Édito
Après la grève
Après la grève, il reste une évidence : la crise n’était pas conjoncturelle, elle est structurelle. Les médecins ont suspendu leur mobilisation. Ils ne l’ont pas abandonnée. Car si les mots ont changé, si les promesses ont été faites, le cœur du problème reste intact. Pour regarder cette émission cliquez-ici.
La grève est terminée.
Mais personne ne peut honnêtement dire que tout est réglé.
Ce qui s’est joué ces dernières semaines dépasse largement un mouvement social classique. Les médecins n’ont pas fait grève pour un tarif, un avantage, ou un article de loi isolé. Ils ont fait grève parce qu’ils ne se reconnaissaient plus dans la façon dont on parlait d’eux, dont on les gouvernait, dont on les soupçonnait.
Après la grève, il reste une évidence : la crise n’était pas conjoncturelle, elle est structurelle.
Ce qui s’est exprimé, c’est une rupture de confiance. Une fatigue profonde. Le sentiment partagé d’être devenus, au fil des années, des variables d’ajustement d’un système qui ne sait plus dialoguer autrement que par la contrainte, l’objectif chiffré et la menace implicite.
Les médecins ont suspendu leur mobilisation.
Ils ne l’ont pas abandonnée.
C’est un geste de responsabilité. Un pari sur l’intelligence collective. Un choix de laisser une chance au dialogue plutôt que d’installer durablement le conflit. Mais ne nous trompons pas : ce n’est pas un retour à la normale, c’est une période probatoire.
Après la grève, la question n’est plus celle de la colère.
La colère a été entendue. Elle a été visible. Elle a été légitime.
La question est désormais celle des actes.
Car si les mots ont changé, si les promesses ont été faites, le cœur du problème reste intact : peut-on continuer à piloter la médecine libérale sans les médecins ? Peut-on prétendre réformer un système de santé en fragilisant ceux qui en assurent le fonctionnement quotidien ? Peut-on restaurer l’accès aux soins en installant une défiance durable entre l’État et les soignants ?
La médecine libérale n’a pas demandé l’impunité.
Elle n’a pas refusé l’évaluation.
Elle n’a pas nié les enjeux économiques ni les contraintes collectives.
Elle a demandé autre chose : du respect, du dialogue, de la co-construction.
Après la grève, l’État est face à une responsabilité claire.
Il ne s’agit plus d’éteindre un incendie social, mais de refonder une méthode. De sortir de la logique du soupçon généralisé. De cesser de légiférer contre, pour recommencer à construire avec.
Car une chose est certaine :
on peut contraindre un système de santé,
on peut le réguler,
on peut le surveiller,
mais on ne le réparera jamais en méprisant ceux qui le font vivre.
Les médecins ont parlé.
Ils attendent maintenant que les actes confirment les paroles.
Après la grève, le temps de la responsabilité commence.
Pour tous.
Ils ont dits
Le diagnostic
« Cette grève n’est pas une grève contre un article de loi.
Elle dit quelque chose d’une crise majeure de la médecine libérale et de sa relation avec l’État et la société. »
Jean-Paul Ortiz
Ancien président de la CSMF
La ligne rouge
« On a touché au cœur du métier : l’éthique, la liberté de prescription, la responsabilité du médecin vis-à-vis de son patient.
C’est là que tout le monde s’est retrouvé. »
Vanessa Viau-Ménil
Médecin généraliste, MG France
Le temps d’après
« Les médecins ont suspendu leur mobilisation.
Ils ne l’ont pas abandonnée.
Maintenant, on attend des actes. »
Synthèse éditoriale – Jean-François Lemoine.











