Neurologie

Démence : une nouvelle étude confirme la réduction d'incidence grâce au vaccin contre le zona

L'intéret de l'étude repose sur une approche quasi-expérimentale  menée au Canada au moment de l'introduction du vaccin contre le zona, qui améliore l’inférence causale sans recourir à un essai randomisé. L'effet observé est modéré mais robuste et persistant. 

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  • 04 Février 2026
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    La réduction de l'incidence de la démence liée à la vaccination contre le zona se confirme avec la publication d'une étude canadienne, Herpes zoster vaccination and incident in Canada: an analysis of natural experiments (Mickael Pomirchy at al) publiée dans The Lancet Neurology, février 2026.

    Si les facteurs de risque vasculaires et métaboliques sont bien établis, le rôle des infections chroniques et de l’immunité dans les processus neurodégénératifs fait l’objet d’un intérêt croissant. Dans ce contexte, l’étude de Pomirchy et al. apporte des éléments nouveaux en évaluant l’impact populationnel de la vaccination contre le zona sur l’incidence de la démence.

    Comme on le sait, le virus varicelle-zona (VZV) persiste à l’état latent dans les ganglions sensitifs après la primo-infection. Sa réactivation est associée à une inflammation systémique, une activation microgliale et des atteintes neurovasculaires, mécanismes impliqués dans la physiopathologie de plusieurs formes de démence. Des données antérieures ont suggéré une association entre zona, accidents vasculaires cérébraux et déclin cognitif, sans démonstration causale robuste.

    Les auteurs ont exploité une « expérience naturelle » liée à l’introduction différenciée de la vaccination contre le zona au Canada selon l’âge, les provinces et les périodes. Cette variabilité a permis une approche quasi-expérimentale, proche d’un modèle de régression sur discontinuité, limitant certains biais classiques des études observationnelles.

    L’analyse repose sur des bases médico-administratives couvrant plusieurs millions d’individus âgés de 65 ans et plus, avec un suivi longitudinal de l’incidence de la démence toutes causes confondues. Les modèles statistiques intègrent de nombreux ajustements : comorbidités chroniques, indicateurs socio-économiques, recours aux soins et mortalité compétitive.

    Une réduction de deux points

    Résultats,les diagnostics de démence ont également diminué de 2 points de pourcentage (0,2–3,8 ; p = 0,025) sur une période de 5,5 ans. Après le lancement du programme, les nouveaux diagnostics de démence parmi les cohortes de naissance admissibles à la vaccination contre le zona en Ontario étaient significativement moins fréquents que dans les mêmes cohortes de naissance des autres provinces canadiennes n’ayant pas de programme de vaccination contre la vaccination contre le zona est associée à une réduction statistiquement significative de l’incidence de la démence au cours du suivi.

    L’effet est modéré mais robuste, persistant après analyses de sensibilité multiples. Un effet plus marqué est observé chez les femmes, suggérant une interaction possible avec le sexe biologique.

    Les auteurs ne retrouvent pas d’association comparable avec des événements de santé non liés, ce qui renforce l’hypothèse d’un lien spécifique entre prévention du zona et risque de démence, au-delà d’un simple « healthy user effect ».

    Un protocole quasi expérimental

    L'intéret de cette étude repose sur une approche quasi-expérimentale, rare dans ce domaine, qui améliore l’inférence causale sans recourir à un essai randomisé. Néanmoins, plusieurs limites doivent être soulignées : recours à des diagnostics administratifs de démence, impossibilité de distinguer les sous-types (maladie d’Alzheimer, démences vasculaires), absence de données sur la sévérité du zona ou les réactivations infracliniques.

    L’effet observé pourrait s’expliquer par la prévention des réactivations du VZV, la réduction de l’inflammation neuro-immune chronique ou la diminution des événements neurovasculaires secondaires

    En France, la vaccination contre la zone repose désormais sur le vaccin recombinant adjuvanté, recommandé chez les adultes âgés de 65 ans et plus, ainsi que chez les personnes immunodéprimées à partir de 18 ans, conformément au calendrier vaccinal et aux avis de la HAS. Ces recommandations visent principalement la prévention de la zone et de ses complications, notamment la névralgie post-zostérienne.

    Les résultats de l'étude canadienne ne justifient pas, à ce stade, une extension des indications à la prévention de la démence. En revanche, ils constituent un argument supplémentaire en faveur d'une bonne couverture vaccinale chez les sujets éligibles, en particulier dans une approche globale de prévention du vieillissement pathologique.

    Chez le sujet âgé, la vaccination contre la zone pourrait s'inscrire dans une stratégie de prévention multimodale intégrant contrôle des facteurs vasculaires, stimulation cognitive et prévention des infections. Des essais randomisés spécifiquement conçus pour évaluer l'impact cognitif de la vaccination seraient nécessaires avant toute modification des recommandations

    Cette étude apporte des données solides suggérant un lien entre vaccination contre le zona et réduction de l'incidence de la démence. Bien que la causalité ne puisse être formellement établie, ces résultats renforcent l'intérêt de la vaccination chez les populations ciblées et ouvrent des perspectives nouvelles sur le rôle de la prévention infectieuse dans la santé cérébrale du sujet âgé.

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