Neurologie
Disparités liées au sexe dans l’utilisation des traitements modificateurs de la maladie dans la sclérose en plaques
Chez les femmes atteintes de sclérose en plaques (SEP), la stratégie thérapeutique peut être influencée par l’anticipation de grossesses futures, ce qui peut entraîner une sous-exposition aux traitements de fond et notamment aux traitements de fond hautement efficaces par rapport aux hommes. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’inertie thérapeutique potentielle chez les femmes atteintes de SEP et d’en explorer les causes.
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Antoine Gavoille et al. Neurology 20252025 Aug 26;105(4):e213907
Introduction :
Méthodes : L’étude a été menée de façon rétrospective à partir des données extraites en juin 2023 de l’Observatoire Français de la Sclérose en Plaques (OFSEP). Celle-ci a porté sur tous les patients atteints de sclérose en plaques (SEP) rémittente-récurrente, âgés de 18 à 40 ans. Le critère d’évaluation principal était la probabilité annuelle de recevoir un traitement de fond de la SEP, ajustée sur le sexe, la sévérité de la maladie et les périodes de grossesse/post-partum. Les critères d’évaluation secondaires étaient la probabilité annuelle de recevoir un traitement de fond de la SEP de haute efficacité et l’interaction entre l’effet du sexe et l’année civile, l’âge du patient et la durée de la maladie. Nous avons utilisé un modèle logistique longitudinal avec des équations d’estimation généralisées et une pondération par la probabilité inverse de censure.
Résultats : Nous avons inclus 22 657 patients atteints de SEP ; 16 857 (74,4 %) étaient des femmes. L’âge moyen (écart-type) au début de la maladie était de 29 ans et la durée médiane (intervalle interquartile) du suivi était de 11,6 ans. Les femmes étaient significativement moins susceptibles de recevoir un traitement de fond (OR 0,92, IC à 95 % : 0,87-0,97) ou un traitement de fond à haute dose (OR 0,80, IC à 95 % : 0,74-0,86). Cette différence est apparue 2 ans après le début de la maladie pour les traitements de fond et 1 an pour les traitements de fond à haute dose, et ne variait pas significativement selon l’âge des patients. Le tériflunomide, les modulateurs des récepteurs de la sphingosine-1-phosphate et les anti-CD20 ont été significativement sous-utilisés chez les femmes pendant toute leur période de disponibilité. L’interféron bêta (IFN-β) et le natalizumab ont d’abord été moins utilisés, puis leur utilisation est devenue équivalente après un certain temps ; l’acétate de glatiramère et les fumarates ont d’abord été utilisés de manière équivalente, puis plus fréquemment chez les femmes. La proportion de femmes traitées, analysée à partir de la première grossesse de 5 268 femmes, a commencé à diminuer 18 mois avant l’accouchement, passant de 42,6 % à 27,9 % au moment estimé de la conception.
Discussion : Les femmes atteintes de SEP étaient significativement moins exposées aux traitements de fond que les hommes. L’anticipation d’une grossesse était probablement un facteur important expliquant cette différence, mais aussi une inertie thérapeutique spécifique au sexe. Il est essentiel d’informer les neurologues et les patients des recommandations les plus récentes concernant l’utilisation des traitements de fond pendant la grossesse afin d’éviter une inertie thérapeutique préjudiciable.











