Cardiologie
IDM : une mortalité hospitalière plus élevée chez les jeunes femmes comparée aux jeunes hommes
La mortalité hospitalière lors d'un premier STEMI est en augmentation, tandis qu'elle reste stable pour le NSTEMI. Les jeunes femmes présentent une mortalité plus élevée et bénéficient moins fréquemment de procédures cardiovasculaires.
- vichie81 Bangkruai, Thailand/iStock
Les études confirment la tendance. Il y a bien une surmortalité cardio-vasculaire féminime même si l'incidence d'infarctus du myocarde est plus élevée chez les hommes. En témoigne cette nouvelle étude publiée le 26 février 2026 dans The Journal of American Heart Association lien
Cette étude américaine de grande envergure s'intéresse à une tendance épidémiologique préoccupante : bien que la mortalité globale par infarctus du myocarde (IDM) ait historiquement diminué, le déclin observé semble être principalement le fait des adultes plus âgés et des hommes, tandis que les hospitalisations pour IDM augmentent chez les jeunes adultes, avec des différences notables selon le sexe et le sous-type d'IDM.
Une étude menée sur une période de 12 ans
L'objectif de l'étude était d'analyser, sur une période de douze ans, les tendances de la mortalité hospitalière et des complications lors d'un premier IDM chez les adultes de 18 à 54 ans, en stratifiant les résultats selon le sexe et le sous-type : IDM avec sus-décalage du segment ST (STEMI) versus IDM sans sus-décalage du segment ST (NSTEMI).
La méthodologie repose sur l'exploitation de la National Inpatient Sample (NIS), la plus grande base de données hospitalières américaine tous payeurs confondus. L'analyse a porté sur 945 977 hospitalisations pondérées pour un premier IDM chez des jeunes adultes, dont 356 115 (37,6 %) pour un STEMI et 589 862 (62,4 %) pour un NSTEMI. La mortalité hospitalière lors du premier IDM, selon le sous-type, constituait le critère de jugement principal, avec une analyse des tendances temporelles par contrastes polynomiaux orthogonaux. Les complications hospitalières représentaient les critères secondaires. Toutes les analyses ont été réalisées en stratifiant par sexe, avec ajustement par régression logistique multivariable séquentielle additive.
Les résultats révèlent une dégradation significative du pronostic pour les STEMI. Sur l'ensemble de la période d'étude, la mortalité hospitalière ajustée lors d'un premier STEMI a augmenté de manière statistiquement significative (augmentation absolue de 1,2 %, p tendance inférieure à 0,001), tandis qu'elle est restée stable pour le premier NSTEMI (diminution absolue de 0,2 %, p tendance égal à 0,70).
Les disparités entre hommes et femmes constituent l'un des enseignements majeurs de ce travail. Comparées aux jeunes hommes, les jeunes femmes présentaient une mortalité hospitalière plus élevée, que ce soit pour le STEMI (3,1 % contre 2,6 %, p inférieur à 0,001) ou pour le NSTEMI (1,0 % contre 0,8 %, p égal à 0,03), tout en bénéficiant de moins de procédures cardiovasculaires et en présentant des complications hospitalières globalement similaires.
Ce constat soulève la question des mécanismes sous-jacents à ces disparités. Les auteurs soulignent que l'association des facteurs de risque traditionnels et non traditionnels avec la mortalité hospitalière ne différait pas selon le sexe. Les disparités observées pourraient donc s'expliquer par des déviations par rapport aux thérapeutiques recommandées et par des délais dans l'initiation des traitements chez les jeunes femmes, notamment par le moindre recours aux procédures cardiovasculaires interventionnelles. Des délais plus longs dans la présentation clinique des femmes pourraient également contribuer à une mortalité plus élevée malgré un moindre taux de procédures réalisées, bien que ce paramètre n'ait pu être évalué dans la NIS.
La caractérisation du profil de risque apporte des nouvelle données. L'analyse distingue les facteurs de risque traditionnels (hypertension artérielle, tabagisme, dyslipidémie, diabète, obésité) des facteurs dits non traditionnels, parmi lesquels figurent les facteurs psychosociaux, les maladies auto-immunes, les troubles psychiatriques et les déterminants socio-économiques. Indépendamment du sexe, davantage de facteurs de risque non traditionnels que traditionnels étaient associés à une probabilité plus élevée de mortalité hospitalière lors d'un premier IDM. Ce résultat est d'une importance clinique considérable car il remet en question une approche de la stratification du risque cardiovasculaire chez les jeunes adultes trop centrée sur les facteurs classiques.
Des revenus bas, un nouveau facteur de risque
Sur le plan socio-économique, le quartile de revenus le plus bas constituait le facteur de risque non traditionnel le plus fréquent, tant pour le STEMI que pour le NSTEMI, quel que soit le sexe, mais avec une prévalence significativement plus élevée chez les femmes par rapport aux hommes. Cette surreprésentation de la précarité économique chez les jeunes femmes victimes d'IDM mérite une attention particulière des cliniciens dans leur évaluation globale du risque.
Les auteurs soulignent que les facteurs non traditionnels peuvent rendre plus difficile la prise en charge des facteurs de risque classiques. Par exemple, si un jeune patient hypertensif présente également un faible niveau socio-économique ou une comorbidité psychiatrique ou auto-immune, cette intrication peut compromettre la gestion thérapeutique de l'hypertension. Cette interaction entre risque traditionnel et non traditionnel revêt une importance croissante chez les sujets jeunes par rapport aux adultes plus âgés.
En termes de limites, les auteurs reconnaissent celles inhérentes aux bases de données administratives. La NIS ne fournit pas de données préhospitalières, ce qui n'écarte pas formellement des erreurs de classification entre premier IDM et événement récidivant. Une analyse de sensibilité excluant les patients transférés n'a toutefois pas modifié les résultats principaux.
En conclusion, cette analyse de près d'un million d'hospitalisations pour IDM chez des jeunes adultes aux États-Unis entre 2011 et 2022 confirme que la mortalité hospitalière lors d'un premier STEMI est en augmentation, tandis qu'elle reste stable pour le NSTEMI. Les jeunes femmes présentent une mortalité plus élevée et bénéficient moins fréquemment de procédures cardiovasculaires. Bien que les facteurs de risque traditionnels demeurent fréquents, les facteurs de risque non traditionnels sont davantage associés à la mortalité hospitalière, indépendamment du sexe. Ces résultats constituent un appel à l'action pour la cardiologie : intégrer systématiquement les facteurs de risque non traditionnels dans l'évaluation du risque cardiovasculaire des jeunes adultes, améliorer l'équité de prise en charge entre hommes et femmes, et envisager un dépistage plus précoce des comorbidités cardiovasculaires dans cette tranche d'âge.








