Infectiologie
VIH : traitement injectable à privilégier pour les populations précaires
Les traitements injectables sont non seulement une alternative mais également une stratégie plus efficace chez une population précaire, contribuant ainsi à réduire les disparités en matière de prise en charge du VIH et à améliorer les résultats virologiques globaux
- alexstockphoto21 Кривой Рог, UkraineiStock
L’article publié le 18 février 2026 dans The New England Journal of Medicine LIEN rapporte les résultats définitifs de l’essai ACTG A5359 LATITUDE, une étude de phase III randomisée, ouverte, menée par le réseau ACTG (Advancing Clinical Therapeutics Globally for HIV/AIDS and Other Infections) qui visait à évaluer l’efficacité et la tolérance d’un traitement antirétroviral injectable à libération prolongée composé de cabotégravir et de rilpivirine comparé à une thérapie orale quotidienne standard chez des personnes vivant avec le VIH qui présentent des difficultés documentées à suivre un traitement antirétroviral oral quotidien. L’essai a été conduit dans de nombreux centres aux États-Unis et à Porto Rico, et a inclus une population caractérisée par une observance réduite souvent liés à des circonstances sociales ou comportementales, tels que instabilité du logement, stigmatisation ou obstacles d’accès aux soins. La période d’observation primaire rapportée couvre 48 semaines de traitement.
Au total, 453 participants ont été initialement recrutés. Avant la randomisation, tous ont reçu un soutien intensif pour favoriser l’observance, comprenant notamment un accompagnement structuré et des incitations conditionnelles afin d'atteindre une charge virale indétectable sous traitement oral standard. Ce qui permettait de s’assurer que le passage à l’étude comparative observait une base de suppression virale uniforme. Parmi ceux qui ont atteint cette suppression, 306 ont été randomisés : 152 ont été assignés à recevoir l’injection mensuelle de cabotégravir + rilpivirine à longue durée d’action et 154 ont poursuivi leur traitement oral quotidien habituel. La randomisation a été interrompue prématurément sur recommandation du Data and Safety Monitoring Board (DSMB) après l’analyse intermédiaire, en raison d’une réduction claire du risque de défaillance de traitement dans le groupe injectable, justifiant d’offrir à tous les participants éligibles la possibilité de passer au traitement injectable.
Une défaillance de l'observance de 41,2 % en cas de traitement oral
Le critère principal d’évaluation était la défaillance de schéma thérapeutique au cours des 48 premières semaines, définie comme un échec virologique confirmé ou l’arrêt permanent pour n’importe quelle raison du traitement attribué. Dans le bras recevant le traitement injectable mensuel, la proportion de participants ayant présenté une défaillance de l'observance a été de 22,8 %, comparativement à 41,2 % dans le groupe sous traitement oral quotidien. Cette réduction d’environ la moitié du risque de défaillance traduit une supériorité statistiquement et cliniquement significative du schéma injectable dans cette population confrontée à des difficultés d’adhésion.
Les caractéristiques démographiques et cliniques de la population incluent un âge médian d’environ 40 ans, une diversité ethnique notable avec une majorité de participants s’identifiant comme Black/African American, un pourcentage important de femmes et une proportion non négligeable de personnes ayant des antécédents ou usages actuels de drogues injectables, soit une image des réalités de patients souvent sous-représentés dans les essais thérapeutiques classiques. Ces caractéristiques suggèrent que les conclusions de l’étude sont applicables à une population vivant avec le VIH pour laquelle l’observance quotidienne peut être particulièrement difficile.
Des mutations comparables dans les deux bras
Sur le plan virologique, quatre participants au total (deux dans chaque bras) ont présenté des mutations associées à une résistance, comprenant des mutations liées à l’inhibiteur d’intégrase. D'où la nécessité d’une surveillance continue de la résistance, en particulier dans un contexte de traitement à longue action.
Concernant la tolérance, le profil d’effets indésirables était globalement comparable entre les deux bras. Le traitement injectable a présenté des réactions au site d’injection comme l’événement indésirable le plus fréquemment rapporté, touchant une proportion significative des participants, mais ces réactions étaient majoritairement d’intensité légère à modérée et seulement deux d’entre elles ont conduit à l’arrêt du traitement dans le bras injectable. Le taux global d’effets indésirables graves ou d’événements conduisant à l’arrêt du traitement n’a pas montré de différence majeure par rapport à la thérapie orale, ce qui est rassurant dans la perspective d’une adoption plus large de ce schéma.
L’étude LATITUDE représente une avancée importante car jusque-là, les traitements antirétroviraux injectables à longue durée d’action comme cabotégravir + rilpivirine avaient surtout été évalués chez des personnes présentant une charge virale indétectable avec une bonne observance des traitements oraux. Les résultats de LATITUDE suggèrent que cette approche injectable peut être non seulement une alternative mais également une stratégie plus efficace chez une population précaire, contribuant ainsi à réduire les disparités en matière de prise en charge du VIH et à améliorer les résultats virologiques globaux. Les données renforcent l’idée que les obstacles structurels, sociaux et comportementaux à l’observance quotidienne sont suceptibles d'être partiellement surmontés par des options thérapeutiques adaptées aux modes de vie des patients.











