Réanimation

La réduction des épisodes de contention n'a pas d'influence sur les résultats cliniques

Selon une étude française menée dans des services de réanimation, la réduction des contentions peut être envisagée dans une optique de limitation des contraintes pour les patients, sans altération des résultats cliniques, mais sans bénéfice démontré sur les critères neurologiques ou pronostiques.

  • Akiromaru/iStock
  • 18 Mars 2026
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    L’article publié dans JAMA lien en ligne le 17 mars 2026 rapporte les résultats de l’essai randomisé multicentrique français R2D2-ICU, qui évalue l’impact d’une stratégie de faible utilisation versus une forte utilisation des contentions physiques chez des patients adultes ventilés en réanimation. L’utilisation de contentions, le plus souvent sous forme d’attaches de poignets, est fréquente en soins critiques afin de prévenir les extubations accidentelles ou les retraits de dispositifs. Toutefois, leur bénéfice clinique reste incertain et leur usage est associé à des effets délétères potentiels, notamment une majoration de l’agitation, du recours aux sédatifs et du risque de délirium.

    L’essai a inclus 405 patients adultes dans 10 services de réanimation en France entre 2021 et 2024. Les patients étaient ventilés depuis moins de 6 heures et susceptibles de le rester au moins 48 heures. Ils ont été randomisés entre une stratégie restrictive, dans laquelle les contentions n’étaient utilisées qu’en cas d’agitation sévère définie par un score RASS ≥3, et un recours plus fréquent avec utilisation systématique des contentions, réévaluée quotidiennement. Au total, 396 patients ont été analysés pour le critère principal. L’âge médian était de 65 ans et 62 % des patients étaient des hommes.

    Le critère de jugement principal était le nombre de jours vivants sans coma ni délirium à J14. Les résultats montrent l’absence de différence significative entre les deux stratégies. Le nombre moyen de jours sans coma ni délirium était de 6,67 jours dans le groupe restrictif contre 6,30 jours dans le groupe à forte utilisation, soit une différence ajustée de 0,37 jour, non significative (intervalle de confiance à 95 % −0,71 à 1,46 ; p = 0,51).

    Pas d'amélioration neurologique à court terme

    Ces résultats suggèrent qu’une réduction de l’utilisation des contentions ne permet pas d’améliorer l’état neurologique à court terme chez ces patients.

    Les critères secondaires sont concordants avec ce résultat principal. L’incidence du délirium à 14 jours est similaire entre les groupes, avec 62,2 % dans le groupe restrictif contre 67,5 % dans le groupe de forte utilisation, sans différence significative. La durée du délirium au cours du séjour en réanimation ne diffère pas non plus de manière significative. De même, les jours sans ventilation mécanique, les doses cumulées de sédatifs et d’analgésiques, ainsi que les scores de mobilisation sont comparables entre les deux stratégies.

    Concernant la sécurité, la réduction de l’utilisation des contentions n’a pas entraîné d’augmentation des événements indésirables. Le taux d’auto-extubation est similaire dans les deux groupes, avec 9,2 % dans le groupe restrictif contre 8,5 % dans le groupe libéral. Les retraits accidentels de dispositifs restent rares dans les deux bras. Ces données sont importantes car elles suggèrent qu’une stratégie plus restrictive n’expose pas à un sur-risque immédiat en termes de sécurité.

    Pas de différence de taux de mortalité

    La mortalité ne diffère pas significativement entre les groupes. La mortalité à 90 jours est de 37,2 % dans le groupe restrictif contre 41,0 % dans le groupe libéral, sans différence statistiquement significative. De même, les paramètres fonctionnels, cognitifs et psychologiques évalués à distance ne montrent pas de différence notable entre les stratégies.

    Sur le plan méthodologique, il s’agit d’un essai pragmatique, ouvert, avec randomisation centralisée et stratification sur des variables clés telles que l’âge et la présence de coma initial. Les pratiques de sédation et de prise en charge sont représentatives des soins de réanimation contemporains en France, ce qui renforce la validité externe des résultats.

    En conclusion, cet essai randomisé ne met pas en évidence de bénéfice clinique à réduire l’utilisation des contentions physiques chez des patients ventilés en réanimation en termes de jours sans coma ni délirium. Une stratégie de contention limitée apparaît toutefois sûre, sans augmentation du risque d’auto-extubation ou d’événements indésirables majeurs.

    "L'absence de bénéfice mesurable sur les complications liées au délire ou au coma n'exclut pas les avantages potentiels d'une approche restrictive des contentions physiques en soins intensifs dans d'autres domaines non étudiés dans cet essai, tels que le souvenir du séjour en soins intensifs  ou la prévalence de souvenirs traumatisants chez les patients et leurs proches" notent par ailleurs les auteurs.

    Ces résultats suggèrent que la réduction des contentions peut être envisagée dans une optique de limitation des contraintes pour les patients, sans altération des résultats cliniques, mais sans bénéfice démontré sur les critères neurologiques ou pronostiques.

     

     

     

     

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