Cardiologie

Diabète de type 2 : intérêt confirmé des statines en prévention primaire

Même chez les patients à faible risque vasculaire, la prescription de statines permet une réduction des évènements cardio-vasculaires. Le gain est plus élevé chez les patients à haut risque.

 

 

  • 07 Janvier 2026
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    Les statines ont mauvaise réputation chez les patients mais aussi chez certains médecins. Cette étude  (Effectiveness and Safety of Statins in Type 2 Diabetes According to Baseline Cardiovascular Risk: A Target Trial Emulation Study publiée dans Annals of Internal Medicine, en décembre 2025 qui s’inscrit dans le contexte de la prévention cardiovasculaire chez les patients atteints de diabète de type 2, contribuera-t-elle à modifier la donne ? Les statines sont pourtant largement recommandées dans la population visée  bien que le bénéfice clinique net chez les sujets à faible risque cardiovasculaire initial soit débattu. L’objectif principal était d’évaluer l’efficacité et l’innocuité de l’initiation d’un traitement par statine en prévention primaire chez des patients diabétiques de type 2, en fonction de leur risque cardiovasculaire de base.

    150 000 patients suivis 

    Les auteurs ont exploité une large base de données de soins primaires du Royaume-Uni. Plus de 150 000 patients atteints de diabète de type 2 sans antécédent cardiovasculaire ont été inclus, parmi lesquels environ 23 000 ont initié une statine en prévention primaire.Ils étaient  âgés de 25 à 84 ans, sans antécédent de maladie cardiovasculaire athéromateuse au moment de l’inclusion. Les patients ont été inclus entre 2005 et 2016 et suivis jusqu’à dix ans. L’exposition étudiée était l’initiation d’un traitement par statine dans le cadre de la prévention primaire. Le risque cardiovasculaire de base a été estimé à l’aide du score QRISK3, permettant une stratification des participants en quatre catégories de risque à 10 ans : faible (< 10 %), intermédiaire (10–19 %), élevé (20–29 %) et très élevé (≥ 30 %). Dans chaque strate, les patients initiant une statine ont été appariés à des patients non traités.

    Les critères de jugement principaux portaient sur la survenue d’événements cardiovasculaires majeurs, incluant infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral et autres événements coronariens, ainsi que sur la mortalité toutes causes. Les critères de sécurité analysés comprenaient notamment la survenue de troubles musculaires et de dysfonction hépatique. L’analyse a été conduite selon le principe de l’intention de traiter.

    Chez les patients à faible risque cardiovasculaire (QRISK3 < 10 %), l’initiation d’une statine était associée à une réduction significative des événements cardiovasculaires majeurs à 10 ans, avec un risque relatif d’environ 0,78 par rapport aux patients non traités. La réduction absolue du risque était modeste mais mesurable, de l’ordre de −0,8 %, correspondant à un nombre de patients à traiter (NNT) proche de 120 sur 10 ans pour prévenir un événement cardiovasculaire majeur. Dans ce même groupe, la mortalité toutes causes était également réduite, avec un risque relatif proche de 0,80 et une réduction absolue d’environ −0,5 %.

    Dans la catégorie de risque intermédiaire (QRISK3 10–19 %), le bénéfice des statines était plus marqué en valeur absolue. Le risque relatif d’événement cardiovasculaire majeur était réduit d’environ 22 % (RR ≈ 0,78), avec une réduction absolue proche de −1,5 à −2 % à 10 ans. La mortalité toutes causes était également diminuée, avec une réduction relative comparable à celle observée dans le groupe à faible risque, mais une réduction absolue plus importante.

    Chez les patients à risque élevé (QRISK3 20–29 %), l’initiation d’une statine était associée à une réduction relative des événements cardiovasculaires majeurs d’environ 25 %, avec une réduction absolue estimée entre −3 et −4 % à 10 ans. La mortalité toutes causes était réduite de manière significative, avec un bénéfice absolu supérieur à celui observé dans les groupes de risque plus faible, traduisant l’impact du niveau de risque initial sur le gain clinique attendu.

    Réduction de 5% des évènements chez les sujets à très haut risque. 

    Enfin, dans le groupe à très haut risque cardiovasculaire (QRISK3 ≥ 30 %), les statines conféraient le bénéfice absolu le plus important. La réduction absolue des événements cardiovasculaires majeurs dépassait −5 % à 10 ans, pour un risque relatif avoisinant 0,75. La mortalité toutes causes était également significativement réduite, confirmant l’intérêt majeur de la statinothérapie dans cette population.

    Concernant la tolérance, aucun excès significatif de dysfonction hépique n’a été observé, quelle que soit la catégorie de risque cardiovasculaire. Un léger excès de troubles musculaires a été identifié principalement dans le groupe à risque intermédiaire, avec une augmentation absolue du risque inférieure à 0,2 % sur 10 ans. Aucun signal de sécurité majeur n’a été mis en évidence.

    Dans l’ensemble, les résultats montrent une réduction relative du risque cardiovasculaire globalement homogène entre les catégories de risque, tandis que les bénéfices absolus augmentent de façon proportionnelle au risque cardiovasculaire initial. Ces données chiffrées confirment que, chez les patients atteints de diabète de type 2, le recours aux statines en prévention primaire est associée à un bénéfice clinique dès les niveaux de risque les plus bas.

    En pratique clinique, ils incitent à renforcer l’évaluation du risque cardiovasculaire global et à ne pas exclure systématiquement une prescription de statines chez les patients diabétiques de type 2 à faible risque, dès lors que le rapport bénéfice-risque individuel apparaît favorable.

     

     

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