Onco-Thoracique
Cancer bronchique non à petites cellules : privilégier l'administration des traitements avant 15 heures
Un simple changement d'horaire d'administration peut doubler l'efficacité de l'immunochimiothérapie sans coût ni toxicité supplémentaire. L'efficacité des traitements oncologiques, particulièrement l'immunothérapie et la chimiothérapie, varie de manière significative selon l'horloge biologique du patient.
- Rasi Bhadramani/iStock
Cette étude prospective randomisée (Time -of-day immunochemotherapy in nonsmall celle lung cancer : a randomised phase 3 trial) publié dans Nature Medicine le 2 février 2026 explore l'influence du moment d'administration (Time-of-Day, ToD) de l'immunochimiothérapie sur les résultats cliniques chez des patients atteints de cancer bronchique non à petites cellules (NSCLC). L'hypothèse repose sur les variations circadiennes de l'efficacité du système immunitaire.
La population étudiée comprend 279 patients randomisés en deux groupes : le groupe ToD précoce (n=141) recevant l'administration avant 15h00 et le groupe ToD tardive (n=138) recevant l'administration après 15h00. Le traitement consistait en une combinaison d'anti-PD-1 et chimiothérapie pour les 4 premiers cycles. Les critères d'évaluation incluaient comme critère principal la survie sans progression (SSP), et comme critères secondaires la survie globale (SG) et le taux de réponse objective.
Une survie sans progression de 11, 3 mois versus 5, 7 mois
L'efficacité s'avère remarquablement supérieure dans le groupe précoce. Concernant la survie sans progression, le groupe ToD précoce atteint 11,3 mois (IC 95% : 9,2-13,4) contre 5,7 mois (IC 95% : 5,2-6,2) pour le groupe ToD tardive, avec un hazard ratio de 0,40 (p<0,001). Pour la survie globale, le groupe ToD précoce atteint 28,0 mois contre 16,8 mois (IC 95% : 13,7-19,9) pour le groupe tardif, avec un hazard ratio de 0,42 (p<0,001). Ces résultats représentent une amélioration cliniquement majeure avec près de 60% de réduction du risque de progression et de décès.
L'analyse par cytométrie en flux révèle des différences immunologiques significatives. Les lymphocytes T CD8+ circulants montrent une augmentation dans le groupe précoce versus une diminution dans le groupe tardif (p<0,001). Le ratio cellules activées/épuisées, mesuré par le rapport CD38+HLA-DR+/TIM-3+PD-1+, s'avère significativement plus élevé dans le groupe précoce. Ces données suggèrent une meilleure activation immunitaire antitumorale lors d'une administration matinale.
Le profil de tolérance reste identique entre les deux groupes. Les événements indésirables liés au traitement demeurent conformes au profil établi, sans nouveau signal de sécurité identifié. Les événements indésirables immuno-reliés se révèlent similaires entre les deux groupes.
Cette étude révolutionnaire suggère qu'un simple changement d'horaire d'administration peut doubler l'efficacité de l'immunochimiothérapie sans coût ni toxicité supplémentaire. Les recommandations pratiques incluent de privilégier l'administration matinale (avant 15h00) de l'immunochimiothérapie,
Ces résultats ouvrent un nouveau paradigme en oncologie, soulignant l'importance des rythmes circadiens dans l'efficacité thérapeutique. Une modification simple de la pratique clinique pourrait améliorer significativement le pronostic des patients.
Une efficacité démontrée par d'autres travaux
Cette étude sur le cancer bronchique non à petites cellules (NSCLC) s'inscrit dans un champ de recherche en pleine expansion, la chronothérapie. Plusieurs autres travaux confirment que l'efficacité des traitements oncologiques, particulièrement l'immunothérapie et la chimiothérapie, varie de manière significative selon l'horloge biologique du patient. Dans la littérature, une étude rétrospectiive majeure a analysé des patients traités par nivolumab ou pembrolizumab dans le mélanome. Les résultats ont révélé que les patients recevant au moins 20% de leur perfusion après 16h30, présentaient un risque de décès significativement plus élevé. Ce phénomène est attribué à la cyclicité des cellules dendritiques et de lymphocytés T qui sont plus actives durant la phase d'éveil
Autre démontration dans le cancer colorectal, la chronochimiothérapie a démontré une réduction de la toxicité jusqu'à cinq fois et une amélioration de l'efficacité par rapport à une infusion constante.
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