Cardiologie

Choc cardiogénique : le taux de CRP prédit le risque de mortalité

Les données renforcent l'intérêt d'un dosage systématique de la CRP à l'admission chez tout patient en choc cardiogénique, en complément des marqueurs hémodynamiques et biologiques habituels (lactate, NT-proBNP, troponine, fonction rénale), pour affiner la stratification pronostique précoce

  • Zinkevych/iStock
  • 24 Juin 2026
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    Cette étude rétrospective publiée dans the Europen Heart Journal lien, conduite à partir d'une large base de données hospitalières multicentrique à représentativité nationale, s'est penchée sur la valeur pronostique de la protéine C-réactive (CRP) mesurée à l'admission chez les patients hospitalisés pour choc cardiogénique. Le rationnel scientifique repose sur le constat déjà bien établi que l'inflammation systémique accompagne fréquemment le choc cardiogénique et participe à l'aggravation du tableau clinique, indépendamment de l'étiologie initiale, qu'elle soit ischémique ou non. La CRP, biomarqueur simple, peu coûteux et disponible en routine dans la quasi-totalité des structures de soins, représentait donc un candidat naturel pour affiner la stratification pronostique de ces patients, dont la mortalité hospitalière demeure élevée malgré les progrès de l'assistance circulatoire mécanique.

    Taux de CRP et choc cardiogénique

    Les auteurs ont inclus les patients adultes ayant reçu un diagnostic de choc cardiogénique entre 2015 et 2023, sous réserve d'un dosage de la CRP réalisé dans les quarante-huit heures suivant l'admission, et après exclusion des patients présentant un sepsis associé afin de limiter la confusion liée à une cause infectieuse de l'élévation inflammatoire. La cohorte finale comportait 26 525 patients, avec une CRP médiane de 18,4 mg/L (intervalle interquartile 5,0–67,0 mg/L), témoignant d'une grande hétérogénéité du niveau inflammatoire à l'admission. La population a été répartie en tertiles de CRP, et une pondération par probabilité inverse de traitement (IPW) a été utilisée pour limiter les biais de confusion liés aux caractéristiques de base, l'objectif principal étant la mortalité hospitalière.

    Une relation dose-effet entre le niveau de CRP et la mortalité

    Les résultats montrent une relation dose-effet nette entre le niveau de CRP et la mortalité : celle-ci s'élevait à 28,7 % dans le tertile inférieur, 32,7 % dans le tertile intermédiaire et 42,3 % dans le tertile supérieur. Analysée en variable continue, chaque augmentation de 50 mg/L de CRP était associée à une majoration de 19 % du risque de décès hospitalier (OR 1,19 ; IC95 % 1,16–1,21 ; p < 0,001). Après pondération IPW, les écarts de risque absolu de mortalité par rapport au tertile de référence restaient significatifs et cliniquement importants : +3,9 points (IC95 % 2,4–5,3) pour le tertile intermédiaire et +12,4 points (IC95 % 10,9–13,9) pour le tertile supérieur, soulignant l'ampleur du surrisque associé à une inflammation marquée à l'admission.

    La robustesse de cette association a été testée dans plusieurs analyses de sensibilité, toutes concordantes (p < 0,05) : restriction aux patients dont la CRP avait été mesurée le premier jour d'hospitalisation, restriction aux diagnostics principaux d'insuffisance cardiaque ou d'infarctus du myocarde, et enfin chez les patients ayant nécessité une assistance circulatoire mécanique précoce. Cette dernière analyse doit être soulignée. Elle suggère que l'effet pronostique délétère de l'inflammation persiste même chez les patients les plus sévères bénéficiant d'un support hémodynamique invasif, contrairement à ce qu'avaient pu suggérer certains travaux antérieurs montrant une atténuation de cette association sous assistance mécanique.

    Sur le plan des critères secondaires, les durées de séjour en unité de soins intensifs et à l'hôpital augmentaient de façon significative et progressive avec les tertiles de CRP (p < 0,001 dans les deux cas), ce qui est cohérent avec un tableau clinique plus sévère et des complications plus fréquentes chez les patients les plus inflammatoires. En revanche, le coût total d'hospitalisation ne différait pas significativement entre les groupes, un résultat qui peut sembler contre-intuitif au regard de l'allongement des séjours, mais qui pourrait s'expliquer par une mortalité précoce plus élevée dans le tertile supérieur limitant la durée d'exposition aux soins coûteux, ou par une compensation entre durée de séjour et intensité des soins prodigués.

    Intérêt d'un dosage systématique de la CRP à l'admission

    Sur le plan pratique, ces données renforcent l'intérêt d'un dosage systématique de la CRP à l'admission chez tout patient en choc cardiogénique, en complément des marqueurs hémodynamiques et biologiques habituels (lactate, NT-proBNP, troponine, fonction rénale), pour affiner la stratification pronostique précoce. Il convient toutefois de souligner certaines limites inhérentes à ce type d'étude observationnelle rétrospective issue de bases de données administratives : un biais de confusion résiduel ne peut être exclu, l'étiologie précise du choc cardiogénique et les modalités thérapeutiques associées restent imparfaitement caractérisées par ce type de source, et la base de données utilisée n'est pas française, ce qui limite la transposition directe des taux de mortalité et de coûts observés au contexte de soins national. 

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