VIH
PrEP : une forme injectable, alternative à la forme orale, disponible en mars
Après publication au Journal officiel , il sera possible de prescrire le cabotégravir dans les prochains jours. Cette forme injectable, administrée en intramusculaire tous les deux mois après une première série d’injections rapprochées, permettra une alternative à la PrEP orale dans certaines situations.
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La France sera donc le premier pays de l’Union européenne à prendre en charge à 100% le cabotégravir à action prolongée pour la prophylaxie pré-exposition (PrEP) contre le VIH. Cette forme injectable, administrée en intramusculaire tous les deux mois après une première série d’injections rapprochées, permettra une alternative à la PrEP orale dans certaines situations. Son prix public a été fixé autour de 1300 euros par injection, soit environ 7800 euros par an pour six injections. La fixation de ce tarif a fait l’objet de négociations entre le Comité économique des produits de santé et le laboratoire, avec une publication attendue au Journal officiel avant la mi-mars 2026. Un prix net, inférieur au prix public et confidentiel, a également été négocié, ce qui devrait permettre une prise en charge à 100 % par l’assurance maladie.
Une prescription par les médecins généralistes
L’administration du cabotégravir injectable, commercialisé sous le nom d’Apretude, sera réalisée en ville après prescription d’un médecin généraliste. La protection est efficace sept jours après la première injection, période pendant laquelle il est recommandé de continuer à adopter des mesures de prévention classiques. Les associations de lutte contre le sida, comme AIDES, soulignent que cette nouvelle modalité de prévention pourrait lever certains freins observés avec la PrEP orale quotidienne, notamment en termes de confidentialité et d’observance chez certains publics vulnérables.
La Haute Autorité de santé a rendu un avis favorable au remboursement du cabotégravir en PrEP pour adultes et adolescents à haut risque de contracter le VIH, avec un service médical rendu jugé important et une amélioration du service médical rendu modeste (ASM IV) par rapport à la PrEP orale. Cette évaluation repose notamment sur les résultats d’essais pivots montrant une réduction relative du risque d’infection par le VIH significative par rapport à la PrEP orale. Cependant, la HAS a assorti son avis de réserves, pointant notamment les limites de la transposabilité des données d’essais à la population française et l’absence de données directes comparatives avec la PrEP orale intermittente.
Une utilisation limitée chez les femmes
Un point particulier concerne l’utilisation du cabotégravir chez les femmes en âge de procréer. La Commission de la transparence ne recommande pas son usage dans cette population en raison d’un risque potentiel de malformations du tube neural extrapolé à partir de données observées avec d’autres inhibiteurs de l’intégrase, et recommande un test de grossesse et une contraception efficace avant prescription. Cette position, jugée prudente, devrait limiter de fait l’accès à cette modalité de PrEP pour les femmes à haut risque, malgré des données réelles rassurantes sur l’utilisation du cabotégravir en contexte de grossesse et d’allaitement. Elle est vivement contestée par les associations de patients et les médecins spécialistes.
L’intégration du cabotégravir injectable dans les stratégies de prévention soulève plusieurs défis pratiques. Le calendrier d’injections nécessite un suivi biologique fréquent, y compris des tests combinés sérologie/ARN du VIH avant chaque injection, soit six à sept bilans par an. Ces exigences pèseront sur l’organisation des soins en dehors du milieu hospitalier avec comme incidence des problèmes de financement, notamment pour les structures de dépistage et de prise en charge comme les CeGIDD. Les associations militent pour une prise en charge complète du suivi biologique et pour une évolution des recommandations vers une simplification des examens, à l’instar de ce qui est observé dans d’autres pays.
Par ailleurs, des discussions persistent quant à la place de cet injectable dans l’arsenal de la prévention, certains acteurs plaidant pour un usage réservé aux situations d’échec ou d’intolérance à la PrEP orale, tandis que d’autres estiment que son efficacité supérieure justifie un accès plus large. L’expérience des pays où le cabotégravir est déjà commercialisé et les évolutions des recommandations internationales pourraient influencer les pratiques en France. Les semaines à venir, avec la finalisation des recommandations pratiques et l’évolution des modalités de prescription et de suivi, détermineront les conditions réelles de déploiement de cette nouvelle option préventive et son impact sur la prévention du VIH dans le contexte français.











