Santé publique
Alternatives au tabac: attention au risque de cancer buccal.
Le tabac à mâcher, à priser, les préparations traditionnelles, voire la cigarette électronique dans une moindre mesure, sont associés à un risque de cancer buccal. L'interrogatoire doit rechercher toutes les formes de consommation chez les patients originaires de régions où le tabac sans fumée est répandu.
- AndreyPopov/iStock
Les alternatives au tabac sont loin d’être sans danger pour la santé. Elles ne se résument pas à la cigarette électronique comme le résume l’article de Mark Parascandola, Suzanne T. Nethan et Kamran Siddiqi, publié en ligne le 10 janvier 2026 dans le New England Journal of Medicine. Le lien entre l’usage du tabac sans fumée et le cancer buccal est ainsi établi dans une perspective mondiale, tout en s’inscrivant dans un débat plus large sur les produits alternatifs de nicotine, dont la cigarette électronique. Les auteurs rappellent que le tabac sans fumée regroupe une grande diversité de produits consommés sans combustion, tels que le tabac à mâcher, le tabac à priser, le snus (tabac en sachet) ou des préparations traditionnelles comme le paan ou le gutka. Ces produits sont utilisés par plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde, avec une forte concentration en Asie du Sud, en Afrique et dans certaines populations autochtones. Ce qui en constitue un enjeu majeur de santé publique souvent sous-estimé dans les pays occidentaux.
Absence de combustion ne signifie pas absence de danger
Contrairement à une idée répandue, l’absence de combustion ne signifie pas absence de danger. Le tabac sans fumée contient des nitrosamines spécifiques du tabac et de nombreux composés carcinogènes capables d’induire des lésions de l’ADN, une inflammation chronique des muqueuses buccales et des altérations cellulaires favorisant la transformation maligne. Les données épidémiologiques internationales montrent une association solide entre l’usage de ces produits et le risque de cancers de la cavité buccale, avec des risques particulièrement élevés dans les régions où les produits sont fortement nitrosaminés. Dans certaines zones d’Asie du Sud, l’utilisation régulière de paan avec tabac ou de gutka est associée à une forte prévalence de leucoplasies, de lésions précancéreuses et de carcinomes épidermoïdes buccaux, contribuant de manière significative à la mortalité par cancer.
Les auteurs insistent sur l’hétérogénéité mondiale du risque. Tous les produits de tabac sans fumée ne présentent pas le même profil toxique. Certains, comme le snus suédois, semblent associés à des risques cancérigènes plus faibles que les produits traditionnels d’Asie du Sud, ce qui souligne l’importance de la composition, des procédés de fabrication et des habitudes d’usage. Néanmoins, aucun produit de tabac sans fumée ne peut être considéré comme sans risque, et leur contribution globale au fardeau du cancer buccal reste considérable à l’échelle mondiale.
Danger des métaux et des nitrosamines en faible quantité
Dans ce contexte, la cigarette électronique occupe une place particulière. Bien que l’article se concentre principalement sur le tabac sans fumée, il s’inscrit dans une réflexion plus large sur les alternatives au tabac combustible. Les cigarettes électroniques délivrent de la nicotine sans combustion, ce qui réduit l’exposition à de nombreux toxiques présents dans la fumée de cigarette. Toutefois, elles exposent les utilisateurs à d’autres substances potentiellement nocives, notamment des composés carbonylés, des métaux et des nitrosamines en faible quantité, susceptibles d’irriter les muqueuses buccales. À ce jour, les données scientifiques ne permettent pas d’établir un lien direct et causal entre l’usage exclusif de la cigarette électronique et le cancer buccal, principalement en raison du recul insuffisant et du manque d’études longitudinales de long terme. Les auteurs soulignent cependant que l’absence de preuve ne doit pas être interprétée comme une preuve d’innocuité.
Les études disponibles suggèrent que les risques pourraient être plus élevés chez les utilisateurs combinant cigarettes traditionnelles et cigarettes électroniques, situation fréquente en pratique. Dans une perspective de réduction des risques, la cigarette électronique peut représenter une alternative moins nocive que le tabac combustible pour certains fumeurs, mais elle ne doit pas être considérée comme un produit anodin ni comme une solution universelle de prévention du cancer. Les auteurs plaident pour une approche prudente, fondée sur des données scientifiques robustes, et pour l’intégration de tous les produits du tabac et de la nicotine dans les stratégies de lutte contre le cancer.
Bref, il est important de mener un interrogatoire précis incluant toutes les formes de consommation de tabac et de nicotine, en particulier chez les patients originaires de régions où le tabac sans fumée est répandu. La prévention du cancer buccal repose sur la réduction de l’initiation, le sevrage de toutes les formes de tabac, la vigilance clinique face aux lésions de la muqueuse buccale et une information claire sur les risques, y compris ceux liés aux produits présentés comme alternatives plus sûres.








