Pédiatrie
Adolescents transgenres : le traitement hormonal réduit-il le risque de suicide ?
La thématique de ‘influence du traitement hormonal sur le risque suicidaire chez l’adolescent transgenre est loin d’être « neutre » comme en témoigne une lettre à l’éditeur publiée dans The Journal of Pediatric (The Ask Suicide-Screening Questions “Continuous Score”: An Unvalidated Endpoint
- Oscar Martin/istock
Selon les résultats d’une première étude conduite par Allen et al, le traitement hormonal permet une réduction cliniquement significative des tendances suicidaires chez les adolescents pris en charge pour identité de genre. Les données recueillies qui ont conduit à cette conclusion reposent sur un outil d’évaluation, à savoir le «Ask Suicide-Screening Questions» (ASQ).
Mais le Dr Sarah CJ Jorgensen soulève un obstacle méthodologique susceptible de compromettre la validité de l’étude.
ASQ, un outil d’évaluation du risque suicidaire chez les adolescents
Comment en pratique utilise-t-on l’ASQ ? Outil de dépistage binaire validé, il est composé de quatre questions, conçu pour identifier les jeunes présentant un risque suicidaire élevé. Positif, il est défini par une réponse « oui » à au moins une question. Plus le nombre de réponses positives approche du score de 4, plus le risque est élevé. En clinique, il a démontré une sensibilité élevée et une spécificité modérée à cette fin. Mais il s'agit d'un outil à utiliser à un temps T. Les cliniciens y ont d’ailleurs recours dans les services d’urgence grâce à sa simplicité d’usage. ll n’aurait pas été conçu pour être appliqué dans une étude longitudinale. Et encore moins à la manière d’une échelle graduée alors qu’il a été créé comme un outil dichotomique (positif/négatif) .
Enfin, il n’a bénéficié d’aucune analyse psychométrique. Ou d’études démontrant que la somme ou la pondération des items génèrent une mesure linéaire du risque suicidaire.
La clinique plutôt que la statistique
Bref, les auteurs ont créé un critère d’évaluation non validé qui ne repose sur aucune preuve, pointe le Dr Jorgensen qui met en avant le danger de surévaluation ou sous-évaluation du risque. Dès lors, l’incertitude persisterait sur le rapport bénéfice-risque de l’hormonothérapie chez les adolescents transgenres. Et de conclure sur l’importance de l’évaluation clinique, de l’approche qualitative, au moyen d’entretiens par exemple qui ne doivent pas être remplacés par le seul outil statistique.
La controverse devrait sans nul doute rebondir alors que les opinions sur cette thématique enflamment le débat public des deux côtés de l’atlantique.











