Conférence de consensus

Alopécie areata : les inhibiteurs de JAK en 1ère intention

Le consensus positionne les inhibiteurs oraux de JAK comme traitement de première intention et de fond pour l'ensemble des patients atteints d'alopécie areata sévère, avec une préférence marquée pour les molécules ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché spécifique dans cette indication plutôt que pour un usage hors AMM.

  • TRAVELARIUM New Delhi, India/iSTOCK
  • 16 Septembre 2026
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    Une déclaration de consensus Delphi, publiée en ligne le 2 septembre 2026 dans JAMA Dermatology lien propose les premières recommandations thérapeutiques standardisées pour la prise en charge de l'alopécie areata sévère chez l'adulte aux États-Unis. Élaborée conjointement par la National Alopecia Areata Foundation et l'American Hair Research Society, cette démarche répond à un vide persistant. Malgré l'essor récent des inhibiteurs de Janus kinase, aucun cadre thérapeutique consensuel n'existait jusqu'ici pour guider les cliniciens face à une pathologie auto-immune touchant plus de sept millions de personnes aux États-Unis et grevée d'un retentissement psychosocial considérable comme l'illustrent les différentes intervention sur ce sujet par un candidat à l'élection présidentielle en France.

    La méthode retenue repose sur trois tours de questionnaires anonymes administrés entre mai et novembre 2025 à un panel d'experts nord-américains, précédés d'une revue systématique de la littérature menée sur PubMed jusqu'en décembre 2024. Trente et un experts ont participé, avec un seuil de consensus fixé à 70 pour cent. Une échelle de gravité originale, l'Alopecia Areata Scale, a d'abord été validée par 90 pour cent des votants ; elle dépasse la seule mesure du pourcentage de perte capillaire du cuir chevelu (score SALT) pour intégrer le retentissement psychosocial et l'atteinte extra-scalp, une approche plus fine que l'échelle AALT habituellement retenue dans les essais d'enregistrement.

    Deux médicaments disponibles en France

    Le consensus final, obtenu par 88,9 pour cent des votants, positionne les inhibiteurs oraux de JAK comme traitement de première intention et de fond pour l'ensemble des patients atteints d'AA sévère, avec une préférence marquée pour les molécules ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché spécifique dans cette indication plutôt que pour un usage hors AMM. Aux États-Unis, cette classe comprend le baricitinib, le ritlécitinib  commercialisés en France et le deuruxolitinib non disponible en France. 

    Un JAK oral peut remplacer un autre Jak

    Un point clinique important concerne la durée du traitement : les experts recommandent une poursuite continue, sans interruption, avec la même molécule à la même posologie tant que la réponse est maintenue, en s'appuyant sur des données montrant une perte d'efficacité lors de l'arrêt ou de la réduction de dose. Le délai d'évaluation de la réponse ne doit pas être inférieur à six mois, une fenêtre pouvant être étendue jusqu'à douze mois en cas de réponse partielle prometteuse, notamment lorsque la repousse capillaire atteint ou dépasse 30 pour cent entre le sixième et le neuvième mois. En cas d'échec d'un inhibiteur de JAK oral, un changement de molécule au sein de la même classe reste pertinent, l'échec de l'un ne préjugeant pas de celui d'un autre.

    Le Dupilumab, une alternative possible.

    Le dupilumab est identifié comme alternative thérapeutique de première ligne, mais restreinte aux patients présentant une atopie active ou documentée dans leurs antécédents, sur la base de séries de cas et d'un essai randomisé de taille modeste. Les inhibiteurs de JAK oraux demeurent toutefois privilégiés même chez ces patients, du fait d'une supériorité rapportée en méta-analyse en réseau.

    Plusieurs traitements adjuvants font consensus, avec des indications différenciées selon la localisation : minoxidil oral à faible dose et minoxidil topique à 5 pour cent pour le cuir chevelu, la barbe et les sourcils ; corticostéroïdes intralésionnels à base de triamcinolone pour le cuir chevelu, les sourcils et la barbe ; corticothérapie topique forte puissance réservée au cuir chevelu ; corticothérapie orale courte, en cure relais ou en bolus, limitée à trois mois maximum ; inhibiteurs topiques de JAK et prostaglandines topiques réservés à la repousse des sourcils, cils et barbe, faute de preuves suffisantes sur le cuir chevelu.

    À l'inverse, un consensus d'exclusion a été obtenu pour plusieurs immunosuppresseurs historiquement utilisés hors AMM : méthotrexate, ciclosporine, mycophénolate mofétil, azathioprine et hydroxychloroquine, ainsi que la photothérapie UV, la thérapie laser excimer et les compléments alimentaires. Ce choix marque une divergence assumée avec certaines recommandations internationales, qui conservent ces agents comme options de seconde ou troisième ligne ; les auteurs justifient cette exclusion par l'insuffisance de données de sécurité et d'efficacité de haut niveau de preuve, sans pour autant proscrire leur usage au cas par cas selon le jugement clinique.

    Soutien en santé mental nécessaire

    Enfin, la déclaration insiste sur l'accompagnement non pharmacologique : orientation vers un soutien en santé mentale compte tenu du lien documenté entre AA et comorbidités psychiatriques, information sur les associations de patients, et reconnaissance des prothèses capillaires et techniques de camouflage comme option thérapeutique à part entière, pouvant justifier une prise en charge assurantielle sur certificat médical.

    Les auteurs soulignent eux-mêmes les limites de l'exercice : absence d'essais comparatifs directs entre inhibiteurs de JAK, absence de validation de ces recommandations chez l'enfant, la femme enceinte, les formes légères à modérées ou les patients porteurs de comorbidités significatives, et absence de participation des patients au processus Delphi lui-même.  

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