infection respiratoire basse à VRS
Le nirsevimab confirme son efficacité sur la réduction du nombre d'hospitalisations
Une étude française publiée dans JAMA confirme sur deux saisons consécutives l'efficacité robuste du nirsevimab contre les hospitalisations pour infection respiratoire basse à VRS en première année, sans effet démontré au-delà, et sans bénéfice croisé sur les autres infections respiratoires ou sur l'asthme.
- LSOphoto Quebec, Canada/iStock
Une étude de cohorte nationale française, conduite par EPI-PHARE à partir du Système national des données de santé et publiée dans JAMA Pediatrics lien le 10 août 2026 apporte de nouvelles données sur la persistance de l'efficacité du nirsevimab d'une saison à l'autre et sur ses effets potentiels au-delà de la protection contre le virus respiratoire syncytial (VRS). L'analyse repose sur deux cohortes appariées de nourrissons nés en France métropolitaine avant les campagnes vaccinales 2023 et 2024, chacune comparant, selon un appariement exact 1:1 sur le sexe, le mois de naissance, l'âge gestationnel, le département de résidence et le quintile de défavorisation sociale, des nourrissons ayant reçu une dose unique de nirsevimab à des nourrissons non vaccinés. La cohorte 2023 comptait 74 672 nourrissons et a bénéficié d'un suivi de deux ans, tandis que la cohorte 2024, plus large avec 175 526 nourrissons, n'a été suivie que sur un an.
Une réduction de 72% des hospitalisations en 2024-2025
Au cours de la première année suivant l'administration, le nirsevimab a été associé à une réduction significative des hospitalisations pour infection respiratoire basse à VRS dans les deux cohortes, avec des estimations d'efficacité de 66 % (IC95 %, 61-70 %) en 2023-2024 et de 72 % (IC95 %, 69-75 %) en 2024-2025. Cette stabilité, voire cette légère amélioration, est notable compte tenu du changement de sérotype dominant entre les deux saisons (VRS A puis VRS B, avec émergence de variants porteurs de mutations de résistance) et de la forte progression de la couverture vaccinale, passée d'environ 13 % à 47 % des nourrissons éligibles. Les auteurs soulignent toutefois que ces estimations restent inférieures à celles rapportées par d'autres études françaises pour la même saison 2024-2025 (85 % et 90 %), écart qu'ils attribuent en partie à des différences méthodologiques, notamment le recours à une cohorte plutôt qu'à un schéma cas-témoins avec test négatif, ainsi qu'à une population d'étude plus âgée et donc moins à risque que les cohortes de nouveau-nés vaccinés à la maternité.
Pas de protection la deuxième année de vie
En revanche, aucune protection significative contre l'hospitalisation pour infection respiratoire basse à VRS n'a été retrouvée au cours de la deuxième année de suivi chez les nourrissons vaccinés en 2023 (rapport de risque pondéré de 1,03 ; IC95 %, 0,73-1,43), un résultat cohérent avec la durée d'action pharmacologique attendue de l'anticorps monoclonal, de l'ordre de cinq mois, mais qui contraste avec l'étude espagnole NIRSE-GAL ayant rapporté une réduction résiduelle d'environ 55 % sur des comparaisons historiques plutôt qu'individuelles.
Un taux plus élevé d'infections ORL bactériennes
L'étude n'a mis en évidence aucune réduction des hospitalisations pour infections autres que le VRS, qu'elles soient virales ou bactériennes, ni au cours de la première ni de la seconde année. Elle relève en revanche, de façon reproductible dans les deux cohortes et les deux années de suivi, une association avec des taux plus élevés d'hospitalisation pour infections ORL bactériennes, principalement des otites moyennes aiguës (rapport de risque pondéré de 1,36 en 2023 et 1,43 en 2024). Ce signal, fondé sur un nombre d'événements restreint, s'oppose à celui d'une étude écologique française antérieure ayant au contraire observé une diminution des otites moyennes aiguës pendant la campagne vaccinale chez les moins de 12 mois.
Augmentation du risque d'hospitalisation pour asthme
Par ailleurs, au cours de la deuxième année de suivi de la cohorte 2023, une augmentation du risque d'hospitalisation pour asthme a été observée chez les nourrissons ayant reçu le nirsevimab l'année précédente (rapport de risque pondéré de 1,24 ; IC95 %, 1,05-1,46). Les auteurs qualifient cette association d'hypothèse encore spéculative, évoquant un possible effet rebond après la levée de la protection passive ou une moindre stimulation de l'immunité naturelle au cours de la première année, par analogie avec les phénomènes observés après la pandémie de COVID-19. Ce résultat va à l'encontre de l'hypothèse selon laquelle la prévention précoce de l'infection à VRS réduirait le risque ultérieur de sifflements ou d'asthme, hypothèse pourtant étayée par plusieurs données antérieures sur la bronchiolite infantile.
Sur le plan de la mortalité toutes causes et des hospitalisations toutes causes hors VRS, les résultats sont plus nuancés : une réduction du risque d'hospitalisation toutes causes incluant le VRS a été observée en première année dans les deux cohortes, tandis qu'un risque légèrement accru d'hospitalisation toutes causes hors VRS a émergé dans la cohorte 2024 (rapport de risque pondéré de 1,06 ; IC95 %, 1,03-1,10), sans significativité en 2023.
Plusieurs limites méthodologiques
Les auteurs soulignent plusieurs limites méthodologiques qui invitent à la prudence dans l'interprétation de ces signaux secondaires. La forte asymétrie de couverture vaccinale entre 2023 et 2024 a réduit le nombre de paires non exposées disponibles pour l'appariement, entraînant l'exclusion d'un nombre substantiel de paires initiales, bien que ces exclusions concernent surtout de courtes périodes de suivi précédant le début de la saison épidémique. La nature observationnelle de l'étude n'exclut pas un biais de confusion résiduel malgré l'appariement et la pondération. Les diagnostics d'asthme posés avant l'âge de deux ans sont par nature sujets à une possible erreur de classification, les premiers épisodes de sibilances ne préfigurant pas nécessairement un asthme persistant. Enfin, l'étude porte exclusivement sur des nourrissons nés avant les campagnes vaccinales et ayant reçu le nirsevimab en ambulatoire après la sortie de maternité, ce qui limite la généralisation directe aux nourrissons immunisés à la naissance, même si les données disponibles suggèrent une efficacité comparable entre ces deux stratégies d'administration.
En conclusion, cette étude confirme, sur deux saisons consécutives et dans un cadre populationnel français, l'efficacité robuste du nirsevimab contre les hospitalisations pour infection respiratoire basse à VRS en première année, sans effet démontré au-delà, et sans bénéfice croisé sur les autres infections respiratoires ou sur l'asthme. Les associations positives observées avec les infections ORL bactériennes et l'asthme en deuxième année, bien que reposant sur un nombre limité d'événements, justifient selon les auteurs un suivi pharmacoépidémiologique prolongé, notamment au regard de l'ampleur du bénéfice net apporté par la prévention des hospitalisations liées au VRS.











