pas rapportée dans les communications disponibles. Enfin, les deux populations sont exclusivement chinoises, avec une proportion élevée de patients n'ayant jamais fumé et une nette prédominance masculine, ce qui limite la généralisation directe des résultats à des populations occidentales
Des licences avec des laboratoires occidentaux
Toutefois, les deux molécules ont fait l'objet de licence avec des laboratoires occidentaux. Pour le Ris-Rez, un développement international est engagé par GSK, titulaire des droits hors Chine continentale, Hong Kong, Macao et Taïwan, via l'essai de phase III EMBOLD-SCLC-301, dont les résultats sont attendus en 2027 et qui seul permettra d'apprécier la transposabilité du bénéfice observé à une population non asiatique.
Pour le Tam-Peli, développé par MediLink Therapeutics qui a signé un accord de licence avec Roche en janvier 2026, aucun calendrier de développement européen n'a été à ce jour précisé. Un essai de phase III devrait toutefois être lancé
En attendant, ces résultats confirment le dynamisme de la recherche pharmacologique chinoise.











