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Neurologie

Maladie d'Alzheimer : de la prescription d'un biomarqueur à la demande du droit à mourir

La diffusion aux Etats-Unis des biomarqueurs sanguins de la maladie d'Alzheimer accélère et anticipe le diagnostic, au point de transformer parfois une simple confirmation biologique en une échéance vécue comme existentielle par le patient, notamment lorsqu'il envisage une aide médicale à mourir.

  • wildpixel/iStock
  • 15 Juillet 2026
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    Alors que la loi  relative au droit à l’aide à mourir devrait être votée ce 15 juillet 2926, un article de synthèse signé par une équipe de Harvard Medical School, publié en ligne dans JAMA lien le 9 juillet 2026, interroge une tension éthique émergente aux Etats-Unis: la diffusion des biomarqueurs sanguins de la maladie d'Alzheimer accélère et anticipe le diagnostic, au point de transformer parfois une simple confirmation biologique en une échéance vécue comme existentielle par le patient, notamment lorsqu'il envisage une aide médicale à mourir.

    1er test sanguin de la Maladie d'Alzheimer

    Les auteurs situent leur propos dans le contexte américain de 2025, marqué par l'autorisation par la FDA d'un premier test sanguin détectant la pathologie amyloïde chez des personnes symptomatiques, et par l'essor des anticorps anti-amyloïdes, lecanemab et donanemab, désormais indiqués dès le stade de trouble cognitif léger. En France, la situation est comparable sans être identique : le dosage plasmatique de la pTau217, considéré comme le biomarqueur sanguin le plus performant pour détecter les lésions amyloïdes, est réservé depuis fin 2025 aux centres mémoire, sans que son remboursement ni son inscription en pratique courante ne soient validés. Concernant le lecanemab, la HAS a refusé d’accorder une autorisation d'accès à l'atutomne dernier. Le donanemab a été frappé par la même sanction le 12 mars 2026.

    Une demande d'aide à mourir dès le diagnostic

    Le cœur de l'article porte sur un phénomène clinique documenté : une proportion notable d'adultes cognitivement normaux mais porteurs d'un taux élevé de peptide bêta-amyloïde déclarent qu'ils envisageraient une aide à mourir en cas de déclin cognitif, de souffrance ou de sentiment d'être un fardeau. Cette demande naît souvent de la crainte de perdre, avec l'avancée de la démence, la capacité de discernement exigée par les cadres légaux d'aide à mourir — une fenêtre d'opportunité perçue comme se refermant, qui transforme une probabilité biologique incertaine en fatalité ressentie comme imminente.

    La souffrance psychique exclue de la loi française

    Cette lecture résonne fortement avec l'actualité législative française. Après plusieurs rejets par le Sénat, la proposition de loi correspondante doit faire l'objet d'un vote définitif à l'Assemblée nationale le 15 juillet 2026. Le texte conditionne l'accès à une affection grave et incurable engageant le pronostic vital en phase avancée ou terminale, à une souffrance réfractaire, et exclut explicitement la seule souffrance psychique. Cette architecture, plus restrictive que certains cadres américains évoqués par les auteurs, limiterait en théorie le scénario qu'ils décrivent — un diagnostic précoce sans pronostic vital engagé à court terme. La crainte de perte de discernement pourrait néanmoins alimenter en France des demandes anticipées comparables, notamment via les directives anticipées.

    Un biomarqueur positif ne signe pas un pronostic

    Sur le plan clinique, trois points méritent d'être retenus : la variabilité de la progression du trouble cognitif léger vers la démence invite à ne jamais assimiler un biomarqueur positif à un pronostic temporel certain — d'autant que la pTau217 reste sensible à des facteurs confondants comme la fonction rénale. La période péridiagnostique constitue une fenêtre de vulnérabilité psychologique, associée à un risque accru de tentative de suicide, justifiant un dépistage systématique de la dépression avant toute évaluation du discernement. Enfin, les auteurs recommandent un accompagnement structuré avant/après l'annonce, sur le modèle du conseil génétique pour la maladie de Huntington. Ils rappellent aussi que la crainte d'être un fardeau reflète souvent une insuffisance de l'offre de répit et de soutien aux aidants — un constat transposable au contexte français, où l'accès à ces dispositifs reste hétérogène selon les territoires. Bref, les médecins de l’Hexagone ne manqueront pas dans un intervalle de temps plus ou moins long d’être confronté à la situation clinique relatée par l’équipe américaine. Comment alors répondre à ces situations que n’envisagent pas la loi française ?

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