Aide à mourir
A 42 ans, ce comédien réclame l'euthanasie : "Les médecins n’ont plus rien à me proposer"
Pour abréger ses souffrances, endurées depuis la pose d’une prothèse de hernie inguinale en 2023, le comédien français Arnaud Denis veut être euthanasié en Belgique.
- Satjawat Boontanataweepol/iStock
Le 6 janvier, Arnaud Denis, comédien et metteur en scène trois fois nommé aux Molières, a annoncé, à des titres du groupe de presse EBRA, notamment Le Dauphiné Libéré et L’Est Républicain, avoir entamé des démarches pour se faire euthanasier en Belgique cette année. Un choix "en pleine conscience", selon l’homme de 42 ans. "Je ne peux plus sortir de chez moi, je n’ai plus de vie sociale, je n’ai plus de vie du tout. Je n’ai plus rien de ce qui constitue la dignité d’une vie d’homme. Et c’est de pire en pire. Je vis comme un patient cancéreux en phase terminale. On ne peut pas m’aider. Les médecins n’ont plus rien à me proposer. Je ne veux pas me retrouver à l’hôpital avec des tuyaux partout, avec une sonde gastrique pour me nourrir. Un homme sait profondément en lui quand il est condamné", confie-t-il.
Acouphènes, insomnies, perte d’appétit, fatigue intense… "Ça ne peut pas être lié à l’implant"
Pour l’artiste parisien, tout a commencé en 2023. Cette année-là, il souffre d’une hernie inguinale droite, à savoir une grosseur qui se forme sous la peau, au niveau de l'aine, en bas de l’abdomen. Cette dernière survient lorsque des éléments du contenu de l'abdomen (intestin le plus souvent) sortent de leur emplacement habituel, par un orifice élargi. Afin traiter la hernie, il se fait poser un implant en polypropylène à la clinique Ambroise Paré à Paris. Par la suite, des complications apparaissent. "Mon testicule est devenu tout noir", se souvient le comédien. En outre, il constate du sang dans ses urines et ses selles. Il présente des acouphènes, une perte d’audition, des troubles de la vision, une perte d’appétit, des insomnies ou encore une fatigue anormale. Face à ces symptômes inquiétants, le quadragénaire consulte plusieurs spécialistes. "On m’a dit que c‘était dans ma tête, que je faisais une dépression" et que "ça ne peut pas être lié à l’implant." Au fur et à mesure des mois, son état se dégrade. Il perd beaucoup de poids et ne parvient plus à s’alimenter.
Sans réponse des professionnels de santé, le metteur en scène décide de se faire retirer l’implant aux États-Unis. "Trois semaines après être rentré à Paris, j’ai de moins en moins de douleurs, ça va mieux, mais mon état général empire." Puis un diagnostic est posé : il est atteint du syndrome ASIA, un ensemble de symptômes qui apparaîtraient après l’exposition à des adjuvants, des substances stimulant le système immunitaire. "Dans le cas d’Arnaud, l’implant aurait entraîné une inflammation qui aurait déréglé son système immunitaire, provoquant toute cette diversité de symptômes", indique Le Dauphiné Libéré. Mais cette théorie n’est pas confirmée par la Société française de chirurgie pariétale-Club Hernie (SFCP-CH) et la société Medtronic, qui a fabriqué la prothèse bénéficiée par Arnaud Denis.
Fin de vie : "Je ne pourrais pas aller au bout. Ce que je veux, c’est déposer plainte avant de partir"
L’artiste n’est pas le seul à avoir signalé des complications après la pose de ces implants. Plusieurs patients ont témoigné sur un groupe Facebook, nommé Victimes Françaises de prothèses de hernie, qu’il a créé. En plus d’une plainte collective en préparation, le comédien va déposer plainte contre X pour "blessures involontaires". "Je ne pourrais pas aller au bout. Mais, je la laisse pour ma famille. Ce que je veux, c’est déposer plainte avant de partir. J’essaye de jeter mes dernières armes dans cette bataille", déclare le patient qui a rendez-vous fin janvier un entretien préliminaire pour sa demande d’euthanasie.
Pour rappel, l’euthanasie (un médecin provoquant la mort délibérément) et le suicide assisté (un médecin fournissant les moyens pour que le patient se suicide), regroupés sous le terme d’aide active à mourir, sont deux pratiques interdites en France. Cependant, une proposition de loi sur la fin de vie, visant à créer un cadre légal pour l’aide à mourir pour des personnes en fin de vie tout en renforçant les soins palliatifs et l’accompagnement des malades, a été adoptée en mai à l’Assemblée nationale. Ce projet incluant deux textes (un sur les soins palliatifs et l’accompagnement jusqu’à la fin de vie et un autre sur le droit à l’aide à mourir pour les patients souffrant de maladies graves et incurables) est érigé comme une priorité par Emmanuel Macron. "Nous irons au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité, sujet sur lequel je m'étais engagé devant vous en 2022", a assuré le président lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre dernier. En ce début d’année, le Sénat s’est penché sur la question et a transformé le dispositif en une "assistance médicale à mourir" réservée aux patients dont le pronostic vital est engagé à "court terme".








