environnement
Cancer de la prostate : des microparticules de plastique retrouvés dans les tissus tumoraux
La présence de microplastique au sein de tissus prostatiques cancéreux est un signal biologique intrigant, mais encore préliminaire. Cette donnée ouvre un champ de recherche en cancérologie environnementale. Des recherches complémentaires sont en cours pour étudier le lien entre les nanoparticules magnétiques et la carcinogenèse prostatique.
- Svetlozar Hristov/iStock
Les microparticules de plastique ne sont pas seulement néfastes pour l'environnement. Elles seraient peut-être impliquées dans la genèse de certains cancers. Une étude présentée lors de l'ASCO Genitourinary Cancer Symposium qui s'est tenu à San Francisco (Etats-Unis) du 26 au 28 février 2026 LIEN apporte de nouveaux indices. Des études précédentes ont retrouvé des microplastiques et nanoplastiques (MNP) chez des patients ayant subi une endartériectomie carotidienne. Le risque est alors 4,5 fois plus élevé de développer un infarctus du myocarde, un accident vasculaire cérébral ou de décéder.
Des données précliniques suggèrent également un lien potentiel entre les MNP et le cancer. Toutefois, les preuves directes d’un lien avec le cancer de la prostate (CaP) chez l’homme restent limitées.
L’objectif était d’évaluer la présence de microplastiques et nanoplastiques dans les tissus prostatiques de dix patients atteints d'un cancer de la prostate et traités par prostatectomie radicale et de comparer leur concentration entre tissu tumoral et tissu bénin adjacent.
Les auteurs ont pris des précautions méthodologiques importantes pour limiter toute contamination externe par le plastique. Les pièces opératoires ont été transportées dans des conteneurs métalliques et manipulées sans matériel plastique. Des échantillons distincts de tissu tumoral et de tissu bénin provenant d’autres zones de la prostate ont été analysés.
Une présence dans 9 cas sur 10
Deux techniques complémentaires ont été utilisées. La microscopie Raman a permis une détection visuelle et une caractérisation morphologique des particules, avec un diamètre variant de 1,2 à 40,3 micromètres. Par cette méthode, des microplastiques ont été identifiés chez 60 % des patients. La pyrolyse couplée à la chromatographie en phase gazeuse et à la spectrométrie de masse a permis une analyse chimique et quantitative plus sensible, détectant des microplastiques chez 90 % des patients, soit dans 9 cas sur 10.
La comparaison entre tissus tumoraux et tissus bénins adjacents montre un gradient de concentration en faveur du tissu tumoral. En pyrolyse-GC/MS, des microplastiques étaient retrouvés dans 90 % des échantillons tumoraux contre 70 % des échantillons bénins adjacents. La concentration moyenne était de 39,8 µg/g dans le tissu tumoral, avec une médiane à 16,3 µg/g, contre 15,5 µg/g dans le tissu bénin, médiane 7,0 µg/g. Ainsi, non seulement la fréquence de détection est élevée, mais la charge tissulaire apparaît plus importante dans les zones cancéreuses.
Le nylon et polystyrène les plus souvent détectés
Concernant la nature des polymères identifiés, le nylon-6 et le polystyrène étaient les plus fréquemment détectés par pyrolyse-GC/MS, à des concentrations supérieures au seuil de détection. La spectroscopie Raman a également identifié du polyéthylène et certains copolymères. Ces polymères correspondent à des plastiques couramment utilisés dans l’environnement et les produits de consommation.
Rappelons qu’il s’agit d’une étude exploratoire sur un très petit effectif, sans groupe contrôle constitué de prostates non cancéreuses issues de sujets sans cancer. La mise en évidence d’une concentration plus élevée dans le tissu tumoral ne démontre pas un lien causal avec la carcinogenèse prostatique. Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées, notamment une accumulation passive liée à des modifications vasculaires ou stromales du tissu tumoral, une inflammation chronique favorisant la rétention particulaire, ou un rôle potentiel dans des mécanismes pro-inflammatoires ou oxydatifs favorisant la carcinogenèse. À ce stade, aucune relation causale ne peut être établie.
C'est toutefois un signal biologique intrigant, mais encore préliminaire, qui ouvre un champ de recherche en cancérologie environnementale.Des recherches complémentaires sont en cours pour étudier le lien entre les nanoparticules magnétiques et la carcinogenèse prostatique. Le travail a été financé par le Département de la Défense américaine HT9425-25-1-0145), on l'imagine, avant l'arrivée de Donald Trump.








