Santé publique

Réchauffement climatique : augmentation des décès prématurés par l'augmentation de l'inactivité physique

Les implications politiques  de l'étude sont claires. Sans forte ambition, la hausse des températures risque de compromettre l'objectif de l'OMS de réduire l'inactivité physique mondiale de 15 % d'ici 2030.

  • Ridofranz/iStock
  • 18 Mars 2026
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    La hausse des températures provoque des effets immédiats mais aussi retardés sur la santé, par exemple une moindre activité physique. Une étude publiée par The Lancet Global Health en mars 2026, propose une évaluation longitudinale mondiale des effets de la hausse des températures sur la prévalence de l'inactivité physique, ainsi que des projections de ses conséquences sanitaires et économiques à l'horizon 2050.

    Les auteurs ont constitué un panel équilibré de 156 pays sur la période 2000–2022, soit 3 588 observations annuelles par pays. Leur approche repose sur l'exploitation des variations interannuelles de température au sein de chaque pays plutôt que sur des comparaisons entre pays, ce qui permet de neutraliser les caractéristiques nationales stables grâce à des effets fixes. L'indicateur de résultat retenu est la prévalence standardisée par âge de l'inactivité physique chez les adultes, définie comme le fait de ne pas atteindre 150 minutes hebdomadaires d'activité modérée ou 75 minutes d'activité intense.

    Ces données proviennent de l'Observatoire mondial de la santé de l'OMS, construites à partir de 507 enquêtes populationnelles représentant environ 5,7 millions de participants.

    L'exposition thermique est mesurée à l'aide de cinq intervalles de température définis par des percentiles empiriques. Pour chaque pays et chaque année, les auteurs comptabilisent le nombre de mois inclus dans chacun de ces intervalles, en pondérant les données climatiques à haute résolution par la densité de population. 

    Le modèle intègre également de nombreuses covariables environnementales — précipitations, couverture nuageuse, jours de gel, pression de vapeur, concentration en particules fines — ainsi que des variables socioéconomiques telles que le PIB par habitant et le taux de mortalité brut.

    Un effet encore plus marqué dans les pays à revenu faible ou intermédiaire

    Le résultat central de l'analyse est net : chaque mois supplémentaire avec une température moyenne dépassant 27,8 °C — seuil correspondant au 90e percentile de la distribution mondiale — est associé à une augmentation de 1,44 point de pourcentage de la prévalence de l'inactivité physique au niveau mondial. Cet effet est encore plus marqué dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où il atteint 1,85 point de pourcentage, tandis qu'il demeure non significatif dans les pays à revenu élevé.

    Cette asymétrie s'explique notamment par une meilleure capacité d'adaptation dans les pays riches : accès à des infrastructures climatisées, possibilité de reporter l'activité physique en intérieur, protection thermique des logements.

    En revanche, dans les pays tropicaux à faibles revenus, les travailleurs de plein air, les vendeurs ambulants et les agriculteurs de subsistance ne peuvent pas facilement décaler leurs efforts vers les heures les plus fraîches de la journée, et les femmes ainsi que les adolescents ne disposent pas d'accès à des espaces récréatifs climatisés.

    Les femmes plus sensibles à la chaleur extrême

    Des hétérogénéités importantes apparaissent également selon le sexe et l'âge. L'effet de la chaleur extrême est plus prononcé chez les femmes (1,69 point de pourcentage contre 1,18 chez les hommes), ce que les auteurs attribuent à une moindre efficacité de la thermorégulation par évaporation. De même, l'impact est significatif uniquement dans les pays dont la population est la plus âgée, et les pays habituellement froids subissent des augmentations particulièrement fortes lorsqu'ils connaissent des épisodes de chaleur exceptionnelle.

    Pour estimer l'évolution future, les auteurs combinent leurs fonctions exposition-réponse avec les projections climatiques du projet CMIP6, sous trois scénarios socioéconomiques partagés (SSP). Sous le scénario optimiste SSP1-2.6, la prévalence mondiale de l'inactivité physique devrait augmenter de 0,98 point de pourcentage d'ici 2050. Ce chiffre monte à 1,22 point dans le scénario intermédiaire SSP2-4.5, et à 1,75 point dans le scénario pessimiste SSP5-8.5, caractérisé par une forte dépendance aux combustibles fossiles. Ces moyennes mondiales masquent toutefois d'importantes disparités géographiques : les hausses les plus fortes, dépassant quatre points de pourcentage, se concentrent en Amérique centrale et dans les Caraïbes, dans l'est de l'Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est équatoriale et dans certaines parties de l'Océanie. À l'opposé, des pays comme la Belgique ou la Finlande ne connaîtraient pratiquement aucun changement, quel que soit le scénario considéré.

    0,47 et 0,70 million de décès prématurés additionnels par an d'ici 2050

    Ces projections sont ensuite traduites en fardeaux sanitaires et économiques à travers un cadre d'évaluation comparative des risques. En termes de mortalité, l'inactivité physique supplémentaire induite par le changement climatique pourrait provoquer entre 0,47 et 0,70 million de décès prématurés additionnels par an d'ici 2050, soit une augmentation de 7,2 à 10,7 % par rapport aux 6,52 millions de décès déjà attribuables à l'inactivité physique en 2022. Sur le plan économique, les pertes de productivité supplémentaires sont estimées entre 2,40 et 3,68 milliards de dollars internationaux par an, représentant 5,1 à 7,9 % des 46,92 milliards déjà imputables à l'inactivité physique en 2022.

    La distribution géographique des coûts économiques révèle que les pays à revenu intermédiaire supportent environ 55 % des pertes totales, avec une domination de l'Asie de l'Est et du Pacifique, suivie par l'Amérique latine et l'Afrique subsaharienne. Cette concentration du fardeau dans des régions déjà vulnérables souligne le caractère profondément inégalitaire des effets du changement climatique sur la santé.

    Les auteurs identifient plusieurs mécanismes physiologiques et comportementaux pour expliquer ces résultats. La chaleur augmente le flux sanguin cutané et la transpiration, accroît la charge cardiovasculaire, le risque de déshydratation et l'effort perçu, ce qui dissuade la pratique d'une activité physique en extérieur. L'humidité élevée entrave le refroidissement évaporatif, tandis que les pics de pollution aux particules fines et à l'ozone aggravent l'inconfort respiratoire. Par ailleurs, si les environnements climatisés offrent un refuge thermique, ils tendent à encourager des comportements sédentaires, créant ainsi une boucle de rétroaction entre chaleur et inactivité.

    Les auteurs reconnaissent plusieurs limites. Les données d'inactivité physique reposent sur des questionnaires autodéclarés, soumis aux biais de rappel et de désirabilité sociale. Les estimations sont disponibles uniquement sous forme de moyennes annuelles nationales, ce qui empêche d'analyser la saisonnalité, les disparités infranationales ou les types d'activité physique. Le modèle ne prend en compte que les variations de température et ne modélise pas d'autres aléas climatiques comme les inondations ou les cyclones. Enfin, les pondérations de population utilisées sont fixées à l'année 2010 et ne reflètent pas les dynamiques d'urbanisation ou de migration survenues pendant la période d'étude.

    Malgré ces limites, les implications politiques sont claires. Sans forte ambition, la hausse des températures risque de compromettre l'objectif de l'OMS de réduire l'inactivité physique mondiale de 15 % d'ici 2030. Les auteurs préconisent une série d'interventions : intégration des messages de risque thermique dans les recommandations d'activité physique, développement d'infrastructures urbaines combinant ombrage et mobilité active, subvention d'installations sportives climatisées pour les populations vulnérables, et renforcement des normes de sécurité thermique au travail. Traiter l'activité physique comme une nécessité sensible au climat, et non comme un simple choix de mode de vie, apparaît indispensable pour éviter une transition sédentaire à l'échelle planétaire et les maladies cardio-métaboliques qui l'accompagneraient. 

     

     

     

     

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