Système de santé
PLFSS : le cumul emploi-retraite des médecins en sursis ?
L’article 43 du PLFSS prévoit de nouvelles règles pour le cumul emploi retraite qui risquent de limiter fortement la possibilité de bénéficier de cette formule apportant un complément de revenus et permettant de préserver l’offre de soins.
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Les médecins, selon leur Caisse Autonome de retraites (CARMF), sont aujourd’hui plus de 13 500 à continuer d’exercer dans le cadre du cumul emploi retraite, un chiffre en hausse de 5,7% entre 2024 et 2025. Au-delà du bénéfice individuel apporté par ce cumul en matière de revenus, ce système permet aussi de préserver l’offre de soins dans les secteurs en tension. Mais l’article 43 du PLFSS prévoit -pour les médecins mais aussi pour l’ensemble des salariés- une révision importante des conditions de ce cumul à partir du mois de janvier 2027 avec des effets qui vont aboutir dans certains cas à faire disparaître son intérêt.
Actuellement, un médecin qui solde sa retraite sans avoir validé tous ses trimestres peut continuer d’exercer dans le cadre du cumul emploi-retraite dans la limite d’un chiffre d’affaires qui ne dépasse pas 47 100 euros par an, somme venant s’ajouter à sa pension.
Pour un médecin qui solde sa retraite à l’âge légal et qui a validé tous ses trimestres le cumul emploi-retraite peut se faire sans limite de chiffre d’affaires.
Vers une déduction des revenus d’activité du montant des pensions
Avec l’application de l’article 43 du PLFSS, texte principalement destiné à favoriser le recours à la retraite progressive, un dispositif qui n’existe pas pour les libéraux, le cumul de la pension de retraite et des revenus d’activité va être beaucoup plus encadré.
Concrètement, pour un médecin âgé de moins de 64 ans et qui a soldé sa retraite, les revenus d’activité générés par un cumul emploi retraite seront déduits en totalité du montant de sa pension. Résultat, si ces revenus sont égaux ou supérieurs au montant de sa pension, celle-ci sera réduite à… néant !
Pour un médecin ayant soldé sa retraite mais ayant entre 64 et 67 ans, sa pension serait réduite de 50% des revenus de son activité en cumul emploi retraite si ces revenus sont supérieurs à 7 000 euros annuels.
Seuls les médecins de plus de 67 ans conserveront le droit de cumuler intégralement pension de retraite et revenus d’activité.
Outre les questions très pratiques que pose cette révision des conditions du cumul emploi-retraite pour les médecins -notamment quid des pensions versées « en trop » lorsque les revenus d’activité seront connus puisque cela ne pourra être établi qu’à la fin d’une année d’exercice ? - elle est considérée par la Fédération des Médecins de France comme « profondément injuste ». D’une part pour les carrières longues, les médecins ayant travaillé et commencé à cotiser avant 21 ans, d’autre part pour les femmes médecins ayant élevé des enfants qui bénéficient de 8 trimestres par grossesse et peuvent donc atteindre les 172 trimestres avant l’âge de 67 ans.
Par ailleurs, de nombreux médecins jugent que cette réforme des conditions du cumul emploi-retraite est contre-productive puisque ceux qui peuvent prétendre prolonger efficacement leur activité dans ce cadre sont ceux qui peuvent prétendre à la retraite avant 67 ans et qui sont le plus en forme. Un point qui doit être interprété comme un obstacle au maintien d’une offre de soins, notamment dans les zones en tension.











