Cardiologie

Fibrillation auriculaire : une montre connectée optimise le diagnostic

Outre un nombre plus important de patients à risque dépistés, le port d'une montre connectée permet de diagnostiquer des patients asymptomatiques comparés à un groupe témoin selon les résultats d'une étude menée aux Pays-Bas. 

  • Guillermo Spelucin Runciman Santiago de Surco , Peru/iStock
  • 02 Février 2026
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    Les montres connectées sont-elles désormais des dispositifs médicaux comme les autres ? Pour les revues et cardiologues américains, le doute n'est plus permis. En 2025, l'American College of Cardioloy a publié un guide afin d'optimiser au mieux les données produites par le port d'Apple Watch. Plusieurs fonctionnalités ont été validées par la Food and Drug Aministration. Un nouvel exemple en a été livré par la publication d'un article sur le dépistage de la fibrillation auriculaire (FA) basé sur la smartwatch d'Appl et publié le 21 janvier dans la revue Journal of the American College of Cardiology ( JACC) .

    Malgré les stratégies de dépistage recommandées, une proportion importante de FA demeure non déterminée, notamment en raison de son caractère paroxystique et souvent asymptomatique. L'essai contrôlé randomisé EQUAL a évalué l'apport d'une stratégie de dépistage prolongé reposant sur l'Apple Watch chez des patients âgés à haut risque thromboembolique.

    Cet essai multicentrique, conduit aux Pays-Bas, a inclus 437 participants âgés de 65 ans et plus, avec un âge médian de 75 ans. Quarante-sept pour cent des patients étaient des femmes et le score CHA₂DS₂-VASc médian était de 3, traduisant un risque élevé d'événement thromboembolique. Tous les participants étaient exemptés d'antécédent connu de fibrillation auriculaire et ont été randomisés. Ils ont bénéficié d'une stratégie de surveillance par montre connectée pendant six mois et une prise en charge reposant sur les soins habituels.

    Les patients du groupe interventionnel ont porté une Apple Watch Series 5 ou 8 pendant au moins douze heures par jour. Le dispositif assurait une surveillance continue du rythme cardiaque par photopléthysmographie, avec génération d'alertes en cas d'irrégularité du pouls évocateur d'arythmie. En cas de symptômes ou à la demande de la montre, les patients réalisent un électrocardiogramme de 30 secondes à une dérivation. L'ensemble des tracés était automatiquement transmis à une équipe de télésanté indépendante, chargée de leur analyse dans un délai maximal de 24 heures, garantissant une validation médicale rapide du diagnostic.

    Une FA observée chez 9,6% du groupe montre connectée

    À l'issue des six mois de suivi, une fibrillation auriculaire d'apparition récente a été observée chez 21 patients du groupe interventionnel, soit 9,6 %, contre 5 patients, soit 2,3 %, dans le groupe témoin. La différence de risque absolu atteignait 7,3 %, avec une significativité statistique élevée, et le rapport de risque était de 4,40. Le nombre de sujets à dépister pour identifier un cas supplémentaire de FA était de 14, correspondant à environ 1,6 nouveau diagnostic pour 100 patients-mois de surveillance.

    L'analyse des caractéristiques des épisodes de FA met en évidence un bénéfice majeur du dépistage prolongé. Dans le groupe témoin, tous les patients observés présentaient des symptômes lors de l'épisode de FA. À l'inverse, dans le groupe surveillé par montre connectée, moins de la moitié des patients ont signalé des symptômes avant le diagnostic. La majorité des FA identifiées étaient paroxystiques et plus de la moitié étaient asymptomatiques, soulignant la capacité de cette stratégie à révéler des formes cliniquement silencieuses, habituellement difficiles à détecter en pratique courante.

    Aucune différence significative n'a été observée entre les deux groupes concernant le recours aux services d'urgence ou la survenue d'événements cardiovasculaires indésirables majeurs, suggérant que cette approche n'entraîne pas de surmédicalisation à court terme.

    Une durée de suivi court

    Toutefois, plusieurs limites doivent être prises en considération. Outre la rupture d'égalité entre patients avec l'absence de prise en charge du dispositif à ce jour par la collectivité, la population étudiée était sélectionnée, composée de patients âgés à haut risque thromboembolique, ce qui limite l'extrapolation des résultats à des populations plus jeunes ou à risque intermédiaire.

    La durée de suivi relativement courte ne permet pas d'évaluer l'impact de cette stratégie sur des critères cliniques tels que la survenue d'accidents vasculaires cérébraux ou la mortalité. Par ailleurs, l'étude ne permet pas de conclure sur le rapport coût-efficacité d'un dépistage reposant sur des dispositifs connectés, ni sur les conséquences à long terme d'un diagnostic accumulé de FA, notamment en termes d'initiation et d'adhésion au traitement anticoagulant.

    Les résultats de l'essai EQUAL permettent qu'un dépistage prolongé de la fibrillation auriculaire, reposant sur l'intégration d'une montre connectée à un flux de télésurveillance structuré, est à la fois possible et efficace chez les patients âgés à haut risque. L'association de la photopléthysmographie et de l'ECG à une dérivation permet un diagnostic rapide, médicalement validé, susceptible de favoriser une initiation plus précoce des traitements anticoagulants. Cette étude contribue à redéfinir la place des dispositifs connectés dans les stratégies de dépistage de la fibrillation auriculaire et ouvre des perspectives pour leur intégration raisonnée dans les parcours de soins cardiovasculaires.

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