Cardiologie

Arrêt cardiaque chez le sujet jeune : la nouvelle piste auto immune.

Lors de l'arrêt cardiaque du sujet jeune et de l'athlète, le cœur se révèle structurellement normal. Depuis 2017, émerge toutefois un nouveau concept, celui de formes acquises de type canalopathies cardiaques auto-immunes. Explications.

  • Jacob Wackerhausenistock
  • 02 Octobre 2026
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    Publié dans l'European Heart Journal le 22 septembre 2026 lien, ce point de vue de Pietro Enea Lazzerini, Maurizio Acampa et Mohamed Boutjdir revient sur deux revues de référence consacrées à l'arrêt cardiaque du sujet jeune et de l'athlète, parues en 2025 dans le JAMA et le NEJM. Les auteurs relèvent que, dans ces travaux, le constat le plus fréquent à l'autopsie est un cœur structurellement normal. Ce qui oriente vers des troubles électriques primaires, en particulier les canalopathies héréditaires. Or l'autopsie moléculaire ne met en évidence une variante pathogène que dans 20 à 30 % de ces cas. Selon eux, les deux revues ont négligé un groupe émergent de formes acquises, les canalopathies cardiaques auto-immunes, concept apparu en 2017 et désignant des troubles arythmogènes liés à des auto-anticorps dirigés contre des canaux ioniques cardiaques, le plus souvent en l'absence de maladie auto-immune avérée.

    Recherche d'anti-Ro/SSA devant tout BAV isolé d'origine inconnue.

    En ciblant des séquences précises des canaux potassiques, calciques ou sodiques, ces anticorps inhibent ou potentialisent les courants correspondants et peuvent reproduire un syndrome du QT long ou court, un syndrome de Brugada, un bloc auriculo-ventriculaire (BAV) ou une fibrillation ventriculaire. Les anticorps anti-Ro/SSA, notamment de spécificité 52 kDa, sont les mieux caractérisés : par réactivité croisée avec les canaux calciques et potassiques, ils favorisent BAV et allongement du QT. Chez de jeunes patients présentant un BAV isolé inexpliqué, environ la moitié portait ces anticorps, et un traitement immunomodulateur a permis une réversion rapide et durable du bloc, y compris dans des formes sévères, retardant ou évitant l'implantation d'un stimulateur. Une étude israélienne de plus de 100 000 personnes associe la séropositivité anti-Ro/SSA, présente chez jusqu'à 3 % de la population générale, à un risque doublé de BAV complet après ajustement. Parmi 2 536 jeunes athlètes de moins de 40 ans sans cardiopathie structurelle, tous ceux qui présentaient un BAV avancé étaient porteurs de ces anticorps. La Société européenne de cardiologie recommande désormais, dans son consensus sur les anomalies de l'ECG de l'athlète, la recherche d'anti-Ro/SSA devant tout BAV isolé d'origine inconnue.

    Données récentes pour les tachyarythmies ventriculaires

    Pour les tachyarythmies ventriculaires, les données sont plus récentes. Des auto-anticorps agonistes du canal potassique TREK-1 ont été détectés chez 50 % de 33 jeunes adultes atteints de fibrillation ventriculaire idiopathique, des anticorps inhibiteurs du canal sodique Nav1.5 chez 90 % des patients atteints de syndrome de Brugada, dont le sérum reproduisait chez la souris un tracé de type Brugada et des arythmies malignes, et des anti-Ro/SSA-52kD inhibant hERG chez 60 % de 25 patients consécutifs présentant des torsades de pointes. Deux grandes études en population générale associent la positivité anti-Ro/SSA à un QTc supérieur à 500 ms (odds ratio 2,27 ; IC à 95 % 1,34–3,87) et à la survenue de tachycardie ventriculaire paroxystique (OR 1,49 ; IC à 95 % 1,10–2,01). Des anticorps dirigés contre le canal TRPV2 ont été retrouvés chez 85 % de 13 victimes de mort subite du nourrisson, et des anticorps anti-Kir3.4 sont liés à la fibrillation auriculaire chez le patient et la souris, avec des morts subites chez certains animaux.

    Plusieurs lacunes

    Les auteurs identifient plusieurs lacunes. Le diagnostic biologique reste limité à quelques centres et, en pratique, au seul test anti-Ro/SSA-52kD disponible commercialement, tandis que l'immunoblot, méthode la plus sensible et spécifique, est progressivement abandonné. Ils appellent à développer des tests fondés sur les peptides antigéniques connus, adaptés au phénotype arythmique. Sur le plan thérapeutique, les immunosuppresseurs semblent efficaces dans certaines formes, mais des peptides leurres mimant l'épitope du canal pourraient neutraliser les anticorps de façon plus ciblée. Un leurre dérivé du pore extracellulaire de hERG, fusionné à un monobody, a corrigé un QT long auto-immun chez le cobaye in vivo et levé in vitro l'inhibition de hERG induite par des anticorps de patients. Il s'agit d'une preuve de concept préclinique.

    Plusieurs réserves méritent d'être soulignées. Hors anti-Ro/SSA, aucune réplication indépendante n'existe et la fréquence de ces anticorps en population générale est inconnue. Les effectifs sont souvent faibles et les pourcentages élevés reposent sur de petites séries. Le lien de causalité chez l'humain n'est pas démontré. Et la part réelle de ces mécanismes dans les arrêts cardiaques inexpliqués n'est pas établie. Leur place en pratique française reste donc à définir.

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