Politique de santé

Installation des médecins généraliste : le rebond !

Inversion de tendance pour l'accès aux soins. Si le tableau d'ensemble reste encore marqué par de fortes tensions démographiques, plusieurs indicateurs témoignent d'une dynamique franchement positive. Explications. 

  • Bet_Noire/iStock
  • 12 Juin 2026
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    Faut-il parler d’AN 01 pour la démographie médicale ? En tout cas, le feux sont quasi tous au vert selon les premiers résultats annuels de l'Observatoire de l'accès aux soins, publiés le 11juin 2026 par l’Assurance maladie et mis en place en décembre 2024 dans le cadre de la convention médicale conclue avec les syndicats représentatifs des médecins libéraux. Arrêtées au 31 décembre 2025, ces données offrent une photographie détaillée de l'évolution de l'offre de soins de premier recours sur l'ensemble du territoire national. Certes, le tableau d'ensemble reste encore marqué par de fortes tensions démographiques. Mais plusieurs indicateurs témoignent d'une dynamique positive.

    Une progression de 32%

    Le signal le plus attendu concerne les installations de médecins généralistes. Après une année 2024 particulièrement difficile, marquée par une baisse de 9,8 % du nombre de primo-installations et un point bas historique sur la période récente, l'année 2025 se distingue par un rebond d'une ampleur notable. Au total, 2 810 médecins généralistes se sont installés pour la première fois en exercice libéral au cours de l'année, contre 2 130 en 2024, soit une progression de près de 32 % en un an. Ce chiffre, plus de deux fois supérieur à celui enregistré en 2012, replace la médecine générale libérale dans une dynamique d'attractivité. Cette augmentation notable aurait-elle permis de compenser les départs à la retraite ? L’Assurance maladie ne livre pas ces chiffres.

    Cette reprise s'explique en partie par des effets structurels différés. Le relèvement significatif du numerus clausus — devenu numerus apertus depuis la réforme de 2020 — opéré au cours de la décennie précédente commence en effet à produire ses effets concrets sur le flux d'installations. Les premières promotions formées dans ce contexte d'ouverture arrivent aujourd'hui en fin de cursus et alimentent progressivement le vivier des médecins disponibles pour l'exercice libéral. Cette tendance devrait, selon l'Assurance Maladie, se prolonger dans les années à venir. À ces facteurs démographiques s'ajoutent les effets des mesures conventionnelles engagées pour revaloriser l'exercice libéral : revalorisations tarifaires, développement des assistants médicaux, soutien à l'installation dans les zones sous-dotées. Ces leviers semblent produire des résultats tangibles, même si leur impact complet reste à évaluer sur la durée.

    Une hausse de près de 45 % dans les zones prioritaires

    La répartition territoriale de ces nouvelles installations mérite une attention particulière. Les zones d'intervention prioritaires, qui concentrent les difficultés d'accès les plus importantes, bénéficient de manière disproportionnée de ce regain démographique. En 2025, 891 médecins généralistes s'y sont installés, soit près de 300 de plus qu'en 2024 et une hausse de près de 45 % en un an — un rythme supérieur à la moyenne nationale. Cette orientation préférentielle vers les territoires les plus fragiles constitue l'un des objectifs explicites de la convention médicale et représente, à ce titre, un résultat particulièrement significatif.

    L'accès à un médecin traitant, enjeu cardinal pour la continuité des soins, présente une situation contrastée mais globalement stabilisée. La tension entre la croissance des besoins et la démographie médicale contrainte a créé au fil des années un effet de ciseau dont les conséquences restent perceptibles. Le nombre de patients pris en charge au titre d'une affection de longue durée a augmenté de près de trois millions sur les dix dernières années, tandis que le nombre de médecins disponibles diminuait dans le même temps. Face à cette situation, un plan d'action spécifique a été engagé en 2023 en faveur des patients en ALD sans médecin traitant. Les résultats montrent une amélioration progressive : la part de ces patients sans médecin traitant, qui avait atteint 5,6 % fin 2022, s'établit à 4,3 % fin 2025 — un niveau stable par rapport à 2024 mais obtenu dans un contexte où le nombre total de patients en ALD a lui-même progressé de 2,6 % sur l'année. La patientèle moyenne par praticien reste stable à 1 033 patients déclarés comme médecin traitant.

    La file active moyenne des médecins libéraux — c'est-à-dire le nombre de patients vus au moins une fois dans l'année — s'établit à 1 992 patients en 2025, en légère baisse de 0,5 % par rapport à 2024. Cette évolution globale recouvre des situations différenciées selon les spécialités : elle recule de 2 % chez les médecins généralistes, tandis qu'elle progresse légèrement chez les médecins spécialistes, à hauteur de 0,5 %. Ces chiffres invitent à une lecture nuancée de l'activité médicale libérale, dont la charge effective dépend étroitement des modes d'organisation et des caractéristiques des patientèles suivies.

    Le dispositif Optam en souffrance

    Sur le plan de l'accès financier aux soins, l'évolution de l'adhésion au dispositif Optam — l'option pratique tarifaire maîtrisée, qui encadre les dépassements d'honoraires en contrepartie d'engagements sur les tarifs — constitue le seul point noir de ce tableau de bord. Au 31 décembre 2025, 15 461 médecins ont adhéré à ce dispositif, soit 1 832 de moins qu'en 2024. D’où un fléchissement du taux d'adhésion de 52,7 % à 44,5 %. Cette baisse significative doit cependant être interprétée à la lumière d'un contexte particulier : la période de renouvellement des contrats consécutive à la nouvelle convention médicale a conduit à écarter les médecins ne répondant plus aux critères d'éligibilité. Et la campagne de renouvellement se poursuivait au-delà du 31 décembre 2025. Ce chiffre ne peut donc être considéré comme définitif et devra être réévalué à l'issue de la procédure.

    Progression du recours aux assistants médicaux

    Au-delà des effectifs médicaux, l'amélioration de l'accès aux soins repose également sur le développement de nouvelles organisations. Le recours aux assistants médicaux continue de progresser à un rythme soutenu : au 31 décembre 2025, 9 304 contrats avaient été signés, soit une hausse de 20 % en un an. Depuis le lancement du dispositif en 2019, cette dynamique n'a connu aucun fléchissement, permettant à un nombre croissant de praticiens de dégager du temps médical pour la prise en charge directe de leurs patients. Le déploiement du Service d'accès aux soins atteint quant à lui un niveau quasi universel : 98,5 % de la population française était couverte par ce dispositif fin 2025, contre 96,5 % un an auparavant, franchissant ainsi un seuil symbolique important pour la prise en charge des soins non programmés.

    L'Observatoire de l'accès aux soins, dont les données sont accessibles en open data sur la plateforme Data ameli et déclinées par région et par département, sera actualisé régulièrement pour permettre un suivi dans la durée de ces indicateurs. Les résultats 2025, pour encourageants qu'ils soient sur plusieurs points, ne sauraient occulter la persistance de tensions démographiques profondes. La confirmation de ces tendances positives dans les années à venir demeurera le véritable test de l'efficacité des engagements conventionnels.

    Dans ce nouveau contexte, les dispositifs envisagés de régulation à l’installation des jeunes médecins conservent-ils leur pertinence ?

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