Neurologie

SEP : évaluer l'âge biologique grâce au GFAP

L'agressivité thérapeutique ne devrait plus seulement être dictée par la charge lésionnelle initiale, mais aussi par le profil de vieillissement biologique du patient. Un patient jeune chronologiquement mais âgé biologiquement (GFAP élevée) nécessite une intervention immédiate et massive.

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  • 11 Février 2026
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    La prise en charge de la sclérose en plaques (SEP) s'est longtemps appuyée sur l'âge chronologique comme indicateur de la réserve neurologique et de la fenêtre thérapeutique. Cependant, l'hétérogénéité clinique entre deux patients du même âge suggère que l'âge civil est un marqueur imparfait. Les travaux présentés par le Dr María Célcia Ysrraelit (Americas Committee for Treatment and Research in Multiple Slcerosis, Forum 2026, San Diego) marquent un tournant en démontrant que l'âge biologique — reflet de l'usure cellulaire et systémique — est un prédicteur bien plus robuste de la réponse aux traitements de fond (DMT) et de la progression du handicap.

    La supériorité prédictive de l’âge biologique

    L'étude souligne que le vieillissement biologique accéléré est un moteur indépendant de la neurodégénérescence. Alors que l'âge chronologique est une donnée statique, l'âge biologique intègre des variables génétiques, épigénétiques et environnementales.

    Les résultats montrent que les patients présentant un âge biologique avancé par rapport à leur âge civil présentent une transition plus précoce vers les formes progressives de la maladie, une atrophie cérébrale plus marquée, notamment au niveau thalamique. une efficacité réduite des thérapies de haute efficacité (anti-CD20), suggérant que la sénescence biologique limite la capacité du système immunitaire à être "réinitialisé" par ces molécules.

    Le GFAP : Le nouveau "Golden Standard" de la progression 

    Le point central de cette présentation est l’identification de la protéine gliofibrillaire acide (GFAP) comme le biomarqueur le plus corrélé au vieillissement biologique. Contrairement aux neurofilaments (sNfL), qui sont principalement des marqueurs de l’atteinte axonale aiguë et de l’activité inflammatoire (poussées, nouvelles lésions IRM), la GFAP est un marqueur de l’activation astrocytaire et de la gliose

    Des niveaux élevés de GFAP traduisent une inflammation chronique compartimentée et une neurodégénérescence lente. L'étude démontre une corrélation linéaire entre l'élévation de la GFAP et l'augmentation du score EDSS, indépendamment des poussées.

    La GFAP permet d'identifier les patients "âgés biologiquement" qui sont susceptible de progresser malgré une stabilité radiologique (phénomène PIRA - Progression Independent of Relapse Activity).

    Cette étude invite à une évolution des critères de décision. L'agressivité thérapeutique ne devrait plus seulement être dictée par la charge lésionnelle initiale, mais aussi par le profil de vieillissement biologique du patient. Un patient jeune chronologiquement mais âgé biologiquement (GFAP élevée) nécessite une intervention immédiate et massive.

     Chez les patients plus âgés (50 ans et plus) mais biologiquement "jeunes", le maintien de traitements de haute efficacité pourrait être justifié, contrairement aux pratiques actuelles de désescalade thérapeutique basées sur le seul critère de l'âge civil.

     L'intégration du dosage de la GFAP dans le suivi de routine pourrait devenir un outil essentiel pour anticiper l'échec thérapeutique avant que le handicap physique ne devienne irréversible

    Selon le Dr Ysrraelit conclut, l'avenir de la neurologie repose sur l'utilisation d'horloges biologiques (épigénétiques ou protéomiques). La SEP n'est plus seulement vue comme une maladie inflammatoire, mais comme une pathologie où le terrain biologique conditionne la sévérité.

    Le couple sNfL/GFAP offre désormais une vision bimodale :

    1. sNfL pour surveiller l'extinction de l'inflammation focale.
    2. GFAP pour monitorer le vieillissement biologique et la progression insidieuse.

    Cette présentation à San Diego renforce l'idée que nous devons traiter l'âge biologique et non l'état civil. La GFAP s'impose comme le critère nécessaire permettant d'identifier les patients chez lesquels la réserve neurologique s'épuise prématurément.

     

     

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