Cardiologie
Insuffisance cardiaque : une mortalité hospitalière de 5%
Un vaste registre trans-européen montre qu’en pratique clinique contemporaine, l’IC reste une maladie grave avec des taux de mortalité intra-hospitalière de l’ordre de 5 %, des risques de décès à un an substantiels, particulièrement après une hospitalisation pour IC, et des taux de réhospitalisation élevés, surtout chez les patients avec FEVG réduite
- magicmine/iStock
L’étude de registre ESC HF III publié dans the European Heart Journal le 25 février 2026 lien a été conçue pour décrire les caractéristiques cliniques et les résultats pronostiques des patients atteints d’insuffisance cardiaque (IC) dans un ensemble large et contemporain de pays européens ou affiliés à la Société Européenne de Cardiologie, en intégrant à la fois des patients hospitalisés pour une décompensation aiguë et des patients vus en consultation ambulatoire. Entre novembre 2018 et décembre 2020, 10 162 patients ont été inclus dans 220 centres répartis dans 41 pays. Parmi eux, 39 % étaient hospitalisés pour une insuffisance cardiaque aiguë et 61 % vus en ambulatoire. L’âge médian des patients hospitalisés pour IC aiguë était de 70 ans, avec 36 % de femmes, et celui des patients ambulatoires de 66 ans, avec 33 % de femmes. Le spectre des fractions d’éjection ventriculaire gauche reflétait la diversité clinique habituelle : 58 % des patients avaient une IC à fraction d’éjection réduite (HFrEF), 17 % une IC à fraction d’éjection légèrement réduite (HFmrEF) et 25 % une IC à fraction d’éjection préservée (HFpEF).
Une durée moyenne d'hospitalisation de 9 jours
Dans la cohorte des patients avec IC, la durée médiane d’hospitalisation était de 9 jours (IQR : 6–14). La mortalité intra-hospitalière globale était de 5,1 %. Lorsqu’on détaille par phénotype, les taux de décès en hospitalisation étaient de 5,2 % chez les HFrEF, 4,8 % chez les HFmrEF et 3,4 % chez les HFpEF.
Après exclusion des patients décédés en hospitalisation et de ceux perdus de vue, un suivi médian de 376 jours (IQR : 360–432) a permis d’estimer des taux d’événements par 100 patient-années pour les catégories HFrEF, HFmrEF et HFpEF, séparément selon le contexte hospitalisation ou ambulatoire. Chez les survivants d’AHF, le taux de mortalité toutes causes était élevé avec 19/100 patient-années pour HFrEF, 22/100 patient-années pour HFmrEF et 16/100 patient-années pour HFpEF. Les taux de mortalité cardiovasculaire dans ces mêmes groupes étaient respectivement de 13/100 patient-années, 11/100 patient-années et 7/100 patient-années, tandis que les causes de décès non clairement définies représentaient 3,0, 6,3 et 4,7/100 patient-années. Parmi les patients vus en ambulatoire, les taux étaient nettement plus bas : mortalité toutes causes 6,6/100 patient-années pour HFrEF, 4,0/100 patient-années pour HFmrEF et 3,9/100 patient-années pour HFpEF ; mortalité cardiovasculaire 4,3, 2,6 et 1,7/100 patient-années ; causes inconnues 0,9, 0,8 et 1,2/100 patient-années respectivement.
Des taux de réhospitalisation élevés
Concernant les (ré-)hospitalisations pour IC, ces événements étaient fréquents au cours de l’année de suivi. Chez les patients après hospitalisation pour AHF, 44 % des HFrEF ont eu au moins une réhospitalisation pour IC, 42 % des HFmrEF et 36 % des HFpEF. Dans la population ambulatoire, les réhospitalisations étaient moins fréquentes mais toujours significatives avec 21 % chez les HFrEF, 14 % chez les HFmrEF et 18 % chez les HFpEF.
L’analyse détaillée du registre permet d’identifier des profils de patients à haut risque, d’évaluer l’implantation des recommandations actuelles et de mesurer les résultats en soins réels. Elle met en évidence la nécessité d’approches thérapeutiques plus personnalisées selon le type d’IC et les comorbidités, ainsi que la poursuite des efforts pour améliorer l’adhésion aux traitements qui ont démontré une réduction de la mortalité et des hospitalisations dans des essais contrôlés. Enfin, ces données permettent de mieux comprendre les trajectoires cliniques des patients atteints d’IC dans différents contextes de soins et fournissent une base solide pour des actions futures visant à améliorer la qualité de prise en charge et les résultats à long terme.
Ainsi, ce vaste registre trans-européen montre qu’en pratique clinique contemporaine, l’IC reste une maladie grave avec des taux de mortalité intra-hospitalière de l’ordre de 5 %, des risques de décès à un an substantiels, particulièrement après une hospitalisation pour IC, et des taux de réhospitalisation élevés, surtout chez les patients avec FEVG réduite








