Cancer et maladies cardio-vasculaires

Un surrisque d'association des deux pathologies chez les hommes

Les résultats  d'une étude britannique montrent un surrisque net et cohérent de cancer chez les hommes atteints de maladies cardio-vasculaires. Et plaident pour une meilleure intégration du statut cardiovasculaire, stratifié par sexe, dans les stratégies de dépistage personnalisé du cancer.

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  • 14 Août 2026
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    Cette étude de cohorte prospective, issue de la cohorte britannique EPIC-Norfolk, apporte des données inédites sur les différences liées au sexe dans la relation entre maladies cardiovasculaires (MCV) et cancer, sur un suivi médian exceptionnel de 26,2 ans. Partant du constat que le cancer et les MCV constituent les deux premières causes de décès en Europe et qu'une interaction bidirectionnelle entre ces pathologies est de mieux en mieux caractérisée, les auteurs ont cherché à déterminer si le sexe modulait cette association, question jusqu'ici insuffisamment documentée dans la littérature, les rares études disponibles ayant produit des résultats contradictoires.

    22 534 participants âgés de 40 à 79 ans

    L'analyse a porté sur 22 534 participants âgés de 40 à 79 ans à l'inclusion, recrutés dans 35 cabinets de médecine générale du Norfolk entre 1993 et 1998, avec trois bilans de santé successifs jusqu'en 2012 et un couplage aux données du NHS jusqu'en mars 2022. Les critères de jugement principaux étaient l'incidence du cancer, hors carcinomes cutanés non mélanomiques, et la mortalité par cancer.

    Les résultats montrent un surrisque net et cohérent chez les hommes. À 75 ans, le risque cumulé ajusté de cancer incident atteignait 17,3 % chez les hommes atteints de MCV contre 12,8 % chez les femmes (HR 1,39, IC 99 % 1,25-1,53), et 10,2 % contre 8,2 % en l'absence de MCV (HR 1,27, IC 99 % 1,15-1,41). Le risque de mortalité par cancer suivait la même tendance, avec un HR de 1,51 chez les patients atteints de MCV et de 1,31 en leur absence. Les analyses par sous-type ont confirmé une incidence masculine plus élevée pour l'ensemble des cancers étudiés, avec des associations particulièrement marquées pour les cancers de l'œsophage et de l'estomac chez les porteurs de MCV, ainsi qu'un surrisque de mortalité pour les cancers du poumon et de l'œsophage.

    Un écart réduit pour le cancer du poumon

    Fait notable, l'écart entre sexes s'atténuait spécifiquement pour le cancer du poumon chez les patients atteints de MCV, suggérant un rôle convergent du tabagisme et de l'inflammation systémique chronique.

    Chez les femmes un IMC élevé associé à une surmortalité par cancer indépendamment du statut cardiovasculaire

    L'étude met également en lumière une hétérogénéité des facteurs de risque selon le sexe et le statut cardiovasculaire. Chez les hommes atteints de MCV, la précarité sociale, l'hypertension, la bronchite, le tabagisme, une consommation excessive d'alcool et l'obésité sévère ressortaient comme déterminants significatifs de l'incidence du cancer, tandis que chez les femmes atteintes de MCV, l'hypertension, le diabète, le tabagisme et l'obésité sévère prédominaient. Un résultat contre-intuitif mérite d'être souligné : chez les femmes, un indice de masse corporelle élevé était associé à une surmortalité par cancer indépendamment du statut cardiovasculaire, sans équivalent chez les hommes, ce que les auteurs rattachent à des mécanismes hormonaux et métaboliques propres, notamment la résistance à l'insuline et la signalisation IGF-1 liées à l'adiposité viscérale.

    Une protection conférée par une consommation d'alcool élevée chez les femmes

    L'apparente protection conférée par une consommation d'alcool élevée chez les femmes atteintes de MCV est quant à elle interprétée avec prudence par les auteurs, qui évoquent un possible biais de survie plutôt qu'un effet biologique réel.

    Une analyse exploratoire post-hoc a tenté de construire un modèle prédictif du risque de cancer à partir de ces déterminants, mais la statistique obtenue traduit une capacité discriminante limitée, insuffisante pour une application clinique en l'état.

    Les auteurs soulignent plusieurs limites méthodologiques importantes. La cohorte, composée à 99,6 % de sujets d'origine britannique blanche, limite fortement l’extension des résultats à des populations plus diversifiées sur le plan ethnique, de même qu'à des contextes socio-économiques différents de celui d'un pays européen à revenu élevé. Un biais de sélection du volontaire en bonne santé est possible, bien que la cohorte demeure comparable aux échantillons représentatifs nationaux. L'absence de données actualisées sur les traitements, l'IMC et certains biomarqueurs après les dernières visites de suivi, ainsi que l'impossibilité d'évaluer les différences d'accès aux soins cardiovasculaires selon le sexe, constituent des facteurs de confusion résiduels potentiels. Enfin, certaines analyses par sous-type de cancer pourraient manquer de puissance statistique en raison du nombre limité d'événements, et les auteurs rappellent explicitement que les HR observés doivent être interprétés comme des associations et non comme des relations causales.

    Une stratégie indirecte de prévention du cancer

    Sur le plan clinique, les auteurs plaident pour une meilleure intégration du statut cardiovasculaire, stratifié par sexe, dans les stratégies de dépistage personnalisé du cancer, en particulier pour des cancers comme le cancer colorectal dont les outils d'évaluation du risque actuels n'intègrent pas la dimension cardiovasculaire. Ils insistent sur le fait que la prévention primaire et secondaire des MCV pourrait constituer, au-delà de son bénéfice cardiovasculaire propre, une stratégie indirecte de prévention du cancer, justifiant une approche intégrée de cardio-oncologie sensible au sexe. Des travaux complémentaires, notamment sur les scores de risque intégrant les MCV et validés dans des populations diverses, apparaissent nécessaires avant toute application clinique généralisée.

     

     

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