Art
Pierre-Auguste Renoir : bienvenue au paradis !
Les grands peintres et poètes ne sont pas les seuls à avoir reconnu la grandeur du fils d’artisan parisien qui n’aura pas fréquenté l’école très longtemps. Ses marchands, et en premier lieu Paul Durand-Ruel, auront exercé un soutien constant. Enfin, l'époque le permettait, certains médecins, grands collectionneurs ont contribué également à la reconnaissance de l’œuvre.
Est-ce La leçon d’une vie d’artiste confiée à un jeune peintre au soir de sa vie alors que la reconnaissance est venue si tardivement. « Il (Renoir) me dit un jour brusquement : N’est-ce pas Bonnard, il faut embellir ? » On peut lire ce programme artistique dans l’ouvrage somptueux d’Anne Distel réédité à l’occasion de la belle exposition Renoir au musée d’Orsay (jusqu’au 19/07/2026) intitulé « Renoir et l’amour, la modernité heureuse », c’est peut-être la dernière fois avant l’entrée dans le sombre XXIème siècle qu’un peintre dont les œuvres sont accrochées depuis peu dans les musées ose une telle profession de foi. Les artistes, après lui, défendront un autre crédo, celui de dévoiler la réalité et de déconstruire les formes. Le peintre ne sera plus un faussaire d’une beauté introuvable ! C’est un ingénieur qui prend la toile comme un instrument de précision pour nous révéler les corps, la société ou nos rêves tels qu’ils sont. Et qu’importe si la grâce ou l’harmonie ont déserté les cimaises des musées.
Mais avec cette confiance dans la capacité de la peinture à non pas changer la vie mais la rendre plus belle, comment expliquer le désintérêt qui a recouvert l’œuvre de Renoir au fil du temps ? Trop facile d’accès, trop lisible d’emblée cette simplicité des motifs, portraits, nus sensuels, scènes en plein air ou d’intérieurs, et culte du bonheur! Et que dire de la profusion de toiles. On en recenserait environ quatre mille ! Quant au face à face entre le tableau et le regardeur, il n’exige pas de recourir à un médiateur qui en préciserait l’enjeu. Enfin lourde erreur du peintre qui a peu théorisé son travail sinon pour revendiquer son caractère populaire. « Je sais bien qu’il est difficile de faire admettre qu’une peinture puisse être une très grande peinture en restant joyeuse ». Ce dialogue immédiat n’a pourtant pas éloigné Picasso ou Matisse de l’œuvre.
Picasso n’a pas rencontré Renoir mais a acheté sept de ses créations, désormais accrochées au musée Picasso à Paris. Matisse aura plus de chance. Il visitera à plusieurs reprises le maitre qui semble-t-il n’aurait guère apprécié le travail de ce jeune peintre. Guillaume Apollinaire ira encore plus loin dans l’exercice d’admiration en écrivant : « Le vieux Renoir, le plus grand peintre de ce temps et l’un des plus grands peintres de tous les temps ».
Mais les grands peintres et poètes ne sont pas les seuls à avoir reconnu la grandeur du fils d’artisan parisien qui n’aura pas fréquenté l’école très longtemps. Ses marchands, et en premier lieu Paul Durand-Ruel, auront exercé un soutien constant.
Enfin, l'époque le permettait. Certains médecins étaient de grands collectionneurs et ont contribué également à la reconnaissance de l’œuvre. Le Dr Georges Viau aurait acquis plus de vingt toiles de Renoir. Le plus célèbre est toutefois le célèbre Dr Barnes qui réunit au fil du temps cent soixante-quinze peintures du maître. Ce collectionneur hors norme rédigera même un ouvrage, The art of Renoir. Un autre médecin, de ce côté-ci de l’atlantique, Elie Faure, sera enfin l’avocat le plus inspiré de peintre rongé par la polyarthrite rhumatoïde, qui ne cèdera jamais à la maladie et travaillera jusqu’au dernier jour. Elie Faure qui deviendra le grand historien de l’art entre les deux guerres abandonne toute objectivité pour écrire : « Regardez bien ces brutes magnifiques errant dans le jardin primitif. Et demandez-vous quelle somme d’amour, de souffrance, de sagesse, il faut entasser dans son cœur pour être digne de rentrer dans l’innocence édénique. » Bienvenue au paradis !
Renoir par Anne Distel, ed Citadelles & Mazenod, 400 pages, 2026, 99 euros











