Hématologie
Lymphomes B et CAR-T : des données de suivi à dix ans confirment un potentiel curatif durable
Ces résultats, issus d'une cohorte monocentrique de taille limitée constituent néanmoins la première démonstration solide, sur un horizon décennal, d'un plateau de survie sans rechute après thérapie CAR-T dans les lymphomes B.
- Krot Studio/iStock
L'immunothérapie par cellules T à récepteur antigénique chimérique dirigées contre CD19 s'est imposée comme un traitement de référence des lymphomes non hodgkiniens à cellules B récidivants ou réfractaires, mais la question de son potentiel réellement curatif, au-delà des premières années de suivi, demeurait jusqu'ici largement ouverte. Une équipe du Centre de cancérologie Abramson de l'Université de Pennsylvanie, conduite par Marco Ruella et Stephen Schuster, apporte une réponse inédite en publiant dans le New England Journal of Medicine le 24 juin 2026 lien les résultats à dix ans de la cohorte historique traitée par CTL019, devenu depuis le tisagenlecleucel.
Un suivi médian de plus de 10 ans
L'étude a porté sur 38 patients atteints de lymphome à cellules B en rechute ou réfractaire, fortement prétraités, répartis entre 24 cas de lymphome diffus à grandes cellules B et 14 cas de lymphome folliculaire. Tous ont reçu une perfusion unique de lymphocytes T autologues exprimant un récepteur chimérique anti-CD19 costimulé par 4-1BB. Avec un suivi médian atteignant désormais 10,1 ans, et des durées individuelles s'échelonnant de 7,9 à 11,5 ans, il s'agit du suivi le plus long jamais rapporté pour une thérapie CAR-T anti-CD19 dans cette indication.
Aucune rechute après 5,4 ans
Le résultat le plus marquant concerne la cinétique des rechutes : aucun événement n'a été observé au-delà de 5,4 ans après la perfusion, ce qui dessine un plateau évocateur d'un potentiel curatif chez une fraction substantielle des patients. La survie sans lymphome à dix ans s'établit à 32 % pour les patients atteints de lymphome diffus à grandes cellules B et à 47 % pour ceux atteints de lymphome folliculaire. Lorsque l'analyse intègre l'ensemble des décès, quelle qu'en soit la cause, la survie sans progression à dix ans s'élève à 17 % et 29 % respectivement, tandis que la survie globale atteint 17 % pour le lymphome diffus à grandes cellules B et 50 % pour le lymphome folliculaire. Ces chiffres, obtenus chez une population déjà multitraitée au moment de l'inclusion, confortent l'idée que la réponse prolongée observée avec cette approche n'est pas un simple report de la progression mais correspond, pour une partie des patients, à une rémission durable assimilable à une guérison.
Profil de tolérance à long terme rassurant
Le profil de tolérance à long terme apparaît rassurant. Une neutropénie persistante de grade 2 ou 3 n'a concerné que deux patients, soit 5 % de la cohorte, et aucun cas d'anémie ou de thrombocytopénie tardive n'a été rapporté. La mortalité non liée à la rechute à dix ans s'établit à 18 %, ramenée à 14 % après exclusion des décès attribuables à la COVID-19, ce qui souligne la vulnérabilité persistante de cette population aux complications infectieuses intercurrentes, y compris à distance du traitement. Un point de vigilance important concerne la survenue de seconds cancers primitifs, observée chez neuf patients, avec une incidence cumulative à dix ans de 21 %. Ce signal, cohérent avec les données déjà disponibles sur le risque oncologique associé aux traitements antérieurs lourds et potentiellement à la thérapie CAR-T elle-même, justifie une surveillance carcinologique prolongée et structurée chez les patients en rémission durable.
Transgène CAR associée à une réponse prolongée
Sur le plan biologique, les auteurs notent qu'une persistance plus marquée du transgène CAR dans la circulation semble associée à une réponse prolongée, ce qui apporte un argument supplémentaire en faveur d'un rôle actif et durable de l'immunosurveillance médiée par les cellules CAR-T dans le maintien de la rémission. Une aplasie des lymphocytes B a par ailleurs persisté chez 44 % des patients en réponse prolongée, traduisant une activité fonctionnelle soutenue du produit cellulaire plusieurs années après l'administration, avec les implications immunologiques que cela suppose en termes de susceptibilité infectieuse au long cours.
Ces résultats, issus d'une cohorte monocentrique de taille limitée et traitée à une époque où le tisagenlecleucel était utilisé en lignes très tardives, ne sauraient être directement extrapolés aux pratiques actuelles, où les CAR-T anti-CD19 sont désormais positionnés en deuxième ligne dans le lymphome diffus à grandes cellules B. Ils constituent néanmoins la première démonstration solide, sur un horizon décennal, d'un plateau de survie sans rechute après thérapie CAR-T dans les lymphomes B, et fournissent des repères précieux pour les patients en rémission prolongée ainsi que pour la définition des modalités de surveillance à long terme, notamment vis-à-vis du risque de seconds cancers.











