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E-cigarette: le risque de rechute est réduit comparé au traitement substitutif

Alors que les effets à long terme de la e-cigarette font toujours débat, elle serait plus efficace que les substitut nicotiniques pour réduire le risque de rechute selon les résultats d'une étude menée au Royaume-Uni. 

  • Igor Ilkov/iStock
  • 26 Janvier 2026
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    En France, le débat est encore très polarisé sur la place de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique. Cet article (: Peter Hajek et al. “Continuing use of e-cigarettes after stopping smoking and relapse: secondary analysis of a large randomised controlled trial”, publié le 21 janvier 2026 dans Addiction rapporte une analyse secondaire d’un essai contrôlé randomisé visant à évaluer si la poursuite de l’usage de cigarettes électroniques (e-cigarettes) après l’arrêt du tabac influence le risque de rechute au tabagisme. La question est d’importance clinique. Bien que de nombreux fumeurs qui arrêtent avec l’aide d’e-cigarettes continuent à vapoter, on ignore si cette pratique favorise ou protège contre la rechute vers le tabac.

    L’étude s’appuie sur un essai randomisé comparant l’usage d’e-cigarettes à des substituts nicotiniques (TSN) comme aide à l’arrêt du tabac, réalisé dans quatre services de sevrage tabagique au Royaume-Uni. Les auteurs ont conduit une analyse secondaire centrée non pas sur l’arrêt initial du tabac, mais sur le devenir des abstinents vis-à-vis de la rechute au cours de l’année de suivi, selon qu’ils ont continué à utiliser des e-cigarettes ou non après avoir cessé de fumer.

    La consommation initiale était de 15 cigarettes par jour en moyenne

    Dans le protocole retenu, 886 fumeurs avec une médiane d’âge de 41 ans, consommaient en moyenne 15 cigarettes/jour. 48 % étaient de femmes, tous motivés pour l'arrêt de fumer.

    Les participants ont été randomisés pour recevoir soit des e-cigarettes, soit des traitements substitutifs.

    L’abstinence tabagique est définie comme l’absence de consommation de cigarettes durant les 7 jours précédant l’évaluation.

    L’usage d’e-cigarette est retenue comme l’utilisation au moins un jour par semaine au moment où l’abstinence est évaluée.

    La rechute est définie par l’abstinence à 4 semaines (ou à 6 mois) après la date d’arrêt.

    Résultat, le risque de rechute est réduit chez les abstinents du groupe e-cigarettes. Pour les participants abstinents à 4 semaines, ceux du groupe e-cigarette présentaient un risque de rechute plus faible entre 4 semaines et 1 an par rapport au groupe TRN (RR = 0,78; IC 95 % = 0,64–0,96).

    Pour ceux abstinents à 6 mois, le RR de rechute à 1 an était 0,71 (IC 95 % = 0,55–0,93) comparé à ceux sous patchs ou gommes à macher.

    Parmi les abstinents (tous groupes confondus), ceux qui ont continué à utiliser des e-cigarettes après l’arrêt présentaient également un risque de rechute plus faible que ceux qui n’en ont pas utilisé (RR allant de ~0,75 à ~0,79 selon la période).

    Les résultats indiquent que, dans ce contexte d’accompagnement à l’arrêt du tabac, la poursuite de l’usage d’e-cigarettes après avoir cessé de fumer est associée à une diminution du risque de rechute au tabac à fumer au cours de la première année. Cet effet apparaît à la fois dans les comparaisons entre bras d’intervention (e-cigarettes vs TSN) et dans les comparaisons entre abstinents qui continuent ou non du vapotage après l’arrêt.

    La poursuite du vapotage peut représenter une forme de substitution nicotinique et comportementale qui empêche le retour à la cigarette traditionnelle, en maintenant l’habitude d’inhalation sans combustion.

    L’effet protecteur contre la rechute est observé par rapport à une substitution standard (patchs/gommes). Ce qui suggère une efficience potentielle des e-cigarettes comme outil de réduction des rechutes au-delà de la seule aide initiale à l’arrêt.

    L'étude ne traite pas de sevrage complet

    Toutefois, l’étude ne traite pas du sevrage complet de tout produit nicotinique, mais met en évidence que le maintien d’un apport nicotinique via e-cigarette est associé à un meilleur maintien de l’abstinence tabagique sur 1 an.

    Les conclusions proviennent d’une analyse secondaire et non d’un critère primaire initialement défini, ce qui nécessite la prudence dans l’interprétation causale.

    Par ailleurs, le contexte du Royaume-Uni, avec des services spécialisés et un fort accompagnement comportemental, peut limiter la transposition généralisée à des contextes cliniques différents.

    Enfin, l’analyse couvre une période d’un an maximum; les effets à plus long terme sur la dépendance à la nicotine ou la santé pulmonaire ne sont pas examinés directement.

    Pour les cliniciens, cette étude suggère que la continuation de l’usage d’e-cigarettes après l’arrêt du tabac est associée à une réduction du risque de rechute à court/moyen terme (jusqu’à 12 mois) comparée aux traitements substitutifs et par rapport à ceux qui arrêtent complètement tout produit nicotinique. Ces données alimentent le débat clinique sur l’usage des e-cigarettes comme outil de réduction des risques et de maintien de l’abstinence tabagique, mais elles n’exonèrent pas de la nécessité d’une évaluation individualisée, intégrant le suivi de la dépendance à la nicotine et les objectifs de santé à long terme.

     

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