ASCO 2026

Cancer du pancréas : la révolution acte 1 !

Après la présentation des résultats de l'ssai RASolute 302, essai de phase III, on peut souligner la robustesse des données, homogènes dans la population RAS G12 comme dans la population globale. Mais ces premiers résultats soulèvent déjà les questions pratiques : quelle sera la place du daraxonrasib dans la séquence thérapeutique, en première ligne, en combinaison ? Comment organiser le génotypage systématique des tumeurs pour identifier les patients éligibles ? 

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  • 01 Juin 2026
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    Promesse tenue à Chicago ce 31 mai 2026 ! Ce 31 mai 2026, les résultats de l'essai RASolute 302 allaient être présentés. Et pour une communauté habituée aux déceptions dans le cancer du pancréas, discipline qui accumule depuis des décennies les essais négatifs et les espoirs déçus, l'attente était à la fois très grande et prudemment contenue. Quand les chiffres sont finalement apparus sur l'écran de la grande salle plénière selon les récits des journalistes présents, un silence stupéfait a précédé une salve d'applaudissements rarement entendue dans ce contexte. Ces données, publiées simultanément dans le New England Journal of Medicine lien le 31 mai 2026, représentent peut-être le tournant le plus significatif dans la prise en charge du cancer du pancréas depuis l'introduction du FOLFIRINOX il y a quinze ans.

    Pour le cancer du pancréas métastatique, la médiane de survie se compte en mois, et les options thérapeutiques en deuxième ligne ou au-delà restent extrêmement limitées. La chimiothérapie standard — qu'il s'agisse de gemcitabine, de nab-paclitaxel ou d'autres combinaisons — ne prolonge que modestement la survie de ces patients déjà fragilisés par une première ligne de traitement épuisante. C'est dans ce contexte de besoin médical critique que le daraxonrasib a été développé.

    La biologie du cancer du pancréas offrait depuis longtemps une cible évidente : la voie RAS. Plus de 90 % des adénocarcinomes canalaires pancréatiques présentent des mutations oncogènes de RAS, qui maintiennent la protéine dans un état d'activation permanent, alimentant la prolifération tumorale. Pendant des décennies, RAS a été qualifié d'"indruggable", une cible réputée impossible à inhiber pharmacologiquement. Les premières molécules anti-KRAS G12C, développées dans le cancer du poumon, ont brisé ce dogme, mais leur efficacité dans le pancréas, où la mutation G12C est minoritaire, restait modeste. Le daraxonrasib représente une avancée conceptuelle majeure : il s'agit d'un inhibiteur oral multisélectif de RAS(ON), capable de former un complexe triple ciblant l'état actif lié au GTP des formes mutantes et sauvages de RAS — couvrant ainsi les mutations G12, G13 et Q61, qui représentent l'immense majorité des altérations observées dans ce cancer.

    L'essai RASolute 302 est un essai de phase 3 international, ouvert et randomisé, conduit chez des patients atteints d'un adénocarcinome pancréatique métastatique préalablement traité. Cinq cents patients ont été inclus, dont 91,8 % porteurs d'une mutation RAS G12. Ils ont été randomisés en deux groupes : daraxonrasib d'un côté, chimiothérapie au choix de l'investigateur de l'autre. L'essai comportait deux critères d'évaluation principaux — la survie globale et la survie sans progression — évalués en priorité dans la sous-population RAS G12, puis dans la population globale.

    Une médiane de survie de 13,2 mois versus 6,7 mois 

    Les résultats sont saisissants. Dans la population RAS G12, la médiane de survie globale atteint 13,2 mois sous daraxonrasib, contre 6,6 mois sous chimiothérapie. Dans la population globale, les chiffres sont quasi identiques : 13,2 mois contre 6,7 mois. Le rapport de risque est de 0,40 dans les deux populations, avec une valeur de p inférieure à 0,001. En d'autres termes, le risque de décès est réduit de 60 % avec le daraxonrasib par rapport à la chimiothérapie. La survie sans progression suit la même tendance : 7,3 mois contre 3,5 mois dans la population RAS G12, avec un rapport de risque de 0,45. Ce doublement de la survie en deuxième ligne, dans une maladie aussi agressive, est sans précédent.

    Une meilleure tolérance que dans le groupe chimiothérapie

    Le profil de tolérance du daraxonrasib apporte une dimension supplémentaire à ces résultats. Des événements indésirables sont survenus chez la totalité des patients du groupe daraxonrasib, mais leur sévérité est globalement moindre que dans le groupe chimiothérapie : les événements de grade 3 ou supérieur touchent 61,8 % des patients sous daraxonrasib contre 69,6 % sous chimiothérapie. Plus significatif encore, les arrêts de traitement liés à la toxicité ne concernent que 1,2 % des patients sous daraxonrasib, contre 11,2 % sous chimiothérapie — un écart considérable qui témoigne d'une bien meilleure tolérance au long cours et, probablement, d'une qualité de vie mieux préservée pour ces patients.

    On peut souligner la robustesse des données, homogènes dans la population RAS G12 comme dans la population globale. Mais ces premiers résultats soulèvent déjà les questions pratiques : quelle sera la place du daraxonrasib dans la séquence thérapeutique, en première ligne, en combinaison ? Comment organiser le génotypage systématique des tumeurs pour identifier les patients éligibles ? En dépit d'une réelle percée, ces patients restent, même avec cette avancée, face à une maladie grave dont la médiane de survie globale, si prometteuse soit-elle, demeure inférieure à quinze mois.

    Pour autant, ces données sonnent comme une promesse enfin tenue.

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