Gynécologie

Ménopause: le traitement hormonal n'entraîne pas de surmortalité

Une étude danoise de cohorte nationale ne retrouve pas d’association entre l’utilisation d’un traitement hormonal de la ménopause et une augmentation de la mortalité à long terme chez des femmes suivies à partir de 45 ans.

  • Mohamad Faizal Bin Ramli/iStock
  • 23 Février 2026
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    Après des années de stigmatisation et des réduction significative des prescriptions, le traitement hormonal de la ménopause (THM) connaît une nouvelle jeunesse.

    En novembre 2025, à la lumière des données récentes réévaluées par l’agence et une révision scientifique approfondie, la FDA avait demandé aux laboratoires de supprimer ou clarifier les mentions de risques cardiovasculaires, de cancer du sein et de démence dans ces avertissements pour la majorité des produits de THM, tant systémiques que locaux.

    Le 18 février 2026, dans The British Medical Journal, une étude danoise (Menopausal hormone therapy and long term mortality: nationwide, register based cohort study LIEN confirme l’absence d’implication des THM dans une augmentation de la mortalité à long terme.

    Les auteurs ont inclus dans l’analyse 876 805 femmes nées entre 1950 et 1977, vivantes à 45 ans, et suivies à partir de leur 45e anniversaire jusqu’au 31 juillet 2023 à partir des registres nationaux danois comprenant prescriptions, registres démographiques et certificats de décès. Ont été exclus au départ 92 619 femmes pour des antécédents médicaux majeurs ou un usage antérieur de THM, de même que des diagnostics oncologiques ou des thromboses, afin de réduire des biais de confusion potentiels liés à des contre-indications absolues.

    Au total, 104 086 femmes (soit 11,9 % de la cohorte) ont eu au moins une délivrance de THM systémique au cours de la période d’observation. La médiane de durée d’exposition rapportée était de 1,7 ans (intervalle interquartile [IQR] 0,5–4,4 ans) avec seulement 7 337 femmes (0,8 %) ayant utilisé un THM pendant dix ans ou plus.

    L’hazard ratio (HR) pour la mortalité toutes causes confondues était de 0,96 

    Sur l’ensemble de la population, 47 594 femmes (5,4 %) sont décédées au cours du suivi, avec un suivi médian de 14,3 ans (IQR 7,9–21,0). Les taux bruts de mortalité toutes causes confondues étaient de 54,9 décès pour 10 000 années-personnes chez les utilisatrices de THM versus 35,5 pour 10 000 années-personnes chez les non-utilisatrices. Cependant, après ajustement pour l’âge, l’année calendaire, la parité, le niveau éducatif, les quartiles de revenus, le pays de naissance, le diabète, l’hypercholestérolémie, l’hypertension, la fibrillation auriculaire, les maladies valvulaires, l’insuffisance cardiaque et la fréquence de contacts hospitaliers, l’hazard ratio (HR) pour la mortalité toutes causes confondues chez les utilisatrices de THM comparées aux non-utilisatrices était de 0,96 (IC 95 % : 0,93–0,98), indiquant qu’aucune augmentation du risque global de décès n’était observée.

    La stratification par durée cumulée de traitement montre des HR ajustés proches de l’unité : pour moins d’un an d’usage 1,01 (IC 95 % : 0,98–1,05), pour 1–2,9 ans 0,94 (0,89–0,98), pour 3–4,9 ans 0,90 (0,84–0,95) et pour 5–9,9 ans 0,89 (0,84–0,95), alors que pour ≥10 ans d’usage le HR était 0,98 (0,90–1,07), suggérant une absence d’effet délétère même avec une exposition prolongée :

    L’analyse des causes spécifiques de mortalité n’a pas révélé de différences nettes entre les groupes exposés et non exposés après ajustement. Les décès d’origine cardiovasculaire, cancéreuse ou autres n’étaient pas significativement plus fréquents chez les utilisatrices de THM une fois contrôlé pour les facteurs de confusion pertinents. Par exemple, chez les femmes n’ayant jamais été exposées au THM, l’incidence de mortalité cardiovasculaire était de 4,1 pour 10 000 années-personnes, tandis qu’elle était de 5,2 et 7,6 pour 10 000 années-personnes chez celles utilisant un THM depuis moins de 5 ans ou depuis au moins 5 ans respectivement, mais ces différences ne se traduisaient pas par des risques relatifs ajustés significatifs. De même, pour la mortalité par cancer ou pour d’autres causes, les taux bruts étaient plus élevés chez les utilisatrices, mais après ajustement l’association avec le THM disparaissait, sans signal réel d’augmentation de risque spécifique :

    Ovariectomie: le THM réduit la mortalité 

    Un sous-groupe particulièrement étudié était celui des femmes ayant subi une ovariectomie bilatérale entre 45 et 54 ans. Parmi 703 femmes dans cette catégorie, l’utilisation d’un THM était associée à une réduction du risque de mortalité de 27 % à 34 % par rapport aux femmes non exposées, avec une médiane d’âge au décès plus élevée chez les utilisatrices (60,9 ans ; IQR 55,3–66,6) que chez les non-utilisatrices (56,6 ans ; IQR 52,9–62,0), ce qui suggère potentiellement un bénéfice particulier dans ce contexte clinique spécifique. Aucun bénéfice clair similaire n’a été formellement établi dans d’autres sous-populations définies par des caractéristiques démographiques ou cliniques :

    Il s’agit toutefois d’une étude observationnelle et non d’un essai randomisé, ce qui limite l’inférence causale. Des facteurs résiduels de confusion ou des biais liés au comportement de santé non enregistrés par les registres sont susceptibles d’influer sur les résultats. Toutefois, la taille considérable de la cohorte, le suivi étendu et la proximité quasi-complète des données nationales danoises renforcent la robustesse des observations.

    Au final, cette étude danoise de cohorte nationale ne retrouve pas d’association entre l’utilisation d’un traitement hormonal de la ménopause et une augmentation de la mortalité à long terme chez des femmes suivies à partir de 45 ans, et signale même un possible effet protecteur chez les femmes après ovariectomie bilatérale, tout en n’identifiant pas de différences nettes dans la mortalité cardiovasculaire ou cancéreuse selon l’exposition au THM.

     

     

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