Retour sur la 1ère émission des Grands Dialogues de la Santé

Le malaise des soignants : une crise de sens avant une crise de moyens

Au-delà des analyses politiques, l’émission met surtout en lumière un malaise professionnel profond. Les médecins, libéraux comme hospitaliers, ne parlent pas seulement de rémunération ou de charge de travail. Ils évoquent la perte de sens. Pour voir l'émission cliquez ici 

 

 

  • 23 Janvier 2026
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    « Aujourd’hui, on ne parle plus de vocation. On parle d’engagement. Et cet engagement est mis à mal par une perte de confiance », explique Jean-Paul Ortiz.

    Cette perte de confiance est multiple :

    • vis-à-vis des décideurs,
    • vis-à-vis des réformes sans lendemain,
    • vis-à-vis d’un système perçu comme incohérent.

    Ville et hôpital : un faux clivage entretenu par les structures

    L’émission démonte un cliché tenace : l’opposition entre médecine de ville et hôpital.
    Sur le terrain, le dialogue existe. C’est au niveau des structures qu’il se bloque.

    « Entre médecins, on s’entend. C’est quand on arrive aux niveaux institutionnels que tout se rigidifie », constate Jean-François Bergmann.

    Cette rigidité a des conséquences très concrètes :

    • patients mal orientés,
    • urgences engorgées,
    • spécialistes saturés,
    • généralistes sous pression.

    Le problème n’est pas la compétence. C’est l’organisation.

    Délégation, coordination, temps médical : des évidences… bloquées

     

    Un autre thème central de l’émission concerne la délégation des tâches.
    Le constat est partagé : le temps médical est devenu rare et précieux.

    « Ce qui peut être fait par d’autres doit être fait par d’autres », affirme Gilles Bonnefond.
    Pharmaciens, infirmiers, équipes pluriprofessionnelles peuvent assumer une part croissante des soins courants, à condition d’un cadre clair et sécurisé.

    Mais cette évidence se heurte à :

    • des corporatismes persistants,
    • une rémunération inadaptée,
    • une organisation figée.

    Le cœur du blocage : le modèle de rémunération

    La discussion devient particulièrement franche lorsqu’il est question de rémunération.

    « Les médecins préféreraient faire 2 500 consultations à 50 € plutôt que 5 000 à 25 € », résume Jean-Paul Ortiz.
    Derrière cette phrase, un enjeu majeur : le paiement à l’acte ne permet plus de structurer des équipes ni de financer la coordination.

    La comparaison internationale est éclairante :
    en Allemagne, un généraliste travaille avec en moyenne plus de trois collaborateurs.
    En France : moins de 0,5.

    Formation initiale et continue : le chaînon manquant

    Enfin, l’émission insiste sur un levier souvent négligé : la formation.

    Stages croisés médecine / pharmacie, place des patients experts, formation continue obligatoire, recertification… Les pistes sont nombreuses mais insuffisamment exploitées.

    « On n’enseigne pas la coordination des soins. On enseigne encore des métiers en silos », regrette Jean-François Bergmann. Former autrement, c’est déjà transformer le système.

    Une conclusion lucide, sans illusion

    La première émission des Grands Dialogues de la Santé ne prétend pas apporter des solutions clés en main. Elle fait mieux :
    elle remet les bonnes questions au centre, sans faux-semblants.

    « La santé n’est pas un champ de bataille. C’est un bien commun », conclut Jean-François Lemoine.

    Pour les médecins, le message est clair :
    la transformation ne viendra ni d’une réforme isolée, ni d’un arbitrage budgétaire.
    Elle viendra d’un dialogue structuré, exigeant, et durable, associant enfin tous les acteurs.

     

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