Canicule

Coup de chaleur : pourquoi les réanimateurs plongent-ils certains patients dans une baignoire à 4 °C ?

Les images diffusées ces derniers jours surprennent le grand public comme de nombreux médecins. On y voit des patients victimes d’un coup de chaleur immergés dans des baignoires remplies d’eau glacée. Intuitivement, le geste paraît presque violent. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’un véritable coup de chaleur, cette stratégie constitue aujourd’hui l’un des traitements les plus efficaces dont nous disposons. À condition de savoir pour quels patients elle est indiquée.

  • 01 Juillet 2026
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    Les vagues de chaleur successives remettent brutalement sur le devant de la scène une urgence médicale que beaucoup de praticiens rencontrent finalement assez rarement : le véritable coup de chaleur.

    Le terme est d’ailleurs source de confusion. Entre l’épuisement lié à la chaleur, la déshydratation, l’insolation et le coup de chaleur proprement dit, les frontières sont souvent floues, y compris dans les médias.

    Or, lorsqu’un patient présente une température centrale supérieure à 40 °C associée à des troubles neurologiques — confusion, agitation, convulsions ou coma — il ne s’agit plus simplement d’une hyperthermie. C’est une défaillance systémique dont la mortalité reste élevée malgré les progrès de la réanimation.

    Le facteur pronostique majeur n’est alors plus la température maximale atteinte, mais surtout la durée d’exposition à cette hyperthermie.

    Chaque minute compte.

    Refroidir vite… très vite

    Depuis plusieurs années, les recommandations internationales convergent.

    Face à un véritable coup de chaleur, l’objectif est simple : faire redescendre la température centrale le plus rapidement possible.

    La littérature montre qu’une vitesse de refroidissement supérieure à 0,15 °C par minute améliore significativement le pronostic neurologique et diminue la mortalité.

    Or, aucune technique conventionnelle ne rivalise avec l’immersion dans l’eau glacée.

    Un bain compris entre 1 et 10 °C permet des vitesses de refroidissement proches de 0,20 à 0,35 °C par minute, très supérieures à celles obtenues avec les couvertures refroidissantes, les poches de glace ou les ventilateurs.

    C’est la raison pour laquelle les sociétés savantes de médecine du sport résument aujourd’hui la prise en charge par une formule devenue célèbre :

    “Cool first, transport second.”

    Autrement dit, lorsqu’il s’agit d’un coup de chaleur d’effort authentique, il vaut mieux commencer immédiatement le refroidissement avant même le transfert si cela est possible.

    Pourquoi l’eau à 4 °C ne provoque-t-elle pas un choc thermique ?

    La question revient régulièrement.

    Chez un sujet sain, l’immersion brutale dans une eau glacée déclenche effectivement une réponse physiologique importante : vasoconstriction cutanée, tachycardie, hyperventilation.

    Mais le patient victime d’un coup de chaleur n’est plus dans une situation physiologique normale.

    Son organisme contient une quantité considérable de chaleur qu’il est incapable d’évacuer. Les mécanismes de thermorégulation sont dépassés, les protéines cellulaires commencent à se dénaturer, la cascade inflammatoire est enclenchée et les défaillances multiviscérales s’installent progressivement.

    Dans ce contexte, les bénéfices d’un refroidissement extrêmement rapide dépassent largement les risques potentiels liés à l’immersion.

    Naturellement, cette technique ne consiste pas à laisser un patient “dans un bain glacé”. La température centrale est surveillée en continu grâce à une sonde œsophagienne, rectale ou vésicale et l’immersion est interrompue dès que la température atteint environ 38,5 à 39 °C afin d’éviter une hypothermie secondaire.

    Tous les coups de chaleur ne se ressemblent pas

    C’est probablement le point le plus important.

    Les images actuellement diffusées concernent essentiellement des patients jeunes victimes d’un coup de chaleur d’effort : sportifs, militaires, travailleurs exposés ou personnes ayant fourni un effort intense sous une chaleur extrême.

    Chez eux, l’immersion en eau glacée constitue aujourd’hui la méthode de référence.

    En revanche, le coup de chaleur classique, observé lors des canicules chez des personnes âgées, polymédiquées ou atteintes de maladies chroniques, relève d’une approche différente.

    Ces patients présentent souvent une fragilité cardiovasculaire importante. Leur prise en charge nécessite également un refroidissement rapide, mais celui-ci repose plus fréquemment sur des couvertures refroidissantes, des systèmes de circulation d’eau, la pulvérisation d’eau associée à une ventilation forcée, des perfusions refroidies, voire des dispositifs intravasculaires dans certains centres spécialisés.

    Non parce que l’eau glacée serait contre-indiquée, mais parce que ces méthodes permettent une surveillance continue plus compatible avec les soins de réanimation complexes que nécessitent ces patients.

    Une urgence où le temps est un traitement

    Le coup de chaleur illustre parfaitement une idée simple : il existe des situations où le traitement principal n’est pas un médicament mais une intervention physique.

    Comme pour un infarctus où l’on ouvre une artère, ou un AVC où l’on reperfuse un cerveau, le pronostic dépend ici directement de la rapidité avec laquelle la température centrale est abaissée.

    Les images de baignoires remplies d’eau glacée peuvent impressionner.

    Elles traduisent pourtant une évolution majeure de notre compréhension physiopathologique : lorsqu’un véritable coup de chaleur est installé, la priorité absolue n’est plus le confort du patient ni la crainte d’un refroidissement trop brutal.

    La priorité est d’interrompre, le plus vite possible, la destruction cellulaire provoquée par une température corporelle devenue incompatible avec le fonctionnement normal des organes.

    Autrement dit, dans le coup de chaleur, l’eau glacée n’est pas une violence thérapeutique.

    Elle est souvent la meilleure chance de survie.

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