Cardiologie
Pont myocardique : la chirurgie spécifique offre d'excellents résultats
Cette étude, la plus large et la plus longue publiée à ce jour sur le traitement chirurgical des ponts myocardiques symptomatiques, démontre que les bénéfices obtenus en termes de réduction de l'angor et d'amélioration de la qualité de vie se maintiennent sur cinq ans, avec un profil de sécurité favorable.
- photovs Wellford, United States/iStock
Le pont myocardique (PM) est une variante anatomique dans laquelle une artère coronaire, le plus souvent l'interventriculaire antérieure (IVA), chemine sur une portion variable de son trajet sous le myocarde plutôt qu'en position épicardique. Si la majorité des ponts myocardiques restent asymptomatiques, ils sont de plus en plus reconnus comme une cause potentielle d'angor chez des patients sans sténose coronarienne significative, ce que l'on désigne par l'acronyme ANOCA (Angina with Non-Obstructive Coronary Arteries). Une étude prospective publiée dans l'European Heart Journal en mai 2026 lien apporte pour la première fois des données robustes sur les résultats à long terme du traitement chirurgical de ces ponts myocardiques fonctionnellement significatifs.
Contexte et physiopathologie
Le mécanisme principal par lequel un pont myocardique provoque des symptômes est une compression systolique qui se prolonge en diastole, retardant la relaxation du vaisseau et altérant la perfusion coronarienne, d'autant plus que la fréquence cardiaque augmente et que la diastole se raccourcit. À cette compression dynamique s'ajoute un dysfonctionnement endothélial favorisé par les perturbations du cisaillement pariétal, ainsi qu'une tendance au développement d'athérosclérose en amont du pont.
Traiter d'abord par bêtabloquants et aux inhibiteurs calciques
Sur le plan thérapeutique, la majorité des patients symptomatiques répondent aux bêtabloquants et aux inhibiteurs calciques. Pour les patients réfractaires, les options invasives comprennent le stenting intracoronaire, le pontage aorto-coronarien et le déroofing chirurgical (supra-arterial myotomy). Les deux premières options présentent des inconvénients majeurs, respectivement un risque de complications liées au stent et des occlusions de pontage faisant du déroofing chirurgical la stratégie invasive de référence.
218 patients inclus
Cette étude prospective monocentrique (Stanford) a inclus 218 adultes ayant bénéficié d'un déroofing chirurgical de l'IVA pour un pont myocardique fonctionnellement significatif entre 2007 et 2024. Avant l'intervention, chaque patient a bénéficié d'une évaluation exhaustive comprenant une échocardiographie de stress, un scanner coronarien (CCTA), une coronarographie invasive et une échographie intravasculaire (IVUS). La signification fonctionnelle du pont était définie par une FFR diastolique (dFFR) sous dobutamine et/ou un RFR de repos inférieur ou égal à 0,76. Les symptômes et la qualité de vie étaient mesurés à l'aide du Seattle Angina Questionnaire (SAQ), instrument validé explorant cinq domaines : limitation physique, stabilité de l'angor, fréquence des crises, satisfaction vis-à-vis du traitement et qualité de vie globale. La durée médiane de suivi était de cinq ans. Une analyse complémentaire par appariement sur le score de propension a comparé 65 patients opérés à 65 patients traités médicalement et porteurs d'un pont fonctionnellement significatif.
Une amélioration clinique chez 88,5 % des patients
Sur le plan clinique, la population opérée était relativement jeune (médiane 49 ans), majoritairement féminine (59,6 %), avec un profil cardiovasculaire peu chargé. Avant chirurgie, les scores SAQ témoignaient d'un angor sévère : crises au moins hebdomadaires et qualité de vie très altérée. À long terme, l'amélioration observée dans l'ensemble des domaines du SAQ était statistiquement significative et cliniquement pertinente. La limitation physique s'améliorait de 27,8 points en médiane, la qualité de vie de 41,7 points et le score de synthèse SAQ de 33,3 points. Au total, 88,5 % des patients rapportaient une amélioration cliniquement significative de leur angor. La distribution de l'état de santé globale se déplaçait nettement d'une catégorie médiocre à passable avant chirurgie vers une catégorie bonne à excellente au suivi. De façon notable, le nombre de patients sous antiangineux diminuait significativement après l'intervention. Dans l'analyse appariée, les patients opérés présentaient une amélioration significativement supérieure aux patients traités médicalement en termes de limitation physique (27,8 versus 11,4 points, p = 0,004) et de fréquence angineuse (30 versus 20 points, p = 0,01), avec une réduction plus marquée de la consommation d'antiangineux. Le taux d'événements cardiovasculaires majeurs (MACE) à long terme était faible, à 3,2 %, sans aucun décès cardiovasculaire ni complication directement liée à la chirurgie. Trois des quatre infarctus observés correspondaient à des MINOCA attribués à un spasme épicardique préexistant, ce qui souligne l'importance d'une évaluation fonctionnelle préopératoire complète.
Exigence d'une évaluation préopératoire rigoureuse
Plusieurs points méritent d'être soulignés pour la pratique clinique. D'abord, la nécessité d'une évaluation préopératoire rigoureuse : la coronarographie seule est insuffisante pour identifier un pont myocardique et en évaluer la signification fonctionnelle. L'IVUS reste le gold standard pour confirmer la présence du pont, en déterminer la longueur, la profondeur et les rapports anatomiques avec les branches septales et diagonales, informations indispensables au chirurgien.
Discuter d'un traitement préventif par statine
La mesure de la dFFR ou du RFR sous dobutamine est nécessaire pour objectiver la significativité fonctionnelle, contrairement à la FFR conventionnelle qui reste inadaptée. Ensuite, un bilan complet de la fonction coronarienne s'impose, car la prévalence des anomalies associées est élevée dans cette population : 55,6 % de spasme épicardique, 30,1 % de dysfonction endothéliale, 35,4 % de dysfonction microvasculaire. La présence d'un spasme épicardique préopératoire était associée à une proportion plus élevée de ré-hospitalisations pour angor résiduel après chirurgie, justifiant d'en informer le patient et de maintenir un traitement médical ciblé. Enfin, la présence quasi universelle d'une plaque athéroscléreuse en amont du pont dans cette série (100 % des patients) invite à discuter systématiquement d'un traitement préventif par statine et aspirine chez ces patients, a priori jeunes et peu chargés en facteurs de risque.
Au final, cette étude, la plus large et la plus longue publiée à ce jour sur le traitement chirurgical des ponts myocardiques symptomatiques, démontre que les bénéfices obtenus en termes de réduction de l'angor et d'amélioration de la qualité de vie se maintiennent sur cinq ans, avec un profil de sécurité favorable. Pour les patients porteurs d'un pont myocardique fonctionnellement significatif et souffrant d'un angor réfractaire au traitement médical maximal bien conduit, cette technique constitue une option thérapeutique légitime et efficace. Sa mise en œuvre nécessite une sélection rigoureuse des candidats, reposant sur une évaluation invasive complète associant imagerie intravasculaire, physiologie coronarienne sous stress et bilan de la fonction vasomotrice.











