Dépistage cancer colo-rectal

Un test sanguin efficace pour la reconnaissance des adénomes de haut grade

Un test sanguin combinant miARN circulants libres et exosomaux s'est révélé fiable pour la détection du cancer colorectal et, surtout, des adénomes de haut grade, une cible longtemps négligée par les tests sanguins existants. En cas de validation, il sera une alternative au test immunochimique fécal 

  • fengdr/iStock
  • 17 Août 2026
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    L'étude DENEB (DEtection of colorectal NEoplasias in Blood)  publiée le 10 août 2026 dans The Lancet Gatroenterology & Hepatology lien présente le développement et la validation d'un test sanguin combinant miARN circulants libres et exosomaux pour la détection du cancer colorectal et, surtout, des adénomes de haut grade une cible longtemps négligée par les tests sanguins existants. Le cancer colorectal demeure aux États-Unis le troisième cancer par ordre de fréquence et le deuxième par mortalité, alors même que le dépistage permet théoriquement d'en prévenir la survenue et le décès. Les auteurs rappellent que la participation au dépistage aux Etats-Unis comme en France reste insuffisante par rapport à l'objectif de 80 % couramment avancé, la majorité des décès survenant chez des personnes non dépistées. Les tests sanguins actuels, bien que susceptibles d'améliorer l'adhésion en s'affranchissant des contraintes de la préparation colique ou de la manipulation de selles, restent conçus principalement pour la détection précoce du cancer déjà constitué, avec une sensibilité médiocre pour les adénomes avancés, lésions précurseurs pourtant déterminantes pour un effet réellement préventif. Cette limite tiendrait à un biais de découverte centré sur le cancer, les biomarqueurs étant historiquement identifiés par comparaison directe entre échantillons cancéreux et témoins sains, ce qui sous-représente les signatures moléculaires plus discrètes des adénomes.

    Sur le plan méthodologique, DENEB est une étude cas-témoins multicentrique enrichie en événements, conduite selon le cadre phase I-III de l'Early Detection Research Network. Deux cohortes de découverte (Barcelone, Espagne, n=274 ; Tsu, Japon, n=307), complétées par trois cohortes in silico (Japon, Espagne, Chine), ont permis d'identifier par séquençage d'ARN de petite taille les miARN surexprimés dans le sang de patients atteints de cancer colorectal ou d'adénomes. Seuls les biomarqueurs retrouvés significativement surexprimés dans au moins deux cohortes de découverte ou in silico ont été retenus, ce qui constitue un filtre de reproductibilité biologique. Ces marqueurs ont ensuite été quantifiés par RT-qPCR dans deux cohortes cliniques indépendantes : une cohorte d'entraînement (cohorte clinique 1, n=535) servant à construire, via un modèle d'apprentissage automatique XGBoost, deux modèles distincts et verrouillés — l'un pour le cancer colorectal, l'autre pour les adénomes avancés — et à fixer leurs seuils diagnostiques ; puis une cohorte de test indépendante (cohorte clinique 2, n=230) sur laquelle ces seuils ont été appliqués sans réajustement. Les participants, âgés de 18 à 100 ans, provenaient de programmes de coloscopie de dépistage ou diagnostique menés à Barcelone et à Tsu, avec inclusion de patients atteints de cancer colorectal naïfs de traitement avant chirurgie afin d'enrichir l'échantillon en événements. Les critères de jugement principaux étaient la sensibilité pour le cancer colorectal et pour les adénomes avancés, ainsi que la spécificité pour la néoplasie avancée, évaluées chez les participants de 45 ans ou plus.

    Une sensibilité de 81% pour les adénomes avancés

    Le test final repose sur l'expression transcriptionnelle de 19 miARN libres circulants et 20 miARN exosomaux. Dans la cohorte de test, il a atteint une aire sous la courbe ROC de 95 % (IC95 % 92-98) pour distinguer cancer colorectal et adénomes avancés des témoins sans maladie. La sensibilité pour le cancer colorectal tous stades confondus était de 91 % (IC95 % 80-96 ; 89 % chez les hommes, 95 % chez les femmes), et de 92 % (80-97) pour les stades I à III spécifiquement. La sensibilité pour les adénomes avancés atteignait 81 % (69-89), avec une performance comparable entre les sexes (82 % chez les hommes, 79 % chez les femmes). La spécificité pour la néoplasie avancée s'établissait à 85 % (IC95 % 77-90), et la spécificité pour une coloscopie négative à 83 % (72-91).

    Performance faible avec le test fécal pour les adénomes de bas et haut grade

    Ces résultats méritent d'être comparés au test immunochimique fécal (FIT), pilier du dépistage organisé en France depuis 2015. Le FIT, bien qu'il n'ait pas fait l'objet d'une comparaison directe dans l'étude DENEB elle-même, présente classiquement une sensibilité satisfaisante pour le cancer colorectal mais une sensibilité nettement plus faible pour les adénomes avancés, généralement estimée bien en deçà de 50 % selon les données de la littérature internationale et les retours d'expérience des programmes de dépistage organisé. C'est précisément sur ce point que le test miARN de DENEB se démarque le plus nettement, avec une sensibilité de 81 % pour les adénomes avancés, potentiellement plus proche de celle attendue de la coloscopie elle-même.

    Pas de comparaison entre le test sanguin et fécal

    Contrairement au FIT, dont l'acceptabilité est freinée par la manipulation d'échantillons fécaux et par un défaut d'observance aux tests itératifs, un simple prélèvement sanguin pourrait faciliter l'adhésion, en particulier chez les patients réticents aux modalités actuelles. Il convient cependant de souligner qu'aucune comparaison prospective entre ce test sanguin et le FIT n'a été réalisée dans cette étude, et que les performances rapportées ici proviennent d'un schéma cas-témoins enrichi en événements, structurellement différent des conditions réelles de dépistage en population à faible prévalence, dans lesquelles les valeurs prédictives seraient nécessairement revues à la baisse.

    Les auteurs eux-mêmes appellent à des études prospectives à grande échelle pour confirmer les performances, l'utilité clinique et la place éventuelle de ce test dans les stratégies de dépistage populationnel — étape indispensable avant toute évaluation par la HAS en vue d'une éventuelle intégration aux algorithmes français, où il pourrait à terme se positionner comme une alternative ou un complément au FIT plutôt qu'un substitut à la coloscopie.

     

     

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