Cardiologie
Athérosclérose : la vitamine K2 freine la calcification coronarienne
Une supplémentation quotidienne en ménaquinone-7 à 360 µg pendant deux ans ralentit significativement la progression de la calcification coronarienne chez des patients atteints de coronaropathie légère à modérée, sans diabète ni insuffisance rénale
- Rasi Bhadramani/iStock
La calcification des artères coronaires constitue un marqueur établi du risque cardiovasculaire et un reflet de la charge athéroscléreuse. Si les statines demeurent le pivot du traitement préventif, leur effet propre sur la progression de la calcification reste controversé — certaines données suggérant même un effet pro-calcifiant paradoxal. Dans ce contexte, l'essai randomisé contrôlé VitaK-CAC, publié en ligne dans JAMA Cardiology lien le 10 juin 2026, apporte des données originales sur le rôle potentiel de la ménaquinone-7 (MK-7), un homologue de la vitamine K2, dans la modulation de ce processus chez des patients atteints de coronaropathie symptomatique légère à modérée.
La vitamine K joue un rôle central dans la carboxylation de protéines régulatrices de la calcification vasculaire, dont la protéine Gla matricielle (MGP). Sous sa forme active carboxylée, la MGP inhibe la précipitation du calcium dans la paroi artérielle. La ménaquinone-7 présente sur ce point des avantages pharmacocinétiques par rapport à la phylloquinone (vitamine K1) : meilleure biodisponibilité et demi-vie nettement plus longue, ce qui en fait théoriquement le supplément de choix pour maintenir une activité vitaminique K adéquate au niveau vasculaire.
Un âge médian de 59 à 61 ans
L'essai VitaK-CAC a recruté 180 patients, âgés d'au moins 18 ans, présentant des signes évocateurs de maladie coronarienne et un score calcique initial compris entre 50 et 400 unités Agatston (UA) à la tomodensitométrie multidétecteurs. Les patients diabétiques de type 1, ceux présentant une insuffisance rénale (DFGe < 60 mL/min/1,73 m²) ou traités par antagonistes de la vitamine K étaient exclus. Après stratification selon l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle, la prise de statines et de bisphosphonates, 85 patients ont été randomisés dans le groupe MK-7 (360 µg/jour per os) et 82 dans le groupe placebo. Les deux groupes étaient bien appariés à l'inclusion : âge médian de 59 à 61 ans, environ 42 % de femmes, score calcique médian autour de 135 à 145 UA, et recours aux statines dans 78 % des cas dans chaque groupe. Le suivi était de deux ans, avec des tomodensitométries répétées à 12 et 24 mois.
L'observance biologique au traitement a été confirmée : les concentrations plasmatiques de MK-7 ont augmenté de manière très significative dans le groupe traité, passant d'une médiane de 0,50 µg/L à l'inclusion à 6,56 µg/L à 24 mois (p < 0,001), sans variation notable dans le groupe placebo. En parallèle, les taux de protéine Gla matricielle déphosphorylée et non carboxylée (dp-ucMGP) — marqueur d'une carence fonctionnelle en vitamine K au niveau vasculaire — ont augmenté dans les deux groupes, mais de façon significativement moindre dans le groupe MK-7 (différence de 67 pmol/L ; p < 0,001), témoignant d'un effet fonctionnel réel de la supplémentation.
Une progression plus modérée du score calcique
Sur le critère principal, les résultats sont statistiquement significatifs. Dans le groupe placebo, le score CAC médian a progressé de 145 UA à l'inclusion à 173 UA à un an, puis à 214 UA à deux ans. Dans le groupe MK-7, cette progression a été plus modérée : de 135 UA à 150 UA à un an, puis à 184 UA à deux ans. Le coefficient bêta pour la différence de différences à deux ans s'établissait à 22 UA (IC95 % : 13-31 UA ; p = 0,02), résultat robuste quelle que soit l'échelle d'analyse utilisée (absolue, logarithmique, racine carrée, pourcentage). Dans le modèle multivarié ajusté, seuls le score calcique initial et le groupe de traitement ressortaient comme déterminants indépendants de l'évolution de la calcification, avec une réduction annuelle de 19 UA attribuable au traitement par MK-7. Des résultats concordants ont été obtenus pour la masse calcique coronaire, critère réputé plus reproductible que le volume calcique.
La MK-7 agirait en freinant la calcification des plaques en voie de minéralisation
L'analyse des plaques à l'angiographie par scanner a fourni un éclairage intéressant : l'augmentation du score calcique était corrélée au nombre de plaques initialement non calcifiées ayant évolué vers une calcification partielle au cours du suivi (R² = 0,17 ; p = 0,04), tandis qu'aucune association n'était retrouvée avec les autres types de plaques. Cela suggère que la MK-7 agirait préférentiellement en freinant la calcification des plaques en voie de minéralisation, sans effet notable sur les plaques déjà calcifiées ni sur les plaques purement non calcifiées. En revanche, la proportion de patients en progression rapide — définie comme une augmentation annuelle d'au moins 15 % du score CAC — ne différait pas significativement entre les deux groupes (60 % versus 56 % à un an ; 65 % versus 58 % à deux ans), ce qui tempère la portée clinique des résultats.
Une tolérance excellente
La tolérance de la MK-7 s'est révélée excellente : les effets indésirables, principalement des diarrhées (n = 3) et une céphalée (n = 1), étaient rares et répartis de façon comparable dans les deux groupes. Aucun effet indésirable grave imputable au traitement n'a été observé.
Les auteurs discutent longuement de la signification clinique de leurs résultats. Ils soulignent notamment que l'effet pro-calcifiant des statines — qui inhibent par ailleurs la synthèse endogène de MK-4 — pourrait en théorie s'opposer à l'effet de la MK-7, complexifiant l'interprétation dans une population massivement traitée par statines. Ils rappellent également qu'une étude danoise publiée récemment, portant sur des hommes âgés présentant une calcification valvulaire aortique, n'avait pas retrouvé d'effet significatif de la MK-7 sur la progression du score calcique coronaire — bien que certaines analyses en sous-groupe aient montré des tendances favorables. Les différences de population, de critère principal et de co-interventions entre les deux essais limitent toutefois la comparaison directe.
Un effectif modeste
Sur le plan des limites, l'essai souffre d'un effectif modeste (180 patients randomisés, 167 analysables) et d'un taux d'abandon de 17 %, ainsi que d'une adhésion estimée à 80 %. Le recrutement, étalé sur dix ans avec plusieurs interruptions dont la pandémie de Covid-19, peut avoir introduit des hétérogénéités non contrôlées. L'absence de mesure des microcalcifications — non accessibles aux techniques TDM actuelles — représente également une limite méthodologique. Enfin, la généralisation des résultats est incertaine : le nombre élevé de patients ayant refusé de participer soulève la question d'un biais de sélection, même si une comparaison rétrospective participants/non-participants n'a pas révélé de différence notable.
En définitive, cet essai VitaK-CAC apporte la démonstration randomisée qu'une supplémentation quotidienne en ménaquinone-7 à 360 µg pendant deux ans ralentit significativement la progression de la calcification coronarienne chez des patients atteints de coronaropathie légère à modérée, sans diabète ni insuffisance rénale. L'effet, bien que modeste en valeur absolue, est biologiquement cohérent et reproductible selon plusieurs méthodes d'analyse. La MK-7 présente en outre un profil de sécurité favorable et un coût accessible. Néanmoins, la question centrale — celle de la traduction en réduction des événements cardiovasculaires cliniques — reste ouverte. Seul un essai de grande envergure, doté d'une puissance suffisante pour des critères de jugement cliniques durs (mortalité cardiovasculaire, infarctus, revascularisation), permettra de déterminer si la MK-7 mérite une place dans l'arsenal préventif du cardiologue.











