Rhumatologie

Chondrocalcinose articulaire : risque de fracture ostéoporotique presque doublé

Dans une étude prospective cas-témoins, la chondrocalcinose articulaire s’accompagnerait d’une augmentation de 80% du risque de fracture ostéoporotique, ce qui semble confirmer des données observationnelles sur une moindre densité osseuse au cours de cette maladie.

  • Zhanna Danilova/istock
  • 23 Avr 2024
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    La chondrocalcinose articulaire a été associée à une ostéopénie dans deux études transversales. Les dépôts de pyrophosphate de calcium (DPC) dans les articulations représentent une forme de rhumatisme courante et douloureuse qui touche les personnes âgées. Les personnes atteintes par cette maladie peuvent avoir une ou plusieurs manifestations au fil du temps, notamment une arthrite aiguë à microcristaux de pyrophosphate de calcium, un rhumatisme inflammatoire chronique à microcristaux, une arthrose accompagnée d'une chondrocalcinose et une chondrocalcinose rachidienne ou syndrome de la « dent couronnée ».

    Une faible densité minérale osseuse a été associée à la chondrocalcinose articulaire (arthrite à cristaux de pyrophosphate de calcium) dans deux grandes études transversales, mais le risque de fractures n'a pas été étudié.

    Dans cette première étude publiée sur les fractures et la chondrocalcinose, parue dans Arthritis and Rheumatology, le risque de fracture est presque doublé chez les patients souffrant d'arthrite aiguë à cristaux de la chondrocalcinose.

    Une étude prospective cas-témoin

    Une équipe de recherche de Boston a réalisé une étude de cohorte longitudinale en utilisant les données des dossiers de santé électroniques du Mass Gen Hospital, un grand système de santé universitaire, de 1991 à 2023. Le critère principal était la première fracture au niveau de l'humérus, du poignet, de la hanche ou du bassin. L'équipe a identifié 1 148 patients souffrant d'arthrite aiguë de la chondrocalcinose, appariés à 3 730 personnes, avec un âge moyen de 73 ans. Les corticoïdes et les traitements contre l'ostéoporose étaient plus fréquents dans la cohorte des patients atteints d'arthrite aiguë à pyrophosphate de calcium.

    Le taux d'incidence des fractures est deux fois plus élevé dans la cohorte d'arthrite aiguë à microcristaux (11,7 pour 1 000 personnes-années) que dans celle des témoins appariés (5,5 pour 1 000 personnes-années). En analyse multivariée, le risque relatif de fracture reste près de deux fois plus élevé dans la cohorte d'arthrite aiguë à microcristaux de pyrophosphate de calcium (rapport de risque de 1,8 [intervalle de confiance à 95 % de 1,3 à 2,3]). Les résultats sont similaires dans les analyses de sensibilité qui excluent les patients prenant des corticoïdes, ceux prenant des traitements contre l'ostéoporose ou ceux souffrant de polyarthrite rhumatoïde.

    L’impact de la corticothérapie éliminé

    Le risque de fracture est 80% plus élevé chez les patients ayant eu au moins un épisode de chondrocalcinose articulaire aiguë par rapport aux témoins appariés dans un grand système de santé universitaire, après ajustement pour les facteurs de risque de fracture. Bien que les corticoïdes soient généralement utilisés de manière épisodique plutôt que continue pour traiter les symptômes de la chondrocalcinose articulaire aiguë, la prise de corticoïdes par voie orale est fréquente (18 %) dans les 90 jours précédant le premier épisode d'arthrite cristalline aiguë, ce qui soulève la question de savoir si un traitement chronique par corticoïdes pouvait être en grande partie responsable du risque de fractures.

    Cependant, une analyse de sensibilité excluant les patients prenant des corticoïdes a donné des résultats similaires, suggérant que la prise de corticoïdes n'était pas un facteur majeur de risque de fracture chez ces patients. Le risque de fracture serait le plus élevé au niveau du poignet, qui est un site commun de d’arthrite aiguë chez les patients souffrant de chondrocalcinose articulaire.

    Ces résultats soulèvent des questions quant au rôle de la chondrocalcinose articulaire en tant que facteur contribuant au risque de fracture. Les IR de fractures dans la cohorte d'arthrite aiguë de chondrocalcinose de la présente étude (11,7 pour 1 000 personnes-années) sont légèrement plus élevés que ceux des patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde dans un échantillon national (9,6 pour 1 000 personnes-années).

    Quel lien entre chondrocalcinose articulaire et ostéoporose ?

    La pathogenèse de la chondrocalcinose articulaire reste largement inconnue, bien qu'une mutation à l’origine d’une perte de fonction de l'OPG ait été signalée dans une lignée présentant une chondrocalcinose articulaire à début précoce. La perte de fonction de l'OPG entraîne une augmentation de l'activité du RANKL et de l'ostéoclastogenèse, ce qui peut à son tour augmenter la production de pyrophosphate inorganique par les chondrocytes, facilitant ainsi la formation de cristaux de pyrophosphate de calcium.

    En faveur de cette hypothèse, les courbes d'incidence cumulative des fractures dans l'étude bostonienne divergent dès les premiers mois de suivi, suggérant une différence préexistante dans la densité minérale osseuse entre les cohortes qui pourrait ne pas être attribuable à l'épisode d'arthrite aiguë microcristaux lui-même, mais plutôt à une pathobiologie partagée entre la chondrocalcinose et une faible densité minérale osseuse.

    L'incidence accrue des fractures du poignet soulève des questions sur le mécanisme sous-jacent. La chondrocalcinose articulaire affecte souvent le poignet, sous la forme d'une calcinose du ligament triangulaire fibrocartilagineux et/ou d'une arthrite aiguë du poignet. Il est possible que les poussées d'arthrite aiguë du poignet et/ou le remodelage de l'os sous-chondral dans le poignet entraînent à la fois une chondrocalcinose articulaire et la faible densité osseuse du poignet selon les auteurs.

     

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