Santé publique

Etiquetage nutritionnel : le code 5 couleurs a convaincu Marisol Touraine

Marisol Touraine a arrêté son choix sur le code nutritionnel à 5 couleurs, le Nutri-Score. Il a apporté la preuve de son efficacité à travers deux études.

  • vlad_star/epictura
  • 15 Mars 2017
  • A A

    Les informations nutritionnelles seront bientôt plus claires sur les emballages. En avril, la ministre de la Santé va fixer, par arrêté, l’étiquetage simplifié à adopter. Après expérimentation, Marisol Touraine a annoncé, dans Le Parisien, le choix du logo. Nutri-Score – aussi connu sous le nom de 5-C pour 5 couleurs – signale au consommateur l’équilibre entre certains nutriments positifs et d’autres moins bon pour la santé.

    Une fois fixé dans la loi, le logo sera facultatif : il reviendra aux fabricants d’utiliser, ou non, l’étiquetage simplifié sur leurs emballages. Mais ceux-ci ont régulièrement jugé « stigmatisant » le Nutri-Score. Il n’est donc pas certain qu’ils s’y fient.

    Mais la ministre de la Santé le rappelle dans Le Parisien : le but est bien d’orienter les clients vers les produits les plus sains. « L’idée n’est pas de dire aux gens de choisir entre un yaourt et une pizza mais de leur dire laquelle (…) est la moins grasse et salée », illustre Marisol Touraine. Elle mise donc sur la pression des consommateurs.

    Alors quel avenir pour le logo nutritionnel ? Fréquence M fait le point au clair avec le Pr Bernard Ruffieux, chercheur au laboratoire d’économie appliquée de Grenoble (Isère).

    Comment Marisol Touraine a-t-elle sélectionné le logo 5-C ?

    Pr Bernard Ruffieux : Je ne suis pas certain qu’elle l’ait déjà sélectionné mais il se situe en très bonne place dans les travaux scientifiques menés à l’initiative du ministère de la Santé. Pour le sélectionner, elle s’est appuyée sur des études scientifiques, en prenant le risque d’une telle réponse et de confronter plusieurs méthodologies parallèles (voir encadré).

    Ecoutez l'intégralité de l'entretien avec le Pr Bernard Ruffieux : 


    Pourquoi ce logo a-t-il été sélectionné ?

    Pr Bernard Ruffieux : C’est une vieille histoire. Dans le cadre de la politique de santé, il a d’abord été décidé de mettre en place des informations nutritionnelles en grand nombre à l’arrière des paquets. On s’est ensuite rendu compte que les consommateurs étaient satisfaits de cette information mais ne l’utilisaient pas directement dans leurs choix. Tout un ensemble d’études a montré que, pour éclairer les choix au moment de l’achat en magasin, il était bon d’avoir un logo, un système plus synthétique et visible.

    Par ailleurs, la politique publique s’appuie sur des données qui montrent que le surpoids progresse, ainsi que tout un ensemble de maladies liées à la nutrition. Au fond, un logo a été sélectionné parce qu’il marche. On sait depuis ce matin que les systèmes fonctionnent à l’aune d’un critère qui est le score FSA. Son amélioration a des effets directs sur la santé de la population.

    Quelle efficacité peut-on attendre de ce logo ?

    Pr Bernard Ruffieux : C’est une grande question que de savoir si les effets mesurés en grandeur nature ou en laboratoire seront durables. On a, en tout cas, montré que ces effets existent. Quant à l’inconnu des achats répétés, à partir du moment où les systèmes d’information se révèlent efficaces à moyen terme sur quelques rayons, on peut observer des cercles vertueux plutôt qu’une atténuation des effets attendus, lorsque le logo sera systématisé à tous les rayons, que la communication sera à l’appui et que les effets commenceront à se faire sentir. Mais cela, on ne le sait pas encore.

    L’Anses en doute, mais son rapport a été réalisé avant les travaux que nous venons de divulguer et cherchait des données qui dressaient un lien entre nutrition, étiquetage nutritionnel et effets sur la santé. Les études qui peuvent le montrer sont très complexes. Nos travaux vont beaucoup aider pour apporter la preuve de cette efficacité.

     

    Deux études confrontées

    Pour choisir le logo nutritionnel appliqué en France, Marisol Touraine a diligenté deux études. La première, réalisée en conditions réelles d’achat, a comparé 4 logos dans 60 supermarchés. Les clients ont fait leurs courses sous l’œil attentif de chercheurs pendant 10 semaines. Trois systèmes (Nutri-Couleurs, Nutri-Score et SENS) ont un effet positif sur les achats. Le Nutri-Score est particulièrement efficace sur les produits moins chers.

    La seconde étude, menée par l’équipe du Pr Ruffieux, a simulé un environnement d’achat et recruté 809 Français qui ont constitué des paniers de courses pour 48 heures. Là encore, Nutri-Score modifie les décisions dans le bon sens, particulièrement sur le tiers de consommateurs les plus défavorisés. A l’inverse, SENS et Nutri-Repère n’ont pas d’impact sur cette catégorie.

    Pour pouvoir accéder à cette page, vous devez vous connecter.