Rhumatologie

GEPA : le sevrage complet des corticoïdes devient un objectif réaliste

Biothérapies dirigées contre l’IL5, le benralizumab et le mépolizumab permettent tous deux de réduire fortement l’exposition aux corticoïdes oraux dans la Granulomatose éosinophilique avec polyangéite (GEPA), tout en maintenant le contrôle de la maladie. Le benralizumab se distingue par une probabilité plus élevée d’arrêt complet et durable des corticoïdes.

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  • 22 Mars 2026
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    La granulomatose éosinophilique avec polyangéite (GEPA) reste une vascularite rare dont la prise en charge repose encore largement sur les corticoïdes oraux, souvent au long cours. Or, même à faibles doses, leur toxicité cumulative pèse lourdement sur la morbidité : insuffisance surrénalienne, troubles métaboliques, ostéoporose, myopathie, athérosclérose... Dans ce contexte, les biothérapies ciblant l’inflammation éosinophilique répondent à une priorité clinique clairement identifiée par les patients comme par les soignants : réduire, voire supprimer, les corticoïdes sans favoriser les rechutes.

    L’essai MANDARA avait déjà démontré la non-infériorité du benralizumab par rapport au mépolizumab sur la rémission à 52 semaines. Les analyses post hoc de l’essai MANDARA publiées dans Arthritis & Rheumatology, prolongent ce résultat en se concentrant sur l’épargne cortisonique. Le message essentiel est double : les deux anticorps anti-éosinophiles permettent des réductions importantes des corticoïdes, mais le benralizumab augmenterait nettement plus les chances d’un arrêt complet.

    Signal distinctif du benralizumab : plus de sevrages complets et durables

    Cent quarante adultes atteints de GEPA recevant au moins 7,5 mg/j de corticoïdes, avec ou sans immunosuppresseur, ont été randomisés pour recevoir du benralizumab 30 mg ou du mépolizumab 300 mg toutes les 4 semaines pendant 52 semaines. À la fin du suivi, la dose médiane de corticoïdes aux semaines 49 à 52 est de 1,16 mg/j sous benralizumab contre 3,00 mg/j sous mépolizumab, traduisant une réduction majeure dans les deux groupes. La dose cumulative sur 12 mois est comparable, autour de 1 800 mg dans chaque bras.

    En revanche, l’arrêt complet différencie les stratégies : 33/70 patients sous benralizumab contre 20/70 sous mépolizumab ont interrompu totalement les corticoïdes, avec un HR de 1,84 (IC à 95 % 1,06–3,27 ; p=0,0291) pour le temps jusqu’au premier arrêt complet. Le sevrage durable, défini comme obtenu avant la semaine 40 et maintenu jusqu’à la semaine 52, concerne 17/70 versus 7/70 patients, avec un HR de 2,97 (IC à 95 % 1,26–7,77 ; p=0,0268). À l’inverse, le délai jusqu’à une réduction à 4 mg/j ou moins et d’au moins 50 %, ainsi que la durée cumulée sans corticoïdes, sont globalement similaires entre les groupes.

    Point important, la possibilité d’un arrêt complet ne semble pas dépendre du statut ANCA ni de l’usage concomitant d’immunosuppresseurs non corticoïdes. Les auteurs soulignent aussi que les périodes sans corticoïdes ne s’accompagnent pas d’une dégradation de la fonction respiratoire ni du contrôle de l’asthme, avec de faibles taux de rechute dans les deux bras. La tolérance n’est pas l’objet principal de ces analyses, mais elles reposent sur l’essai MANDARA, où l’efficacité clinique globale des deux traitements avait déjà été établie.

    Des données exploratoires, mais un message pratique fort pour la GEPA

    Ces résultats proviennent d’analyses post hoc de l’essai de phase 3 MANDARA, un comparatif direct entre deux biothérapies ciblant l’axe IL-5/IL-5R chez des patients ayant une GEPA en rechute ou réfractaire. Les investigateurs adaptaient la décroissance des corticoïdes selon leur jugement clinique, sur la base d’une maladie jugée stable ; il n’existait donc pas de protocole de sevrage totalement standardisé. Cette souplesse rapproche l’étude de la vraie vie, mais introduit aussi une variabilité qui limite la robustesse comparative. D’autres limites doivent être rappelées : l’effectif est modeste, les analyses sont exploratoires, les patients n’avaient pas de manifestations sévères actives, la toxicité spécifique des corticoïdes n’a pas été mesurée formellement, et la fonction surrénalienne n’a pas été évaluée de manière approfondie. La généralisabilité doit donc être prudente, mais le signal clinique reste fort.

    Selon les auteurs, ces données confortent une évolution majeure de la stratégie thérapeutique dans la granulomatose éosinophilique avec polyangéite (GEPA): la simple réduction des corticoïdes ne doit plus être l’unique objectif, et l’arrêt complet peut désormais être envisagé comme une cible réaliste chez certains patients sous biothérapie anti-éosinophile. Le benralizumab semble offrir un avantage sur ce point, possiblement lié à une déplétion éosinophilique plus profonde. Les prochaines étapes devront préciser quels profils de patients tirent le plus de bénéfice de cette stratégie, mesurer formellement la toxicité cortisonique évitée, et valider en vie réelle si ce nouvel objectif de sevrage complet peut durablement s’intégrer aux recommandations de prise en charge de la GEPA.

     

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