Rhumatologie
Goutte en rémission : peut-on arrêter l’hypouricémiant ?
Chez les patients goutteux en rémission, l’essai GO TEST Finale soutient la poursuite du traitement hypouricémiant selon une stratégie treat-to-target. L’arrêt reste possible chez certains patients, mais expose globalement à davantage de poussées et à une moindre probabilité de maintien de la rémission.
- Stanislav Tarasov/istock
Dans la goutte, les recommandations européennes et américaines préconisent une stratégie treat-to-target du traitement hypouricémiant, avec adaptation posologique sur l’uricémie afin de maintenir une cible généralement ≤ 0,36 mmol/L, soit 6 mg/dL. En pratique, cette stratégie s’inscrit souvent dans la durée, voire à vie, mais l’adhérence au traitement est imparfaite et l’arrêt du traitement reste fréquent lorsque les patients sont asymptomatiques.
L’essai GO TEST Finale, présenté à l’EULAR 2026, s’est précisément intéressé à cette question : chez des patients goutteux en rémission prolongée, la poursuite d’un traitement hypouricémiant guidé sur le taux-cible d’uricémie est-elle supérieure à une tentative d’interruption ? Les résultats plaident pour la poursuite.
Pendant les six derniers mois d’un suivi total de 24 mois, les critères de rémission étaient remplis chez 79,2 % des patients poursuivant le traitement hypouricémiant, contre 62,9 % dans le groupe tentative d’interruption, avec une différence significative de 16 % (p=0,0015). La poursuite du traitement prolongerait également la survie sans poussée, avec une incidence cumulée des crises de 12,3 % contre 31,8 % dans le groupe interruption.
Un bénéfice net, mais pas une réponse uniforme
Les critères secondaires vont dans le même sens. Entre 18 et 24 mois, 99 % des patients du groupe poursuite sont indemnes de crise, contre 89 % dans le groupe interruption (p<0,001). Une douleur faible liée à la goutte, définie par un score inférieur à 2 sur 10, est plus fréquente sous poursuite du traitement : 86 % contre 77 % (p=0,037). En utilisant des critères simplifiés de rémission, fondés notamment sur l’absence de poussée au cours des six derniers mois et l’absence de tophus, 98,6 % des patients poursuivant l’hypouricémiant sont en rémission à deux ans, contre 86,4 % après tentative d’interruption (p<0,001). De même, 75 % des patients du groupe poursuite sont sans crise à deux ans, contre 59 % dans le groupe interruption.
L’interruption n’est cependant pas synonyme d’échec systématique : une proportion substantielle de patients restent en rémission, et seuls 23 % ont dû reprendre un hypouricémiant, après un délai médian de 392 jours. En revanche, le recours aux anti-inflammatoires est plus fréquent dans le groupe interruption, 36 % contre 18 %. Sur le plan de la tolérance, cinq décès sont survenus pendant l’étude, jugés non liés aux procédures, et les événements cardiovasculaires sont comparables entre les groupes, 12 sous poursuite et 10 après interruption. Un signal rénal favorable a été observé dans le groupe poursuite du traitement, avec un déclin de la fonction rénale significativement moindre sur 24 mois.
Un essai pragmatique pour guider la décision partagée
GO TEST Finale est un essai pragmatique, ouvert, randomisé, multicentrique et de supériorité, conduit dans neuf cliniques de rhumatologie aux Pays-Bas entre 2021 et 2023. Il a inclus 309 adultes atteints de goutte en rémission depuis au moins un an sous traitement hypouricémiant d’entretien, randomisés entre poursuite treat-to-target et tentative d’interruption progressive. La population était très majoritairement masculine, à 94 %, avec un âge médian de 68 ans dans le groupe poursuite et de 67 ans dans le groupe interruption. Les comorbidités étaient fréquentes, notamment l’hypertension, présente chez 59 % et 50 % des patients selon les groupes, et le diabète, chez 19 % et 18 %. À l’inclusion, l’uricémie était identique dans les deux bras, à 0,28 mmol/L, et 90 % des participants recevaient de l’allopurinol. Ces caractéristiques renforcent la pertinence clinique de l’essai, mais limitent aussi sa généralisation aux femmes, aux sujets plus jeunes, aux gouttes récentes ou aux populations moins suivies en rhumatologie.
Selon les auteurs, les données confortent la recommandation de poursuivre le traitement hypouricémiant chez les patients en rémission, car le bénéfice collectif est net sur les poussées, la rémission et le recours aux anti-inflammatoires. Elles n’interdisent pas pour autant toute discussion d’interruption : elles montrent qu’un sous-groupe peut rester stable, ce qui ouvre la voie à une médecine plus personnalisée. Les analyses en cours, notamment à cinq ans, de coût-efficacité, d’imagerie en particulier échographique, de protéomique et de génomique, devront identifier les profils chez lesquels une tentative d’arrêt pourrait être raisonnable. En attendant, la décision partagée doit partir d’un message simple : la rémission n’est pas une guérison, et la poursuite du traitement hypouricémiant reste aujourd’hui l’option la mieux étayée.








