Politique de santé

La Cour des comptes pointe l'échec de réduction des inégalités sociales en matière de politique vaccinale

Dans un rapport, la Cour des compte salue l'extension à 11 vaccins obligatoires chez le nourrisson suite à la loi de 2018. Mais pointe le retard français en matière de lutte contre le rotavirus et le papillomavirus. Afin de toucher les personnes éloignées du système sanitaire, la création d'un service de santé au sein de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est également envisagée. 

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  • 07 Septembre 2026
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    Réforme emblématique du premier quinquennat d'Emmanuel Macron conduite par Agnès Buzyn, la réforme de 2018 qui a étendu la liste de trois à onze vaccins obligatoires chez le nourisson a produit rapidement des résultats en dépit du climat de forte défiance vaccinale. C'est l'un des faits marquants du rapport de la Cour des comptes présenté le 7 septembre 2026  qui livre une évaluation de la politique vaccinale française depuis 2018. Le champ retenu couvre la vaccination en population générale, à l'exclusion de la vaccination de crise contre la covid 19 et des enjeux propres aux professionnels de santé.

    Trois questions structurent le rapport.

    Sur l'atteinte des objectifs de couverture vaccinale, le bilan est nuancé. Le suivi statistique demeure fragile : le carnet de vaccination électronique intégré au dossier médical partagé depuis 2020 reste sous-alimenté faute d'une intégration spécifique programmée dans les logiciels des médecins.  L'essentiel des historiques continue de reposer sur des supports papier ou des solutions numériques privées, ce qui obère la connaissance fine du statut vaccinal, notamment à l'échelle territoriale. L'extension de l'obligation vaccinale des nourrissons à onze pathologies a néanmoins consolidé une couverture déjà bonne pour la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, l'hépatite B et les pneumocoques, avec quasi-disparition des maladies concernées, à l'exception notable de la rougeole, exposée à un risque de résurgence épidémique. Les rotavirus restent, eux, insuffisamment couverts.

    Des résulats décevants chez les adolescents et adultes

    Chez les adolescents et les adultes, les résultats sont plus décevants : seuls 55 % des jeunes de 15 ans sont vaccinés contre le papillomavirus, loin des plus de 80 % observés au Portugal, en Espagne ou en Suède, et la vaccination antigrippale recule depuis 2022, restant très en deçà de l'objectif OMS de 75 % chez les personnes à risque (54 % chez les plus de 65 ans en 2025-2026). La vaccination des femmes enceintes s'est en revanche améliorée depuis 2023, dans le contexte de l'épidémie de coqueluche. L'élargissement des lieux et des vaccinateurs a produit des effets mitigés : les pharmaciens portent désormais une large part de la vaccination antigrippale, mais la mobilisation des médecins, sages-femmes et infirmiers doit être renforcée, de même que celle des services de santé au travail, des services de santé étudiante et des établissements de santé, encore sous-mobilisés. La vaccination HPV au collège, engagée en 2023, se heurte à des difficultés de mise en œuvre et un déficit de coordination avec l'éducation nationale.

    La couverture insuffisante de la vaccination anti-rotavirus

    Sur l'efficience des stratégies vaccinales, la Cour rappelle que la vaccination demeure l'une des interventions de santé publique les plus efficientes, comme l'illustrent la baisse des hospitalisations de nourrissons liée à l'immunisation contre la bronchiolite ou le potentiel, encore inexploité en France faute de couverture suffisante, de la vaccination antirotavirus. À l'inverse, la grippe saisonnière illustre le coût de la sous-vaccination, avec environ 2,5 millions de consultations et 9 000 à 10 000 décès annuels, dont 90 % chez les personnes de 65 ans et plus, et des coûts hospitaliers oscillant entre 26 et 210 millions d'euros selon les saisons (moyenne de 79 M€), hors complications indirectes (AVC, infarctus). La Cour recommande que les recommandations vaccinales reposent systématiquement sur une analyse d'efficience et d'impact budgétaire, et salue à cet égard la fusion, au sein de la Haute Autorité de santé, des commissions chargées des recommandations et de l'évaluation médico-économique des vaccins. Elle souligne enfin l'écart possible entre l'efficacité observée en essais cliniques et l'efficacité en vie réelle, à réévaluer régulièrement.

    Une réduction des inégalités territoriales

    Sur la réduction des inégalités, la réponse est contrastée. Les inégalités territoriales se sont resserrées grâce à l'obligation vaccinale de 2018 et aux campagnes de vaccination HPV en collège, qui compensent partiellement la faible densité de l'offre de soins dans certains départements. Des écarts importants subsistent toutefois, en particulier dans les départements d'outre-mer, où la couverture contre la grippe ou les HPV reste inférieure à la moyenne hexagonale. En Martinique, la couverture vaccinale HPV après la première campagne collégienne était deux fois inférieure à la moyenne nationale, dans un contexte de défiance vaccinale renforcée par la crise sanitaire aux Antilles et à La Réunion. En matière d'inégalités sociales, en revanche, le bilan est négatif : les enfants de milieux défavorisés restent moins bien vaccinés malgré les campagnes en collège, à la différence d'autres pays comparables, et le gradient social dans le dépistage des pathologies liées aux HPV demeure marqué. Les actions locales en faveur des publics éloignés des soins sont rarement évaluées. Et Santé publique France peine à identifier et diffuser les pratiques probantes. Les services de protection maternelle et infantile, pourtant essentiels pour ces publics, sont fragilisés par des difficultés structurelles. La Cour évoque également la situation spécifique des demandeurs d'asile, dont la vaccination pourrait être facilitée par l'octroi d'un statut de service de santé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

    La Cour formule neuf recommandations, portant notamment sur l'alimentation du dossier médical partagé d'ici fin 2028, la généralisation de la prise en charge de la vaccination en PMI et en établissements de santé, l'intégration de la vaccination au collège dans la stratégie de santé scolaire avec élargissement des compétences des infirmiers scolaires, le renforcement des analyses d'efficience à la Haute Autorité de santé, la territorialisation des objectifs de la stratégie 2025-2030, et l'évaluation systématique des actions destinées aux publics éloignés des soins.

    Un retour sur investissement de 19 fois l'investissement initial

    L'enjeu, au delà de l'impact sanitaire, est aussi financier. La Cour des comptes rapporte en effet l'une des conclusions d'une étude menée en 2024  par l’Office of Health Economics, organisme britannique indépendant de recherche en économie de la santé. La valeur socio-économique des programmes de vaccination des adultes au travers de quatre maladies (grippe, infection à pneumocoques, zona et virus respiratoire syncytial – VRS) dans dix pays, dont la France a été estimée. Conclusion principale, le retour sur investissement d’un programme de vaccination des adultes était de 19 fois l’investissement initial. 

     

     

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